Maitre de conférences à l’université de Paris 1 et membre des économistes atterrés, Christophe Ramaux revient avec Reconstruire sur l’actualité politique et économique de ces derniers mois. Spécialiste de l’Etat social et des politiques économiques, il nous donne son analyse sur le bilan d’Emmanuel Macron, les gilets jaunes ou encore sur la « crise » de l’État providence.

Quel est le bilan des mesures fiscales de Macron. Quels sont les points essentiels de sa politique ?

C’est une politique inégalitaire. Il y a les cadeaux fait aux plus aisés avec la transformation de l’ISF en IFI et le prélèvement forfaitaire unique à 30 %, ce dernier signifiant la fin du prélèvement progressif sur les revenus du capital. Il y a eu aussi les cadeaux aux entreprises avec la baisse de l’impôt sur les sociétés et le « jackpot » de 2019, année durant laquelle elles vont bénéficier à la fois du CICE et de son remplacement par un allègement de cotisation sur les bas salaires. Ces cadeaux étaient supposés relancer l’investissement, la croissance et l’emploi. Les résultats ne sont pas là. La loi de finance pour 2019 ne prévoit elle-même aucun boom de l’investissement. En 2017, on a eu une croissance de 2,2 % et 350 000 emplois créés à la clé. Cela est dû au fait que François Hollande, à la fin de son mandat, a pris des petites mesures de relance (revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, création de contrats aidés…) qui ont bien fonctionné. Emmanuel Macron pour financer ces cadeaux aux plus riches a, au contraire, opté pour l’austérité pour le plus grand nombre : baisse des APL, hausse de la CSG pour les retraités, non-indexation des retraites et des allocations familiales, réduction drastique des emplois aidés, etc. Résultat des courses, la croissance s’est à nouveau tassée : 1,5 % en 2018, avec seulement 100 000 emplois créés. La France et l’Europe souffrent d’un problème de demande. Mais ce n’est pas la priorité de Macron.

Pour répondre à la crise des Gilets jaunes, le gouvernement a lâché environ 10 milliards. Cela va soutenir un peu le pouvoir d’achat et la croissance. Mais les moyens utilisés sont délétères : hausse de la prime d’activité en lieu et place de celle des salaires (comme si c’était dorénavant à l’Etat de payer les hausses de rémunérations), exonération et défiscalisation des heures supplémentaires qui ont un effet négatif sur l’emploi mais aussi sur les salaires de base (les entreprises peuvent dire à leur salarié « travailler plus si vous souhaitez gagnez plus »).

«La dépense privée, calculée comme on calcule la dépense publique s’élèverait à plus de 200 %»

Quand on voit l’importance prise par la CSG dans le financement de la Sécurité sociale, n’y a-t-il pas une volonté de déconnecter le financement de la protection sociale de la cotisation ?

La CSG a été historiquement introduite pour financer des prestations universelles (famille et santé). Avec elle, on a malgré tout réussi à taxer un peu plus le capital, même si dans le même temps les gouvernements ont multiplié les exonérations de cotisations sociales employeurs sur les bas salaires. E. Macron a décidé de l’étendre en remplacement des cotisations sociales salariées pour le chômage et les indemnités journalières (IJ) maladie, afin d’offrir quelques miettes de pouvoir d’achat aux salariés. Ce bidouillage est irresponsable. Il rend le système de prélèvement un peu plus illisible. A l’inverse de la santé et de la famille, le chômage et les IJ sont en effet – à l’instar de la retraite – des prestations d’assurance sociale (il faut cotiser pour « avoir droit »), lesquelles doivent être financées par cotisations sociales.

