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Bibi Roi

A bien des égards, les récentes élections en Israël ont marqué un véritable tournant.  Pour la première fois depuis longtemps, un nouveau parti est venu disputer la première place au Likoud. De nouveaux partis émergent, de vieilles recompositions voient leur aboutissement. Pour finalement aboutir à la victoire de “Bibi”, le surnom de Benyamin Netanyahu auprès de ses partisans. Décryptage.

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Les élections qui viennent d’avoir lieu en Israël faisaient suite à l’explosion de la coalition de la droite et de l’extrême droite dirigée par le Likoud de Benyamin Netanyahu. En effet, après le départ du parti Israel Beteinou dénonçant les positions, considérées comme trop molles, du gouvernement sur le Hamas et la bande de Gaza, la coalition ne tenait plus qu’à un siège. La majorité a finalement implosé sur la question de l’exemption du service militaire pour les étudiants de la Torah, question centrale, à la fois pour les ultra-orthodoxes et pour le camp laïc [1] israélien qui avaient tous les deux des représentants au sein de la majorité.

Dans la foulée, les résultats des dernières élections font apparaître de multiples recompositions parmi les opposants à Netanyahu qui modifient en profondeur la configuration politique du pays. Des bouleversements largement favorisés, pour rappel, par un système de vote à la proportionnelle, avec un seuil fixé pour 2019 à 3.25%, ce qui favorise les majorités composites et pas toujours très stables.

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La lente disparition de la gauche israélienne

Ces élections constituent une défaite pour les opposants à Netanyahu. Elles marquent l’effondrement de la gauche israélienne qui constitua pendant longtemps la principale opposition au Likoud  et fut, historiquement, la force dominante en Israël. Longtemps majoritaire au sein du mouvement sioniste face à un « sionisme révisionniste » de droite marginal, les sionistes travaillistes fondèrent Israël sur des bases socialistes et laïques. Lors de la première élection à la Knesset, en 1949, les partis de gauche sioniste regroupaient 50% des voix – sans compter les 3,5% du parti communiste israélien. La gauche israélienne est restée au pouvoir de 1948 à 1977, quasiment toujours avec la majorité des voix à elle seule. Pourtant, à partir de 1977, elle déclina tandis que débutait une période d’alternance avec la droite. 1999 marqua la dernière alternance remportée par la gauche sioniste qui, depuis, n’a plus jamais accédé au pouvoir. Lors de l’élection de 2019, la gauche sioniste était composée de deux partis. Le Parti Travailliste, principal parti historique de la gauche sioniste -sur un créneau social-libéral, laïc et favorable à des négociations avec les Palestiniens – a obtenu un score de 4,43% et uniquement 6 sièges. C’est le plus mauvais score de l’histoire pour la famille politique du fondateur d’Israël, Ben Gourion. Le Meretz (« Energie »), plus à gauche et en faveur d’une solution à deux Etats basés sur les frontières de 1967, ne baisse que légèrement avec 3,63% des voix et 4 députés. Mais cela reste un score très faible, en retrait par rapport à 2015.

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Le Parti des travailleurs d’Eretz Yisrael (Mapaï) de David Ben Gourion est l’ancêtre du Parti Travailliste.

Les raisons du déclin de la gauche israélienne sont multiples. Tout d’abord, les populations faisant leur aliyah en Israël, séfarades ou juifs d’ex-URSS, ont peu de connections avec la gauche. C’est d’autant plus le cas pour les Sépharades, méprisés par une gauche dominée par les Ashkénazes. Dans le cas des juifs d’ex-URSS, la gauche souffre de son association symbolique avec l’URSS. En outre, la démographie favorise les ultra-orthodoxes ou les sionistes religieux, dont les membres ont une plus forte natalité que les électeurs de la gauche israélienne. Enfin et surtout, alors que le sionisme de gauche avait réussi à construire un récit national et à en être même l’incarnation dans le cas des kibboutz, la gauche israélienne est désormais cantonnée à des bastions d’une classe supérieure libérale vue comme déconnectée du reste de la société israélienne et à des isolats comme les derniers kibboutz, perçus comme les reliques du passé.

