Politique

Macron est-il le nouveau Louis-Philippe ?

La présidence d’Emmanuel Macron a été animée par de nombreux mouvements sociaux et par une gestion calamiteuse des affaires publiques. Les enquêtes d’opinion sont formelles : le président de la République ne convainc pas au-delà des cercles de son électorat naturel : la bourgeoisie. Sa position de compromis permanent, qui n’est pas sans rappeler les girouettes dont parle Pierre Serna dans ses écrits sur l’extrême-centre, fait écho à la politique d’un chef d’Etat venu d’une autre époque mais qui néanmoins semblait exercer le pouvoir d’une façon similaire. Emmanuel Macron est-il le nouveau Louis-Philippe ? C’est la question à laquelle tente de répondre Johann Elbory dans cet article.

“Les partis traditionnels ont quasiment disparu du jeu politique central.”

Nous sommes,depuis un certain temps, entrés dans un nouveau paradigme politique. L’idée n’est pas nouvelle, et elle est même devenue depuis au moins cinq ans un marronnier des éditorialistes.. « Les vieux schémas sont dépassés ». « Le clivage gauche/droite a disparu ». « La politique à l’ancienne, c’est fini ». Depuis 2017 et l’élection de Macron la « révolution En Marche » a, à les entendre, totalement renouvelé le jeu de la politique française. C’est en tout cas ce qui semble se dire partout sans que cette révolution ne fasse l’objet d’une analyse intelligible, faute d’une évidence lumineuse. Alors, les choses ont-elles réellement changé depuis l’élection de Macron ? Oui, certainement. Mais il n’est pas sûr qu’il faille y voir une nouveauté totalement absolue. Et peut-être encore moins du génie politique.

Les systèmes politiques s’organisent traditionnellement autour de l’opposition de deux grandes tendances, de deux grandes visions politiques, que l’histoire retiendra comme la « gauche » et la « droite ». Après la Seconde Guerre Mondiale, ces deux grands ensembles politiques ont pris une forme assez similaire avec la constitution de deux grands partis politiques de gouvernement, autour des gaullistes à droite, et des socialistes de l’ancienne SFIO à gauche, canalisant chacun la plupart des forces de leurs camps respectifs, et reléguant peu à peu les organisations minoritaires à un rôle d’appoint électoral. Cette division s’est tellement instituée au cours des cinquante dernières années qu’elle a fini par devenir presque naturelle et immuable aux yeux de tous, d’où un certain désarroi, voir un déni total, de beaucoup quand, convertis à une même idéologie libérale, responsables de trahisons aussi graves, constitutif d’un même système d’entre soi et de confiscation démocratique, ces partis ont commencé à perdre de leur influence, de leur importance, pour, en définitive, quasiment disparaître du jeu politique central.

Jusque-là, rien de véritablement nouveau. Comme nous le savons, c’est cette destruction des vieux cadres traditionnels qui a permis de voir, en 2017, l’émergence d’une nouvelle voie politique, présentée comme transpartidaire, au-dessus des idéologies, des chapelles et des sectes, définitivement « ni de droite ni de gauche ». Cette « nouvelle voie » était alors incarnée par Emmanuel Macron, candidat sans programme qui n’avait d’autre argument que celui d’être au-dessus de la mêlée.. Une nouveauté forte de conséquences, non seulement pour les partis leaders de notre vie politique, le Parti Socialiste et Les Républicains, pour qui ce sera le chant du cygne, mais aussi pour les principales oppositions radicales, le Rassemblement National à droite, et la France Insoumise à gauche, totalement cornérisés par l’apparition d’un bloc centriste hégémonique autour de Macron, et dont la quasi symétrie – en tous cas, en 2017 – annule, en grande partie, toute la force discursive.

“Partis et syndicats restent englués dans un déni du changement, préférant appliquer des modèles périmés mais confortables du XX° siècle.”

On pourrait penser qu’une telle situation d’hégémonie politique renforcerait l’émergence d’une opposition forte et cohérente. La réalité nous donne tort.. Malgré une évidence politique, et même stratégique, imposée par les offensives anti-sociales ultra-violentes du gouvernement actuel, la gauche traditionnelle semble paradoxalement incapable de penser son action, ses perspectives et son avenir. Partis et syndicats restent englués dans un déni du changement, préférant appliquer des modèles périmés mais confortables du XXème siècle, même si ceux-là ne permettent plus, à l’évidence, de parler au-delà d’une base de militants de plus en plus restreinte.   

