François Cocq est essayiste, adjoint au maire de Champigny-sur-Marne, auteur de plusieurs ouvrages dont Alerte à la souveraineté européenne, la chimère de Macron contre la souveraineté populaire (2017) et plus récemment de L’impératif démocratique (2019). Co-fondateur du Parti de Gauche, qu’il a quitté l’année dernière, il se consacre à présent au mouvement des Constituants dont il est à l’origine. Il revient pour Reconstruire sur sa vision de la situation politique actuelle et nous livre ses recommandations.

 

Reconstruire : Dans votre ouvrage L’impératif démocratique, vous faites allusion à l’affirmation d’Emmanuel Macron selon laquelle la figure monarchique manque aux français. Pensez-vous, au contraire, que le peuple français soit prêt à se séparer de ses représentants charismatiques ?

François Cocq : Si, par représentants charismatiques, vous entendez celles et ceux qui, depuis des années, voire des décennies, ont capté le pouvoir à leur seul profit et pour le seul intérêt d’une petite bande qui s’organise autour d’eux, je n’ai pas de doute que les gens aient une capacité à penser l’intérêt général qui permette de se débarrasser de ceux-là. Mais au-delà de ces représentants dits charismatiques, c’est la question de la représentation en tant que telle qui est posée. Ce que l’on voit, à l’échelle de la France, mais aussi à l’échelle de l’Union européenne, c’est que les peuples ne consentent plus à déléguer leur souveraineté. Si je dis cela, c’est que tous les scrutins électoraux depuis 2015 se soldent par des situations de blocage dans lesquelles aucune majorité n’est capable de se dégager. Soit on peut penser que ce sont des situations fortuites, soit on peut y voir un fil rouge qui traverse l’ensemble de nos sociétés et qui donne à voir que les gens aujourd’hui en ont trop avalé pour continuer à aller plus loin dans la délégation de leur souveraineté. C’est donc le principe représentatif qui est remis en question en tant que tel.

 

Vous vous êtes illustrés ces derniers mois par votre soutien immédiat et entier au mouvement des gilets jaunes. Croyez-vous que le mouvement, qui reprend en cette rentrée 2019, puisse trouver un fonctionnement pérenne et transformera radicalement la tradition sociale française ?

FC : Le mouvement des Gilets jaunes a déjà transformé radicalement la société française, la manière de penser la démocratie, et le changement dans l’ordre hors cadres institutionnels. Beaucoup ont voulu voir dans le mouvement des Gilets jaunes un phénomène exclusivement social et une colère basée uniquement sur la fiscalité et des taxes. Or le substrat du mouvement des Gilets jaunes, si on l’a perçu dès le début, reposait en premier lieu sur la question démocratique et la question de la souveraineté. Il faut avoir en tête ces gens qui, dès l’Acte II du mouvement, défilaient avec leur carte électorale à la main, posant ainsi la question de la légitimité et du consentement à l’ordre établi. Et ce n’est pas un hasard si le mot d’ordre à l’époque était « Macron Démission », la figure monarchique que vous avez rappelé vous-même au début de cet entretien. Donc, il y a eu une volonté de se refonder en tant que peuple qui est apparue avec ce mouvement des gilets jaunes, qui  en est à mon sens le fondement, et celle-ci ne disparaîtra pas; petit à petit, elle est en train d’infuser au sein de la société française et, quel que soit le devenir du mouvement des gilets jaunes aujourd’hui, quel que soit le processus que celui-ci va connaître dans les mois à venir, nous pourrons dire qu’il a déjà gagné dans le sens où ses idées continuent à se propager et vont continuer à se propager, pour construire, je l’espère, demain, une majorité populaire.

 

« Il y a eu une volonté de se refonder en tant que peuple »

 

Animé par cette ambition de construire une majorité populaire, vous avez d’ailleurs lancé récemment un nouveau mouvement, Les Constituants. Quel en est l’intérêt ?

