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Elections législatives en Israël : Jamais deux sans trois.

Après les dernières élections en Israël, nous avions écrit cet article. Aucun gouvernement n’a pu être formé suite au refus des nationalistes laïcs de Israel Beteinou de participer à un gouvernement ne réduisant pas les règles spécifiques s’appliquant aux ultra-orthodoxes notamment sur la conscription. Une nouvelle élection a donc eu lieu, ce qui est un terrain idéal pour analyser la manière dont un paysage politique peut se modifier sur le temps court. Nous analyserons à la fois les évolutions du score des partis politiques et les mutations dans les listes des partis se présentant. Cet article détaille assez bien les évolutions électorales par le biais de sondages post élection.

A gauche, le Labour et le Meretz ont, tous les deux, engagé un tournant à droite. Pour le Labour, ça a été via une alliance avec la scission d’Israel Beteinou, Gesher, et pour le Meretz, une alliance avec une scission de l’aile gauche du Labour et avec le Parti Démocratique de l’ancien Premier Ministre Ehud Barak. Malgré un discours concentré sur les questions sociales, le Labour n’a que modestement progressé, et n’a fait que 4,8% par rapport à un total en mai de 6,2% pour les deux partis. La moitié de l’électorat du Labour a voté pour l’Union démocratique et 44% de celui de Gesher s’est éparpillé entre toutes les nuances de droite de centre droit et d’extrême droite (notamment en faveur du Likoud, de Bleu et blanc et d’Israël beteinou)

Le Camp démocratique piloté par le Meretz quant à lui inclut Ehud Barak et s’est également démarqué par un virage à droite, notamment sur la question palestinienne par rapport aux positions classiques du Meretz. Ils ont tenté de revenir au sionisme de gauche originel attaché à la sécurité d’Israël, à des négociations de paix avec les Etats voisins en échange de celle-ci, à l’égalité entre les citoyens israéliens et au caractère séculier et libéral au sens politique des Institutions étatiques. Mais leur score ne marque qu’un progrès limité par rapport aux résultats du Meretz, en passant de 3,6 à 4,5% des voix. Ce score masque cependant des évolutions claires dans leur électorat. Ils ont, certes, capté la moitié de l’électorat ayant voté Labour en avril mais ont perdu 14% de leur électorat au profit de la liste arabe unie et 4% au profit de Bleu et Blanc (15% votant pour le Labour-Gesher et beaucoup se réfugiant dans l’abstention).

Benyamin Netanyahu

Au niveau du centre, Bleu et Blanc a maintenu son score tout en perdant deux sièges (de manière générale, un score plus élevé était nécessaire pour avoir autant de sièges, du fait d’un nombre de voix très faible se portant sur des partis ne dépassant pas le seuil de 3,25% des voix). Ils ont également nettement durci leur discours pour réaffirmer leur enracinement de droite et répondre ainsi aux accusations du Likoud dont ils faisaient les frais.

La liste Arabe unie, quant à elle, a retrouvé ses scores de 2015, en arrivant à faire voter de nouveau les arabes israéliens face à la peur d’un gouvernement de droite radicale et à priver le Meretz de son électorat arabe, l’alliance avec Ehud Barak ne passant pas auprès de celui-ci.

Enfin, les plus grandes modifications ont eu lieu à droite.

Le Likoud, allié à Koulanu, a perdu cinq points par rapport au résultat des deux partis en avril  Ils ont souffert à la fois de la polarisation croissante entre le camp laïque incarné par Israel Beteinou et le camp ultra-orthodoxe, de la disparition de Koulanou dont les électeurs ont pour beaucoup préféré voté ailleurs que pour l’alliance car trop radicale pour eux et de la sur-mobilisation des électorats spécifiques liés aux partis ne s’adressant qu’à eux (liste arabe unie pour les arabes israéliens , ultra-orthodoxes haredim pour le shas et judaisme de la torah unifié et russophones pour Israel Beteinou). Israel Beteinou au contraire double quasiment son nombre de voix et gagne 3 sièges, bénéficiant à la fois de la mobilisation de l’électorat russophone, du regroupement de celui-ci autour de lui et du vote pour eux d’un électorat séculier pas forcément de droite dure mais lassé des ultra-orthodoxes.

“Le clivage entre séculiers et religieux est encore renforcé.”

Le sionisme religieux vit un moment difficile. En effet, l’alliance entre le Foyer juif et la nouvelle droite ne laissant à l’écart que les kahanistes semblait permettre un rassemblement large de cette tendance. De même, le retrait de Zehut aurait dû favoriser la liste emmenée par Ayelet Shaked. Mais la liste ne gagne qu’un siège et n’obtient que 5,9% des voix. De même, les kahanistes obtiennent 1,9% des voix ce qui montre qu’ils restent un courant présent mais sans arriver à faire une percée. Leur score ne montre donc pas de progression et ni Yamina ni les kahanistes ne profitent des déboires du Likoud ou du retrait de Zehut. Les trois partis pour lesquels ont le plus voté les électeurs de Zehut sont le Shas, les kahanistes et Israel Beteinou, montrant le caractère hétérogène de cet électorat

Israel Beteinou

Enfin, les ultra-orthodoxes peuvent être content. Le Shas arrive à nouveau à s’adresser à un électorat sépharade plus large que les ultra-orthodoxes et si Judaisme de la Torah Unifiée perd un siège, le parti obtient son meilleur score en termes de nombre de voix et de pourcentage en dépassant les 6%. On peut attribuer ces progrès à une discipline de vote toujours au rendez-vous (expliquant aussi le score très faible des ultra-orthodoxes ultra nationalistes de Noam) et encore renforcée par le clivage séculiers contre religieux (avec 5% de l’électorat de l’union des partis d’extrême droite qui a voté pour eux), à un vote utile de sépharades orthodoxes pour le Shas et à la démographie toujours très dynamique des ultra-orthodoxes (même si peu de changements démographiques entre les deux élections, ça a pu jouer à la marge).

Trois options étaient possibles avec une majorité parlementaire :

  • Un gouvernement unissant gauche et partis séculiers et allant d’Israel Beteinou à la liste arabe unie, mais cela relevait de la politique-fiction vu les divergences abyssales entre ces deux partis.
  • Un gouvernement reformant la coalition de droite préexistante, mais cela supposait un apaisement des tensions entre les ultra-orthodoxes et Israel Beteinou.
  • Enfin, un gouvernement de « grande coalition » regroupant Likoud, Bleu et Blanc avec le soutien d’Israel Beteinou sur une ligne moins favorable aux ultra-orthodoxes et continuant la politique actuelle en Cisjordanie mais sans la durcir. Cependant, Bleu et Blanc y mettait comme condition le départ de Netanyahu, et celui-ci tient toujours le Likoud en ayant battu son seul opposant lors de l’élection interne qui a suivi.

A moins d’un déplacement de voix assez important, où d’une recomposition des alliances politiques, il faut dons s’attendre à ce que de nouvelles élections aboutissent à une équation politique toujours aussi bloquée.

Augustin Herbet

 

 

Sacha Mokritzky
Sacha Mokritzky est rédacteur en chef de Reconstruire. Auteur du livre Retraites : impasses et perspectives avec François Cocq aux éditions du Borrego, il est également chroniqueur régulier de l'émission Quartier Constituant.

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