Emmanuel Macron est-il le nouveau Louis-Philippe ? En tout cas, il est le président le plus détesté de la V° République.

Emmanuel Macron est-il le nouveau Louis-Philippe ?

Pourtant, et c’est là peut-être le plus spectaculaire, et le plus révélateur, si ceux qui devraient porter une opposition, voir une alternative, en sont de plus en plus incapables, la société est bien loin d’une apathie généralisée. Au contraire, nous vivons dans un pays où les tensions sociales, les questionnements sur le présent et le futur, sur la démocratie, sur le commun, sont plus présentes et plus bouillonnantes, qu’elles ne le furent depuis longtemps. Et plus la violence du système augmente, plus cette tension semble pousser la société française vers une rupture nette et définitive.

Dans ce contexte naissent de nombreuses révoltes. D’un genre nouveau, surprenant, spontané, humain, les Gilets jaunes créaient l’événement en 2018. Plus récemment, en décembre 2019, c’est un mouvement social plus classique, autour d’appels syndicaux qui a marqué le pays. Si ces mouvements n’ont pas engendré de véritables victoires, affaiblis par une incapacité certaine des centrales syndicales à appréhender les nouvelles formes de mobilisation, ils ont permis à beaucoup de gens de se ré intéresser aux enjeux politiques, de repenser leur commun, de se recréer une forme de solidarité.

“On assiste à un retour de la lutte des classes.”

Notre système politique, ce système de démocratie bourgeoise comme on disait autrefois, engendrait un système social assez complexe, dans lequel des bourgeois de droite et des bourgeois de gauche dirigeaient des structures politiques dans lesquelles se retrouvaient des classes populaires, de droite et de gauche.. Et ces deux ensembles étaient naturellement poreux, imbrication de positionnements programmatiques, stratégiques, de valeurs, de morales et de l’évolution de tout cela à travers l’histoire. 

La « révolution Macron », c’est en réalité un chambardement de ces divisions sociales et politiques. Macron a, en effet, réussi à réaliser une alliance des bourgeois de gauche et de droite. Ce que l’on peut désigner comme un « bloc bourgeois » s’est aggloméré autour d’une politique libérale, mondialiste,, dynamique, individualiste. Un modèle cohérent qui se retrouve frontalement opposé aux politiques sociales, à la nature, à la solidarité, à la tradition, aux valeurs, au commun, à toutes ces notions essentielles à l’existence d’une nation et à la vie d’un peuple, mais qui constituent des obstacles sociétaux majeurs à l’épanouissement des intérêts de la classe dominante..Cette dichotomie, qui ne s’appuie plus sur un équilibre d’intérêts et de valeurs, mais sur un rapport d’intérêts presque exclusif, s’observe assez facilement lorsque l’on se penche sur les enquêtes d’opinion des derniers mois. En décembre, lors du mouvement de grève contre la réforme des retraites, les sondages montraient un soutien relativement unanime des français. Après plusieurs semaines, le soutien aux grévistes était toujours d’environ 70%. Ces chiffres sont importants et assez éloquents quant à la situation de tension sociale et de détestation du gouvernement et de son action. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est la mise en parallèle de ces chiffres avec un certain nombre d’études connues sur les tendances d’adhésion politique des français. Sur des mouvements de grève plus anciens, on pouvait avoir une division des soutiens aux grévistes en fonction de l’adhésion politique des interrogés, les électeurs de droite étant par exemple traditionnellement opposés aux mouvements syndicaux, quelle que soit leur classe sociale d’origine. Il semblerait désormais que les critères d’opinion quant aux politiques menées superposent plutôt aux réalités sociales. Pour le dire plus concrètement, l’opposition ou le soutien à Macron n’est plus tant une question d’opinion et d’adhésion à des idées et des valeurs, mais semble s’essentialiser autour des seuls intérêts socio-économiques des gens.

En interrogeant ceux qui soutiennent la politique gouvernementale, on voit qu’ils sont en moyenne plus âgés, qu’ils sont assez bien payés, qu’ils occupent des emplois gratifiants. En 2017, ils ont voté majoritairement pour Emmanuel Macron, ce qui est assez logique, et pour François Fillon. 

Face à eux, les “mécontents” ont des revenus inférieurs, sont actifs, chômeurs ou retraités pauvres, ils sont plus ruraux, plus ouvriers, et ont voté indifféremment pour le Rassemblement National, la France Insoumise, Debout la France, le NPA ou le Parti Socialiste. Cette différence marquée se retrouve aussi chez les soutiens et opposants aux grévistes du mois de décembre 2019. La société se cristallise, schématiquement, entre un bloc bourgeois  qui soutient massivement la politique du gouvernement, et un peuple qui se retrouve en face.