Pendant la présentation de ses vœux, E. Macron n’a cité qu’un seul chiffre. Il a dit : «nous consacrons pour les dépenses de fonctionnement et d’investissement de la sphère publique plus de la moitié des richesses que nous produisons chaque année». C’est une bourde complète. Les dépenses publiques de fonctionnement et d’investissement s’élèvent à 493 milliards d’euros ce qui équivaut à 21 % seulement du PIB. E. Macron avait sans doute en tête la dépense publique globale, laquelle se monte à 1 300 Mds, ce qui équivaut à 56 % du PIB. Mais on se trompe – et on trompe souvent les citoyens – sur le sens de ce chiffre. En fait la dépense publique n’est pas une part du PIB. La dépense privée, calculée comme on calcule la dépense publique, s’élèverait à plus de 200 % du PIB ce qui n’a évidemment aucun sens. Pour s’y retrouver il faut distinguer clairement les deux principaux volets de la dépense publique. Le premier – qui n’est pas le plus important – sert à payer les services publics non marchands, c’est-à-dire le travail productif des fonctionnaires. La valeur ajoutée par ces derniers, leur contribution au PIB, s’élève à 375 milliards, soit 16 % du PIB, un chiffre stable depuis 1980, dont 290 milliards de rémunérations, soit 13 % du PIB chiffre lui aussi stable depuis 1980. Ces services publics sont payés par l’impôt puisqu’ils sont accessibles gratuitement. On peut tout à fait concevoir de les augmenter au vu des besoins pour l’hôpital, l’école, etc.

Le second grand volet – de loin le plus important – de la dépense publique est constitué par les prestations sociales et des transferts sociaux, soit 590 milliards au total, avec les retraites (300 Mds), les allocations chômages, familiales, le RSA (11 Mds seulement), et les transferts sociaux en nature de produits marchands (remboursement de médicaments, consultation de médecine libérale, APL…). Ces sommes ne font pas vivre des fonctionnaires, elles sont immédiatement reversées aux ménages lesquels les dépensent auprès du privé.

Si on ajoute d’autres aides et transferts aux ménages et aux entreprises (dont le CICE) qui sont comptabilisées dans la dépense publique, on s’aperçoit que les trois quarts de celle-ci sont en fait directement reversés au privé. Nous vivons dans des économies mixtes, avec un étroit enchevêtrement entre public et privé. Il est temps de l’assumer positivement plutôt que de le déplorer.

«Avec les gilets jaunes, cette France populaire, totalement invisibilisée ressort, et c’est salutaire»

Quel jugement portez-vous sur le mouvement des Gilets jaunes ?

Le mouvement des Gilets jaunes est un mouvement salutaire car il remet au centre la réalité sociale de notre pays. On vit dans un pays où on méprise et où on invisibilise 80 % de notre population. Il y a une représentation très répandue selon laquelle on vivrait dans une société en sablier, avec d’un côté des classes moyennes supérieures et de l’autre côté des pauvres exclus, et dans l’entre-deux des classes populaires qui seraient en voie de disparition et dont l’avenir collectif serait l’exclusion, certains pouvant individuellement s’en sortir en devenant cadre. Cela fait fi de la stratification sociologique réelle de notre pays : 50 % des emplois sont ouvriers ou employés, auquel s’ajoutent, à hauteur de 20 %, les professions intermédiaires (infirmières, techniciens…). Les cadres ne forment que 20 % des emplois, en sachant qu’on y compte les enseignants du secondaire, ce qui illustre que tous les cadres sont loin d’être des cadres dirigeants.

Avec les gilets jaunes, cette France populaire, totalement invisibilisée ressort, et c’est salutaire. Le point de départ de ce mouvement est une injustice fiscale, comme c’est le cas dans beaucoup de révolte dans l’histoire. L’impôt est central, il sert à payer les services publics qu’on évoquait tout à l’heure. Dans nos sociétés, une bonne partie des besoins sont satisfaits par le secteur privé, mais une autre partie est assurée par le public, ce sont les missions d’intérêt général – la santé par exemple – qui lorsqu’elles sont confiées au privé deviennent plus inégalitaires et couteuses. On entend souvent dire que nous vivons dans des « sociétés d’individus ». Soit, mais en ajoutant que dans ce terme le mot société importe. Nos sociétés ne sont pas un amas d’individus éparpillés. Pour que la société tienne, nous avons besoin d’institutions collectives. Nous avons besoin de services publics financés par l’impôt. Mais ces impôts doivent être justes. Avant la Révolution Française, on désignait ceux qui payaient les impôts comme des « ignobles », ignobles car soumis à l’impôt au contraire des nobles qui en étaient exemptés. Le déclencheur des gilets jaunes, c’est le refus de voir augmenter les impôts et les prélèvements sur les catégories populaires alors que dans le même temps des cadeaux fiscaux sont fait aux riches. Au cœur des gilets jaunes, il y a une exigence d’égalité et c’est quelque chose d’extrêmement positif.