Les Constituants, c’est une fabrique citoyenne qui a un caractère très spécifique en ce sens qu’elle n’a pas vocation à devenir un cadre organisé en tant que tel. Elle a une double ambition qui est de celle de faire vivre une idée, celle du processus constituant, et pas seulement de “La Constituante”. Nous considérons que la défiance vis-à-vis du politique est telle qu’il est impensable de proposer aux gens de commencer par une nouvelle délégation de souveraineté, fût-ce au bénéfice d’une assemblée constituante. Le préalable est la mise en mouvement de la société et notre capacité à nous ré-agréger collectivement. Et deuxièmement, celle de donner à voir ce travail sur le terrain, en étant un facilitateur, pour que les différents groupes, les différentes personnalités, toutes les personnes qui ont cette question au cœur puissent commencer à se retrouver et à faire ensemble œuvre collective.

 

Pourtant, si l’on entend effectivement dans les manifestations, de façon quasiment systématique, le mot d’ordre  “Macron démission”, qui unit le mouvement, il est beaucoup plus rare d’entendre “Changeons de Constitution” : est-ce vraiment le moment de s’y atteler ?

Ce n’est pas tant la question du changement de Constitution qui importe aujourd’hui. Vous savez, des gens disent que la V° République peut être largement amendée, et d’autres qu’il faut passer à une VI° République; mais la seule question qui vaille, c’est celle de la rupture avec l’ordre établi, et cette rupture, elle procède d’un processus qui est à la fois institutionnel – et nécessite une refondation républicaine de nos institutions – mais c’est aussi un travail à faire sur la question de “l’ordre des droits”. C’est le retour à “l’ordre des droits” comme le disait à l’époque Maximilien de Robespierre.
Nous avons aujourd’hui une Constitution qui a une soixantaine d’années: les problématiques posées ne sont pas les mêmes que celles de l’époque, et le contrat social, qui aujourd’hui est déchiré à chaque contre-réforme mise en place par ce gouvernement et par ses prédécesseurs (je pense là particulièrement à la réforme des retraites qui est à venir), est à retisser depuis le début. Aujourd’hui nous sommes rentrés dans un modèle qui nous est imposé depuis Nicolas Sarkozy, que François Hollande a repris à son compte, et qu’Emmanuel Macron pousse à son paroxysme, qui est celui du dissensus assumé en politique. Avec les Constituants, nous sommes de ceux qui pensons qu’il faut recréer du consensus, et que dans cette optique, le peuple doit commencer par se refonder. Or il ne peut se refonder que dès lors que nous le considérons comme le souverain.

 

Vous avez écrit, en 2017, un ouvrage intitulé “Alerte à la souveraineté européenne !”, dans lequel vous dénoncez la soumission progressive de notre souveraineté nationale au fédéralisme européen. Pensez-vous que la défense de notre souveraineté, que vous considérez comme préalable à tout acte politique anti-libéral, puisse être un élément fédérateur ?

Il faut s’entendre sur ce qu’est la souveraineté. Rousseau le disait à l’époque : seule la participation active et incessante des citoyens à la vie politique permet au peuple de rester souverain. Autrement dit, la souveraineté appartient au peuple et doit être permanente et inaliénable. Aujourd’hui, on demande aux gens de découper cette souveraineté en morceaux pour mieux la faire disparaître. Ce que les gens réclament, et le mouvement des gilets jaunes nous l’a enseigné, c’est de ne plus être seulement consultés. Ils veulent pouvoir récupérer leur capacité de décision. Être souverain, c’est cela : récupérer sa souveraineté de décision. Mais la souveraineté a une double dimension : pour les partisans de l’émancipation et de l’humanisme radical comme moi, elle est directement liée à la question de la souveraineté populaire, et ne peut pas en être détachée, c’est notre héritage républicain, dès lors on ne peut pas déléguer cette question de la souveraineté ni simplement à une représentation, ni à un monarque, ni à une aristocratie. Si je dis ça, c’est que, si la question de la représentation a une vertu qui est celle de l’unité et de l’indivisibilité de la République, elle ne suffit plus à elle seule à englober l’ensemble du champ démocratique ni l’ensemble des volontés populaires. Il faut donc y adjoindre quelque chose : c’est l’intervention directe et permanente des citoyens, et nous devons trouver les moyens de la permettre. Les citoyens doivent pouvoir rentrer directement dans l’espace de la décision publique.