Ce qui semble nouveau c’est l’éclatement des barrières partisanes historiques. Les pauvres « historiquement de droite » et les pauvres « historiquement de gauche » sont décrochés de la même manière et, surtout, le ressentent désormais de la même manière. Et, pour la première fois depuis longtemps, on peut les croiser dans les mêmes manifestations. C’est le retour de la lutte des classes.

“L’histoire n’est pas un recueil de prophétie, mais elle doit toujours être scrutée avec intérêt.”

Avant toute chose, il faut rappeler qu’aucune comparaison historique ne justifie d’analyse politique mécaniste. Contrairement à ce que l’on dit parfois, l’Histoire ne se répète pas. Elle est unique. Certaines situations peuvent toutefois se ressembler, entraîner des conséquences parfois proches, et l’histoire est donc, en cela, une bonne conseillère. L’histoire n’est pas un recueil de prophétie, mais elle doit toujours être scrutée avec intérêt.

Louis-Philippe est né en 1773. Fils de Philippe-Egalité, cousin du roi, favorable à la Révolution française, au cours de laquelle il fût tout de même guillotiné, Louis-Philippe a toujours eu un positionnement philosophique complexe, à la fois fidèle à l’idée de monarchie mais également porteur d’un certain nombre de valeurs républicaines et très inspiré par les modèles britanniques et américains. Comme son père, il participe à la Révolution française, entre au Club des Jacobins et participe même à la bataille de Valmy à la tête de troupes républicaines. Exilé pendant la Terreur, il ne rentrera en France qu’en 1814 après l’abdication de Napoléon Bonaparte.

Louis-Philippe

Durant la Restauration, Louis-Philippe va incarner le compromis contre les ultras de la monarchie. Il faut bien comprendre la situation d’alors. La chute de l’Empire a provoqué le retour au pouvoir d’une noblesse d’ancien régime revancharde et radicalisée par la Révolution. Beaucoup de ces nobles qui retrouvent la France sont jeunes, héritiers de pères décapités ou morts en exil dans des conditions qui les ont marqué à vif. La frustration de deux décennies humiliantes, et de la spoliation va pousser cette noblesse restaurée à engager ce que l’on appellera une « Terreur blanche » dirigée contre tous les cadres, les institutions, les symboles hérités de la période révolutionnaire et de l’Empire.

Mais l’époque a déjà beaucoup trop changé. A leur retour, ce n’est plus la France de l’absolutisme des Bourbons que les exilés découvrent. Vingt années ont suffit à bouleverser la sociologie française. Un peuple s’y est élevé, instruit, a participé à la constitution d’un nouveau cadre étatique, d’une nouvelle Nation. L’État est plus centralisé que jamais. Et surtout, le pays est désormais dirigé par la bourgeoisie. Par l’argent et le mérite, les bourgeois se sont élevés dans toutes les strates de la société. Ils dirigent une économie en pleine expansion en ce début de Révolution industrielle. Ils commandent l’armée, président des administrations, s’affichent dans les galeries d’art, contrôlent les banques, dictent les modes, et siègent sur les bancs des assemblées. Quoiqu’en pensent les ultras de la Restauration, l’Ancien régime n’a jamais aussi bien porté son nom que dans ces années 1820, décennie où la noblesse française qui avait maturé sa vengeance pendant près d’un quart de siècle finit par capituler, vaincue par l’évolution socio-politique.

Ce bouleversement, Louis-Philippe le voit tout de suite. Il critiquera d’ailleurs les mouvements de Terreur blanche dès les premiers mois de la Restauration, en 1815. Fidèle aux idées de son père, il pense alors que l’absolutisme appartient définitivement au passé et qu’un état moderne ne peut prospérer qu’en imposant un pouvoir de compromis social garantissant un rôle à la noblesse mais, surtout, à la bourgeoisie libérale, notamment par la mise en place d’un régime parlementaire fort. Cette politique de compromis, qu’il qualifiera plus tard de « juste milieu », est vue comme un positionnement de mesure et de sagesse après trente ans d’instabilité politique, et fait croître, tout au long des années 1820, la popularité de Louis-Philippe aussi bien chez la bourgeoisie libérale que chez les monarchistes tempérés.