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L’émergence du centre sur les ruines de la gauche

L’effondrement progressif de la gauche, combiné à la droitisation du Likoud au pouvoir, a permis l’émergence d’une nouvelle force politique laïque située au centre. Ce fut d’abord le Shinoui (« Changement »), puis Kadima (« En avant »), scission de l’aile modérée du Likoud créée par Ariel Sharon, et le parti Yesh Atid (« Il y a un futur ») fondé par le fils d’un des dirigeants du Shinoui. Ces partis ont eu un poids grandissant sur une ligne extrêmement favorable à une sécularisation d’Israël contre les ultra-orthodoxes et un programme économique libéral parsemé de mesures sociales. En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, le centre est favorable à la paix et à un Etat palestinien mais aussi à l’intégration d’un certain nombre de colonies dans l’Etat israélien et à Jérusalem unifiée comme capitale d’Israël. Enfin, ils assument de considérer la sécurité d’Israël comme prioritaire là où la gauche est peu audible sur ces questions. Ils apparaissent donc comme une alternative laïque à la gauche, assumant un discours plus crédible sur les questions nationales et sécuritaires dans un contexte où, sur les questions économiques, le centre et la gauche tendent à se ressembler de plus en plus.

Benny Gantz

Benny Gantz fondateur de « Bleu et Blanc » et principal opposant à Netanyahu.

En 2019, ils se sont unis en une coalition puissante « Bleu et Blanc », dirigée par le chef d’état-major Benny Gantz et plusieurs militaires de haut rang, qui a aspiré les électeurs travaillistes en jouant sur le vote utile contre le Likoud. La coalition a obtenu plus d’un million de voix, c’est à dire 26.13% des suffrages et 35 députés, ce qui constitue une réussite incontestable. Cependant, elle n’a que peu d’alliés et a donc raté sa stratégie de prise de pouvoir, d’autant que l’essentiel de ses gains électoraux s’est fait au détriment de potentiels partenaires de coalition et non du Likoud et de ses alliés. Obsédés par l’idée de dépasser le Likoud dans l’espoir de provoquer une scission et de gouverner avec un Likoud débarrassé de Netanyahu et des radicaux, le militaire a affaibli ses alliés, la gauche et les sociaux-libéraux de Gesher (« Pont ») qui ne firent que 1.73%, et s’est retrouvé bien seul contre le bloc de droite.

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La crise des partis arabes

Les partis juifs de gauche et du centre ne constituent pas la seule opposition à Netanyahu. Les arabes israéliens, marginalisés par les politiques du Likoud, disposent de leurs propres partis politiques. On estime les arabes à 1.8 millions, soit 21% de la population israélienne. Cependant plusieurs facteurs affaiblissent le socle électoral des partis arabes. Les 300 000 arabes israéliens vivant à Jérusalem ne votent quasiment pas, car cela signifierait cautionner le fait que Jérusalem appartienne à Israël, alors qu’eux même se considèrent comme des Palestiniens. À l’inverse, les 100 000 à 150 000 Druzes israéliens pratiquant un chiisme très hétérodoxe, refusent de se considérer comme arabes. Ils ont en effet une place à part dans la société israélienne grâce à leur choix de soutenir Israël contre les Arabes, en 1948. Ils sont loyaux à Israël, accomplissent leur service militaire dans Tsahal et tendent à être traités en égaux par les Juifs. Ils ne votent donc pas pour les partis arabes. Les deux députés druzes de la nouvelle Knesset ont d’ailleurs été élus dans les listes du Likoud et de Bleu et Blanc.

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La Liste Jointe des partis arabes créée en 2015 a volé en éclat.

Les arabes israéliens sont dans une situation complexe. Ils constituent une communauté discriminée et ostracisée, sans qu’on puisse parler pour autant d’apartheid, mais bénéficient d’une amélioration de leur situation socio-économique. De plus, leur relation avec la Palestine est ambiguë. Cette complexité se traduit dans les partis spécifiquement arabes. Les principaux partis arabes israéliens sont au nombre de quatre. Deux mouvements sont centrés sur la cause palestinienne et hostiles à toute alliance avec la gauche sioniste. Il s’agit des nationalistes arabes laïcs de Balad (« Ligue démocratique nationale ») et des islamistes sunnites de Raa’m (« Liste arabe unie »). Les deux autres mouvements sont plus centrés sur la situation des arabes israéliens, bien que la question de la Palestine reste importante pour eux, et sont plus favorables à une coopération avec la gauche sioniste. Il s’agit du mouvement centriste Taa’l (« Mouvement arabe pour le renouveau ») et du mouvement Hadash (« Front démocratique pour la paix et l’égalité »), créé par le parti communiste israélien, s’appuyant sur les arabes laïques ou chrétiens.