Il faut cependant prendre garde à ce qu’il n’y ait pas un basculement entre une dénonciation du caractère injuste des récentes mesures fiscales, et un discours antifiscal qui pour le coup ferait le jeu des libéraux.

Que pensez vous du discours selon lequel l’Etat serait devenu un Etat libéral ?

Il faut faire attention avec un certain discours critique qui aboutit à scier la branche sur laquelle nous pouvons prendre appui pour reprendre l’offensive. Attention à ne pas laisser entendre qu’avec le néolibéralisme, l’Etat social aurait disparu. Le néolibéralisme a certes déstructuré en partie l’Etat social. Mais il n’a pas réussi à le détruire. L’Etat social joue toujours un très grand rôle. La redistribution est importante. Si on sépare la population en quintile, les 20 % les plus riches gagnent en revenu primaire huit fois plus que les 20 % les plus pauvres. Grâce aux Impôts, on passe de huit à sept. Avec la dépense publique, on passe de sept à trois. L’éducation gratuite, la santé gratuite, jouent un rôle majeur en termes de redistribution. Taxer les riches est certes nécessaire, mais c’est avant tout par la dépense qu’on réduit les inégalités. C’est d’ailleurs un reproche que je fais aux travaux de Thomas Piketty : ils oublient largement ce volet dépense.

La réduction des inégalités suppose de remettre en cause le libéralisme de manière cohérente. Il faut remettre en cause tout à la fois la finance libéralisée, le libre-échange, l’austérité salariale, réhabiliter la dépense publique et puis remettre en cause l’évasion fiscale. Avec la numérisation des transactions, il est assez aisé de combattre cette évasion. Encore faut-il en avoir la volonté.

«Un gouvernement responsable est un gouvernement qui dirait que ce n’est plus possible, y compris pour l’Europe qu’on est en train de détruire»

Pouvons-nous, en tant que français faire valoir une telle position dans le cadre européen, que ce soit à travers ses traités et sa politique monétaire ? Quelle est votre position au sujet de l’euro ?

Changer de cap suppose évidemment de remettre à plat les traités. Après la crise de 2008, on a adopté le TSCG en moins de 6 mois, il est donc possible d’adopter rapidement de nouveaux traités. Depuis l’Acte unique de 1986, on a eu un amoncellement de règles qui ont durci le carcan libéral. Il faut donc remettre à plat l’Europe. Telle qu’elle est, elle ne fonctionne pas au service des peuples, et ceux-ci n’en peuvent plus, ça craque un peu partout, vous l’aurez remarqué, notamment en Italie. Après, ça craque comme ça peut. La contestation n’est jamais chimiquement pure. Comme avec les gilets jaunes, c’est souvent brouillon. Mais la vérité n’est pas toujours du côté des bac + 5, lesquels sont souvent acquis à la mondialisation.

Un gouvernement responsable est un gouvernement qui dirait que ce n’est plus possible, y compris pour l’Europe qu’on est en train de détruire. Il faut remettre à plat les règles et le faire d’abord, si tout le monde ne suit pas, avec ceux qui le veulent. La France, avec l’Italie, l’Espagne et le Portugal, cela représente plus de la moitié du PIB européen. Il n’est pas utopique de prendre appui sur ce pôle. L’Allemagne a actuellement 8 % d’excédent commercial grâce à sa politique d’austérité. Cela veut dire que ce pays ne dépense pas assez et qu’il y a donc un sous-investissement public et privé déplorable. Il y a des hommes et femmes politiques en Allemagne, soutenus par des économistes keynésiens, qui réclament une hausse des salaires et de la dépense publique. L’Allemagne est la grande gagnante de l’euro, elle a une subvention implicite pour ses exportations du fait que l’euro est, pour elle, sous-évalué. Comme elle est la grande gagnante de l’euro, elle est aussi le pays qui a le plus à perdre. Pour les pays d’Europe du Sud mais aussi la France, l’euro est surévalué. Comment faire pour en sortir ?