Cette ligne politique est toutefois loin de celle du pouvoir en place. Charles X, le dernier frère de Louis XVI, devenu roi en 1824, tente d’appliquer une politique royaliste très radicale. Opposé à toute réforme sociale et sociétale, il entre en opposition avec tous les partisans d’une modernisation nationale, utilisant régulièrement la force pour se sortir des tensions provoquées par sa politique. C’est l’utilisation de cette force, politique puis militaire, qui causera sa perte en 1830, après une tentative de changement constitutionnel avantageant les ultra-royalistes aux élections. Paris s’embrase, le roi s’enferme dans un mutisme qui l’entraîne vers la sortie du pouvoir.

Le 2 août 1830, Charles X cède aux insurgés en abdiquant, lui ainsi que son fils Louis, au profit de son petit-fils Henri. Louis-Philippe, duc d’Orléans, est alors chargé de remettre cette abdication au gouvernement et à l’assemblée, et de prendre la régence du royaume. Mais les choses ne se passent pas comme prévu par le vieux roi. Au terme d’une semaine de flou politique, l’assemblée s’oppose à l’accession au trône du jeune Henri V, et Louis-Philippe est nommé Roi des Français, à la tête d’un projet de monarchie parlementaire.

“Louis Philippe va réconcilier les classes dirigeantes.”

Le nouveau régime, que l’on appellera la Monarchie de Juillet, prend une forme inédite. Comme nous l’avons dit, il s’agit d’un régime de monarchie parlementaire, très inspiré de ce que la France avait connu au début de la Révolution. Dès l’intronisation du roi, cette monarchie marquera sa différence profonde avec les règnes précédents de Louis XVIII et Charles X. Louis-Philippe conserve des cadres traditionnels de la royauté française mais parvient, parfois sous la pression de certains de ses conseillers, à mêler savamment les traditions royalistes aux aspirations politiques et symboliques d’une frange plus libérale de la société. Le roi n’est pas sacré à Reims, il garde, dans un premier temps du moins, la fleur de lys comme symbole, une couronne, mais prête serment devant une assemblée élue. Les pouvoirs de la famille royale et de la noblesse sont assez limités, ceux du roi lui-même sont encadrés.

S’il incarne la voie de la mesure, Louis-Philippe est loin de faire l’unanimité dès le début de son règne. Vu comme un usurpateur par les royalistes légitimistes, et comme un dictateur par les républicains, le nouveau roi est, dès son accession au pouvoir sous le feu de toutes les critiques. Mais, au final, c’est la mise en place de sa politique qui lui permettra de maintenir son trône dix-huit ans, pas seulement l’affirmation de n’être ni Louis XVI, ni Robespierre, ni Bonaparte (l’équivalent d’un « ni droite ni gauche » de l’époque). Car Louis-Philippe va réconcilier les classes dirigeantes. Lorsqu’il prend le pouvoir en 1830, celles-ci se composent de plusieurs ensembles. Une noblesse, tout d’abord, qui, comme nous l’avons évoqué, se compose d’une tendance très radicale, rêvant d’absolutisme par idéologie, et totalement décrochée des réalités, mais surtout d’une majorité plus mesurée, souvent imprégnée de par les années d’exil de considérations politiques plus anglo-saxonnes et qui, parfois, a déjà commencé sa reconversion sociale vers l’investissement industriel ou financier. Et d’une bourgeoisie, héritière d’une longue histoire, cultivée, riche, influente, et qui a gagné son pouvoir pendant la Révolution et l’Empire. On trouve, parmi cette bourgeoisie, des républicains radicaux mais, surtout, comme chez les nobles, des gens plus mesurés, conscients que l’instabilité révolutionnaire nuit aux affaires, et qui s’accommoderaient très bien d’un compromis. Ces derniers sont ceux qui se sont, par exemple, le mieux adapté aux régimes consulaires et impériaux et qui, malgré des aspirations démocratiques insatisfaites par le retour des Bourbons, n’ont pas réellement souffert de la Restauration.

Louis-Philippe va réussir à contenter toutes ces élites, à l’exception des plus radicaux des royalistes et des républicains. Par son positionnement de « juste milieu », il apparaît comme la voie de la sagesse, du bien naturel. Après un quart de siècle de tensions, il est celui qui apaise en captant toutes les tendances politiques les plus molles autour de son pouvoir, et en rendant inefficientes les factions les plus radicales, repoussées dans les coins de l’échiquier politique, qualifiées d’excessives et rejetées dos à dos. Il parvient même à siphonner certaines de leurs forces, les légitimistes les plus intelligents se rendant à l’évidence que Charles X ne reviendrait pas et qu’Henri, son petit-fils âgé de dix ans, ne pourrait incarner une réelle alternative, et les républicains les moins radicaux acceptant le nouveau régime comme un moindre mal dans un pays où la République n’avait vécu en tout et pour tout que huit ans, dans des conditions instables, souvent dramatiques, et était retourné pour beaucoup à sa nature d’utopie.