Lors des dernières élections de 2015, ces quatre partis s’étaient unis dans la Liste Jointe qui fit 10.61% des voix et obtint 13 sièges, une réussite historique. En 2019 ils partirent divisés. D’un côté les modérés de Hadash et Taa’al, de l’autre les radicaux de Balad et Raa’m. Les deux listes ont passé le seuil d’éligibilité mais n’ont regroupé que 7.83% des voix et 10 élus. On peut attribuer ce déclin à plusieurs causes : d’un côté un électorat arabe israélien considérant de plus en plus que les listes arabes israéliennes s’occupent trop des palestiniens et pas assez d’eux en tant que minorité nationale en Israël, voire se servent de la question palestinienne pour ne pas avoir à agir pour améliorer concrètement la vie des arabes israéliens. D’autre part, l’inquiétude d’un électorat, notamment chrétien, par rapport à l’islamisme a pu le pousser à voter Meretz (et a conduit à l’émergence de groupuscules chrétiens israéliens sur une ligne de coopération avec la droite israélienne). Enfin, l’intimidation du Likoud envers cet électorat a pu jouer en diminuant nettement sa participation.

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La droite laïque confirme sa domination sur la société israélienne

Le Likoud de Benyamin Netanyahu est le principal vainqueur de ces élections. Il appartient à la droite laïque issue du sionisme révisionniste, courant historique minoritaire du sionisme. Pour ses partisans, la gauche israélienne est trop socialiste et pas assez nationaliste. Ils défendent une ligne beaucoup plus dure vis-à-vis des Palestiniens et sont favorables à l’annexion de la Cisjordanie / Judée-Samarie. Néanmoins ces revendications sont avant tout nationalistes et sécuritaires et non religieuses, la droite israélienne étant historiquement laïque.

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Vladimir Jabotinsky fondateur du Parti révisionniste et inspirateur de la droite israélienne.

Outre le  Likoud (« Consolidation ») cette tendance est représentée par sa scission plus modérée Kulanu (« Nous tous ») qui devrait réintégrer le Likoud et le parti radical Israel Beteinou (« Israël notre maison »). Ce dernier s’adresse principalement aux immigrés juifs de l’ex URSS. Peu religieux, il présente donc un discours à la fois très nationaliste et très laïc. Il veut ainsi expulser les arabes israéliens mais aussi procéder à des échanges de terres avec un Etat palestinien potentiel, blasphème pour les religieux pour qui la Terre Sainte d’Israël ne peut être divisée. Au contraire, le Likoud s’adresse aussi à un électorat sioniste religieux. Il a mené une campagne très agressive, siphonnant ses alliés laïcs ou nationalistes religieux au nom du vote utile. Il a obtenu 26.46%, son meilleur score depuis 2003, et 35 députés. C’est donc un succès incontestable pour Netanyahu qui a définitivement imposé le Likoud comme le grand parti de la droite israélienne capable de parler à la fois à la droite laïque et à la droite religieuse. Israel Beteinou et Koulanu ont obtenu respectivement 5 et 4 sièges, montrant que le vote communautaire des juifs russophones continue à exister, bien qu’affaibli, et qu’il existe encore une frange de la droite qui, bien que non ralliée au centre, considère le Likoud trop radical.

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Les ultra-orthodoxes, autres vrais vainqueurs du scrutin ?

Les ultra-orthodoxes, ou haredim (« Craignant-Dieu ») constituent une force politique historique en Israël. Les hommes en noirs ne sont pas nationalistes et ne reconnaissent pas la légitimité de l’Etat d’Israël. En effet, pour eux, Israël ne peut être rebâtie que par le messie qu’ils attendent. La création d’un Etat d’Israël, qui plus est laïc, avant l’arrivée du messie contrevient donc à la volonté de Dieu et constitue un blasphème. Néanmoins, pour s’assurer de leur soutien (ou au moins de leur neutralité), les fondateurs d’Israël leur avaient accordé de nombreux avantages : exemption du service militaire, subventions pour leurs écoles religieuses etc.. Cela leur a permis de créer une véritable contre-société. Certaines villes sont quasiment entièrement ultra-orthodoxes et les partis ultra-orthodoxes y réalisent des scores de plus de 95% des voix. Leur soutien à la droite vient de là. Celle-ci accepte de maintenir ces privilèges que les laïcs veulent remettre en cause. De plus, les laïcs prônent des mesures sociétales auxquelles ils sont opposés : reconnaissance des courants non haredim du judaïsme, droits des femmes et des LGBT alors que leurs propres listes électorales sont entièrement masculines, etc..