Je ne suis pas d’accord avec la solution avancée par Thomas Piketty et d’autres qui proposent de porter le budget européen à 5% du PIB européen, contre 1 % aujourd’hui. Je suis pour augmenter ce budget, le doubler éventuellement, mais pas pour le quintupler. Dans le détail la proposition de Piketty ne tient d’ailleurs guère. Il propose de prélever 5 % du PIB pour l’Europe, mais en sachant que celle-ci reverserait immédiatement 2 % du PIB aux Etats qui pourraient l’utiliser à leur guise ! En fait cette proposition bute sur un problème : on ne peut pas transférer l’essentiel des missions d’intérêt général à l’Europe. On ne va pas faire des instituteurs européens, des policiers européens, des hôpitaux européens ou des retraites européennes, cela n’a pas de sens.

Le seul moyen pour sauver l’euro, serait de faire avec lui exactement l’inverse de ce pour quoi il a été conçu. Il a été conçu comme un instrument de déflation interne, avec la course à l’austérité salariale et budgétaire pour gagner en compétitivité les uns contre les autres. Il faudrait pour le sauver adopter, au contraire, un modèle d’inflation interne. Un pays qui a un excédent commercial, devrait augmenter ses salaires et sa dépense publique, de façon à importer plus et exporter moins. L’excédent commercial de l’UE est de 3 % de son PIB aujourd’hui, ce qui signifie que sa demande interne est insuffisante. Il faudrait donc augmenter les salaires de l’ordre de 10 % en moyenne, mais avec une augmentation plus importantes dans les pays en excédent, typiquement l’Allemagne et les Pays-Bas Accompagné d’une plus forte hausse des dépenses publiques, sociales et d’investissement, cela conduirait l’Allemagne à dépenser plus en interne, et cela offrirait donc un débouché aux pays d’Europe du sud qui souffrent de sous-emploi. Ce qu’il faut faire, comme le préconisait déjà Keynes, ce n’est plus accabler les pays déficitaires, mais les pays excédentaires : « vous ne dépensez pas assez, il faut que vous augmentiez vos dépenses ».

Si le scénario d’inflation interne n’est pas retenu, l’euro deviendra de plus en plus une camisole non viable qu’il faudra donc remettre en cause.

Quel est votre position au sujet de la contradiction entre souveraineté populaire et les traités européens ?

Parmi les Economistes atterrés, je fais partie du pôle disons keynésien, républicain, qui considère qu’on ne peut pas se passer d’Etat-nation. La notion de nation n’est pas du tout dépassée. Pour la première fois depuis des millénaires, tous les peuples vivent dans le cadre d’Etat-nation, il n’y a plus d’Empire, le dernier s’étant effondré en 1991. Carlos Ghosn aimait à se présenter comme un « citoyen du monde ». On le conçoit de son point de vue et de celui des hauts cadres de la finance et des firmes multinationales. Ce qui est plus étonnant est que certains critiques reprennent ce terme, sans d’ailleurs s’interroger sur la prétention narcissique – agir d’emblée sur le monde ! – qu’il recèle.

On vit dans le cadre d’Etat nation, car la république, la démocratie, c’est-à-dire le pouvoir du peuple, ne peut s’exercer sans institutions, sans un cadre pour se déployer. Nous sommes sur un pied d’égalité, nous élisons des représentants qui votent la loi, laquelle s’applique à tous. C’est le socle de notre vie politique. Tout le monde est d’accord là-dessus. Aujourd’hui, même à l’extrême gauche et à l’extrême droite, à part quelques agités, on passe une bonne part de son temps à préparer des élections. L’attachement à la démocratie est très fort. Améliorer la démocratie représentative, la compléter par de la démocratie participative, passer à une VIe république, etc : les propositions ne manquent pas, mais c’est pour améliorer la démocratie, la République, pas pour s’en passer.