“Enrichissez-vous !”

Mais c’est par sa politique, notamment économique, que le roi met tout le monde d’accord. Son règne est marqué par des investissements pharaoniques afin de faire de la France une puissance industrielle incontournable. Pour Louis-Philippe, il est impensable de se faire doubler par l’Angleterre et les États germaniques dans la révolution industrielle en cours. L’État investit donc massivement dans les équipements, lance des mesures fiscales avantageuses pour les plus riches/ On construit des routes, les premiers chemins de fer, on modernise les ports. Les villes se transforment, le télégraphe est développé, la Bourse prospère tandis que Guizot, l’historien devenu Premier ministre, lance son célèbre « Enrichissez-vous ! ». La France de Louis-Philippe développe une forme de keynésianisme avant l’heure autour d’un État très dirigiste, parfois autoritaire, mais qui garantie une prospérité jamais connue. La noblesse s’embourgeoise, la bourgeoisie est reine, les riches s’enrichissent, la « start-up monarchie » est en marche…

Très vite, un bloc politique hégémonique se constitue garantissant au pouvoir une stabilité parfaite. Les oppositions, si elles existent et restent véhémentes sont, en grande partie, marginalisées, et toute menace industrielle de leur part est rendue inefficace.Mais malgré une apparente pacification de la vie politique, le pays connaît de nouvelles transformations politiques. Le régime, et le système électoral censitaire notamment, ne garantissent pas de cadres réellement démocratiques. Un réel antagonisme apparaît : les classes bourgeoises contre un peuple, invisible depuis des siècles, qui commence à s’éduquer, s’organiser, se forger des idéologies et des traditions politiques. L’idée républicaine se répand vite dans la population, des meneurs apparaissent, des associations, et des révoltes éclatent comme à Lyon où les artisans du textile, les emblématiques Canuts, déclenchent des émeutes sévèrement réprimées en 1834.

En 1848, la Monarchie de Juillet est, en quelque sorte, dépassée par l’émergence de ce nouvel acteur politique. Le pouvoir est renversé par une révolution massive, qui proclame la fin définitive de la monarchie française et la proclamation d’une nouvelle république.

“Un système dirigé par un bloc bourgeois quasi-uniforme opposé à un bloc populaire dont il nie tous les intérêts n’a aucune chance de durer.”

Un système dirigé par un bloc bourgeois quasi-uniforme opposé à un bloc populaire dont il nie tous les intérêts, toutes les aspirations politique et qu’il méprise n’a aucune chance de durer. Un tel régime pousse nécessairement la lutte des classes dans une situation de tension insoutenable et grossière. Le bloc bourgeois naturellement minoritaire, ne peut tenir dans un tel contexte que grâce à l’inexistence de forces organisationnelles, de meneurs et de perspectives populaires. Dès que ces trois éléments naissent, ils l’emportent nécessairement.

Le gouvernement d’Emmanuel Macron tiendra-t-il sans un nouveau sursaut populaire ?

Il semble évident que, pour le moment, Macron et son gouvernement sont assez tranquilles d’un point de vue purement politique. Si l’impopularité de LREM va indubitablement croissante, l’absence de toute opposition crédible et efficace laisse peu de doutes sur les capacités des macronistes à rester en place jusqu’en 2022 et de, probablement, rempiler pour un second mandat. Car ce n’est pas seulement la violence ou la bêtise d’un système qui conduisent à son renversement. C’est son incapacité à proposer un contrat social et une politique acceptable par la majorité de la population, combiné à une organisation des mécontents. En créant, comme Louis-Philippe, un bloc bourgeois, Macron créé une dynamique des classes les plus riches. Le décrochage de tous les autres est total. Ce système, tient, et tiendra, néanmoins, faute de mieux. Un mieux qu’il va falloir très sérieusement finir par envisager de (re)construire.

 Johann Elbory

Sacha Mokritzky
Sacha Mokritzky est rédacteur en chef de Reconstruire. Auteur du livre Retraites : impasses et perspectives avec François Cocq aux éditions du Borrego, il est également chroniqueur régulier de l'émission Quartier Constituant.

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