Les hommes en noir constituent une part de plus en plus importante de la population israélienne.

Divisé entre les ashkénazes de la liste Judaïsme Unifié de la Torah et les sépharades du Shas (« Séfarades orthodoxes pour la Torah »), les ultra-orthodoxes ont obtenu près de 12% des voix et 16 sièges. Une réussite qui leur assure d’être les principaux partenaires de Netanyahu dans sa future coalition. Cependant, on peut noter que leur score est inférieur au pourcentage des ultra-orthodoxes dans le pays ce qui peut être lié au basculement de certains vers un nouveau courant de la politique israélienne : le nationalisme religieux.

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Les nationalistes religieux siphonnés par le Likoud

Ces élections ont confirmé l’émergence d’une troisième force au sein de la droite israélienne : le nationalisme religieux. Pendant longtemps en Israël, seuls les laïcs étaient nationalistes. La guerre des Six Jours en 1967 changea la donne. En quelques jours, l’armée israélienne écrasa les nations arabes coalisées et annexa la bande de Gaza, la Cisjordanie / Judée-Samarie [2], le plateau du Golan et le Sinaï. Pour certains religieux, cette victoire est un miracle résultant de la volonté divine marquant l’approbation de Dieu à la renaissance de l’Etat israélien : le nationalisme religieux était né. Ce courant se caractérise par un nationalisme intransigeant pour lequel toute division de la Terre Sainte est un blasphème et donc par une volonté d’annexer la Cisjordanie / Judée-Samarie.

Alliés de Netanyahu, les nationalistes religieux lui reprochent néanmoins sa modération vis-à-vis des Palestiniens et son refus d’annexer la Cisjordanie / Judée-Samarie, de même que sa trop grande laïcité. Ils veulent radicaliser le gouvernement, voire pour certains remplacer le Likoud comme grand parti de la droite israélienne. Pour les contrer, Netanyahu a promis l’annexion de la Cisjordanie / Judée-Samarie. Ceci et son virage à droite avaient un but clair : aspirer les voix des nationalistes religieux particulièrement bien implantés auprès des colons de Cisjordanie / Judée-Samarie. Cela a très bien marché avec des scores non négligeables du Likoud dans les colonies religieuses et à Jérusalem.

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Ayelet Shaked, espoir de la droite nationaliste religieuse dans un clip controversé moquant les accusations de fascisme de la gauche.

Les nationalistes religieux ont longtemps été regroupés au sein du Foyer Juif. Ils sont néanmoins partis divisés en 2019, du fait de l’apparition de deux nouvelles tendances. Les deux leaders du Foyer Juif, Naftali Bennett, ministre de l’éducation, et Ayelet Shaked, ministre de la justice considérée comme l’étoile montante la plus brillante de la droite, l’ont quitté pour créer un parti moins religieux, capable de parler à la fois aux nationalistes laïcs et aux nationalistes religieux et notamment à un électorat féminin d’extrême droite. Leur nouveau parti, la Nouvelle Droite, mena une campagne multipliant les provocations. Dans le même temps, un leader de l’aile nationaliste religieuse du Likoud, Moshe Feiglin, fonda Zehout (« Identité »), petit parti mélangeant ultra nationalisme religieux (favorable notamment à la reconstruction du Temple de Jérusalem), libertarianisme économique et légalisation du cannabis et visant un électorat nationaliste, religieux ou non. Voyant dans les sondages que le Foyer Juif risquait de ne pas dépasser le seuil électoral, Netanyahu les a encouragés à une alliance avec d’autre nationalistes religieux. Cette alliance, baptisé Union des Partis de Droite provoqua de vives polémiques en Israël du fait de la présence en son sein des kahanistes, une mouvance religieuse fondamentaliste, suprémaciste juive et viscéralement opposée aux arabes, aux musulmans et aux chrétiens [3]. Netanyahu fut accusé de s’allier avec un mouvement raciste et reçu des critiques, y compris de son propre camp. Finalement, l’Union des Partis de Droite n’obtint que 3.7% des voix et 5 élus (dont aucun kahaniste) tandis que la Nouvelle Droite subit un lourd revers, échouant de peu, avec 3.22%, à franchir le seuil des 3.25% des voix nécessaire pour rentrer au Parlement. Quant à Zehout il n’obtint que 2.74%.