Là où la crise est vive, c’est avec le sentiment légitime qu’une sphère importante de nos vies, l’économie, échappe justement au socle démocratique, est désencastrée de la société. Les hauts cadres de la finance et des firmes multinationales ont trouvé, avec la mondialisation, un moyen pour sortir du cadre démocratique. Pour les contrer faut-il leur opposer un altermondialisme ? Je ne le pense pas. C’est jouer sur leur terrain. La démocratie, le pouvoir du peuple, à l’échelle mondiale est une chimère. Il faut au contraire réhabiliter les Etats nations, y compris en Europe. L’Europe libérale s’est construite contre les Etats sociaux nationaux. D’où le rejet de l’Europe. Le seul moyen de sauver l’Europe, c’est qu’elle soit au service des Etats sociaux nationaux, au service de la souveraineté populaire, de la citoyenneté, et non le contraire.

Le mouvement des gilets jaunes est une volonté de reprendre en main son destin.

«Les identités culturelles sont évidemment importantes. Mais contre l’extrême-droite, il convient de souligner que c’est la citoyenneté qui doit primer, par-delà les origines de chacun»

Que pensez-vous du grand débat qui traverse la gauche et le monde universitaire entre des positions républicaines et des positions plus identitaires vis-à-vis des minorités ?

Ce qui menace le socle citoyen et républicain, c’est la logique identitaire. La plus connue est celle d’extrême droite qui veut rabattre la nation sur un socle ethnique. Mais une partie de l’extrême gauche est dans une logique tout aussi identitaire. Le livre de Mark Lilla, La gauche identitaire (éditions Stock) explique très bien comment la victoire de Trump est d’abord la défaite de cette gauche. Une gauche qui au lieu de se préoccuper de la masse des américains a voulu jouer le jeu des identités minoritaires. B. Sanders s’est opposé à cette gauche. En France, le Parti des indigènes de la république et ses acolytes portent cette logique identitaire. On la retrouve aussi dans certains travaux sociologiques autour des subaltern studies, à la mode depuis longtemps aux Etats-Unis et depuis quelque temps en France.

Le discours républicain, au sens fort du terme, n’évacue pas les questions culturelles. Les Républiques ne tombent pas du ciel, elles ont une part culturelle. Vivre ensemble en démocratie, suppose de débattre, et donc généralement de parler la même langue. Il y a une dimension culturelle qu’il ne faut pas laisser au Front national. La citoyenneté implique de s’intégrer dans le bon sens du terme, et a minima de parler la langue du pays où l’on vit. Les immigrés le savent. S’ils ne parlent pas cette langue, ils doivent l’apprendre, c’est une violence symbolique en un sens, mais qui a du bon. Sans cela impossible de participer à la vie sociale et politique du pays. Bref, les identités culturelles sont évidemment importantes. Mais contre l’extrême-droite, il convient de souligner que c’est la citoyenneté qui doit primer, par-delà les origines de chacun. La France peut être fière d’être une nation ou les immigrés peuvent, au bout d’un certain temps, accéder à la nationalité. Le Front national et les Indigènes de la République sont contre les mariages mixtes : cette convergence dit beaucoup !

Il y a une partie de la gauche qui n’aime pas l’Etat, qui n’aime pas la nation, voire la démocratie jugée trop bourgeoise ou formelle. Cela se retrouve chez les libertaires mais aussi les marxistes. C’est une impasse complète à mon avis. Ce qui dit Marx sur le capitalisme, le salariat est intéressant. Je peux me revendiquer de Marx à ce niveau. Mais il faut avoir le courage intellectuel de s’en éloigner si l’on veut penser les deux révolutions majeures qu’ont connu nos sociétés : la démocratie et l’Etat social. Deux révolutions sur lesquelles on peut prendre appui pour contester le pouvoir du capital.

Entretien réalisé par Charles Demange et Ambroise de Rancourt.

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