Cet échec des partis nationalistes religieux témoigne à la fois d’un ralliement d’une partie des nationalistes religieux au Likoud et d’une fracture entre deux courants : d’un côté, les radicaux proches des positions des ultra-orthodoxes, très conservateurs et opposés à la laïcité, et de l’autre, les courants modérés, plus proches au niveau religieux des orthodoxes modernes qui cherchent à s’intégrer au sein de la société israélienne tout en restant fidèles à la loi juive, et plus proches au niveau politique de certains laïcs. Jusqu’aux élections de 2019, le Foyer Juif représentait ces deux courants. La création de la Nouvelle Droite, avec pour but d’unir nationalistes religieux modérés et nationalistes laïcs ainsi que l’alliance du Foyer Juif avec des groupes plus radicaux a coupé ce courant en deux. L’échec de la Nouvelle Droite s’explique par sa difficulté à assumer cette coupure. Alors qu’ils avaient critiqué le repli de leur ancien parti sur le courant ultra-orthodoxe nationaliste, ses leaders ont abandonné, au gré des sondages défavorables, leurs positions les plus progressistes. Cette ambiguïté, combinée à la concurrence de Zehout, explique l’échec de ceux qui avaient pourtant été parmi les ministres les plus populaires du précédent gouvernement.

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En conclusion, « Bibi le Roi d’Israël » triomphe donc une fois de plus. Cependant, avec 65 sièges sur 120, la majorité formée par la droite laïque, les ultra-orthodoxes et les nationalistes religieux, reste instable. Il suffit en effet qu’un seul des partis ultra-orthodoxes la quitte pour qu’elle n’existe plus, ce qui devrait permettre à ceux-ci d’exiger beaucoup et risque de créer de nouvelles tensions avec les laïcs. De plus, la pauvreté reste une donnée importante dans la vie sociale israélienne, même si la polarisation sur le conflit israélo-palestinien permet au Likoud de ne pas en parler. Enfin, les alliés nationalistes religieux de Netanyahu et son propre électorat réclament l’annexion de 60% de la Cisjordanie / Judée-Samarie, ce qui constitue une promesse de campagne de Netanyahu. S’il passe à l’acte, cela pourrait déclencher un nouveau conflit avec les palestiniens de même qu’une crise internationale et interne. Pourtant, vu les transformations de la société israélienne, on peut se demander si même avec une telle crise une alternative de gauche à la droite sioniste est encore possible en Israël.

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Article réalisé par Raphaël Sandro et Augustin Herbet.

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[1] Le terme « laïc » utilisé dans le contexte israélien ne désigne pas la même chose qu’en France et se rapproche plus de la définition de « séculier ». Il renvoie au refus de la domination trop importante du judaïsme sur les autres religions, le judaïsme devant rester, pour ce courant, un élément purement culturel de l’Etat israélien. Surtout ce camp rejette la primauté du courant orthodoxe et de ses interdits religieux sur les autres courant du judaïsme. Cela se traduit aussi par un refus de ce qui est perçu comme les privilèges des ultra orthodoxes (subventions, exemption du service militaire etc.).

[2] Cette région est appelée « Cisjordanie » par la Palestine et « Judée-Samarie » par Israël.

[3] Fondé en 1971 par le Rabin extrémiste Meir Kahane, le parti Kach fut interdit en 1994 à cause de sa responsabilité dans le massacre du Tombeau des Patriarches qui coûta la vie à 25 Palestiniens. L’un de ses membres assassinait le premier ministre Yitzhak Rabin un an plus tard. Sa branche américaine, la Jewish Defense League, est considérée comme terroriste par le FBI tandis que sa branche française la Ligue de Défense Juive est régulièrement responsable de violences. Cette mouvance ressurgit en 2012 avec la formation du parti Otzma Yehudit (« Force Juive »), membre de l’Union des Partis de Droite, et l’association Lehava (« La Flamme ») dont le but est de lutter contre la présence chrétienne et musulmane en Terre Sainte et dont les membres mènent notamment des actions coup de poing contre les mariages mixtes. Les kahanistes les plus radicaux, connus sous le nom de Jeunes des Collines, mènent des actions de colonisation illégales en Palestine et se sont rendus coupables de nombreuses dégradations de mosquées et d’églises et même d’assassinats de civils palestiniens.

Charles Demange

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