 

Donc, le souverainisme est central.

Le souverainisme est central. Il est surtout le fil directeur qui peut permettre de faire se rejoindre toutes les tendances et les lignes de force de la société. Dans mon esprit, le souverainisme, donc la question de la souveraineté populaire, et donc la question du processus constituant qui en découle dès lors qu’on considère que nous sommes dans une phase d’émiettement extrême dû à l’individualisme néo-libéral, la question du processus constituant et de la souveraineté populaire forment ce que j’appelle un antagonisme non conflictuel. J’explique. On sait que le populisme repose sur un antagonisme et, d’une manière ou d’une autre, définit deux camps par-delà une frontière. En fonction de la place que nous occupons dans la société, nous rentrons dans l’une des cases définies par cet antagonisme, le processus constituant, la souveraineté populaire, la volonté générale permettent eux de définir une ligne qui sépare la société et définit deux espaces vides au départ au sein desquels vous choisissez de vous positionner. Vous n’êtes pas assigné à résidence, vous pouvez décider d’être de celles et ceux qui veulent se refonder en tant que peuple, ou vous pouvez décider d’être un conservateur à qui l’ordre établi d’aujourd’hui va très bien. Autrement dit, on fait tomber la conflictualité dès lors qu’on pose un antagonisme qui n’oppose plus simplement les « 99% » et les « 1% » mais un antagonisme mouvant qui repose sur une idée : celle de se refonder, et de vouloir se refonder ensemble.

 

Derrière la mobilisation contre la privatisation des aéroports de Paris, au delà de la dimension purement pécuniaire se cache un enjeu de souveraineté économique. La réforme des retraites touche à un enjeu social, et l’ensemble de la planète est massivement mobilisée pour le climat. Souverainisme, socialisme, écologie : sont-ce les nouvelles bases du post-marxisme au XXI° siècle ?

Elles en font indéniablement partie. Mais, je pense que nous aurions tort de les séparer, et toutes ces questions peuvent être en réalité rassemblées en une seule. On le voit sur la question d’ADP : il peut y avoir plusieurs entrées : l’entrée économique, l’entrée écologique, et bien sûr l’entrée de souveraineté. Et pour autant, qu’est-ce qui touche en premier les gens lorsqu’ils se sentent dépossédés d’un outil qui est l’objet du bien commun et qui sert l’intérêt général ? C’est qu’à un moment donné, le capitalisme le plus prédateur vient pour marcher sur les constructions collectives de celles et ceux qui, par le passé, ont décidé de faire société tous ensemble, en se dotant d’outils communs, en se dotant, comme pour les retraites, de perspectives communes. Au final, ce que l’on voit, c’est que les gens veulent mettre un coup d’arrêt à cette marche en avant folle. Ils voient qu’ils ont affaire à un désordre, à une situation de chaos entretenu, et ce que les gens demandent très humblement, c’est de revenir à des questions de bon sens et à des questions d’ordre social. Vous savez, on ne vaincra pas la bourgeoisie et le capitalisme néo-libéral aujourd’hui en étant simplement dans la dénonciation pure de celui-ci. On arrivera à le faire tomber lorsque l’on arrivera à exacerber les contradictions qui sont en son sein, et, comme le disait Jaurès à l’époque à faire venir la bourgeoisie sur l’intérêt général que nous portons, à moitié par la persuasion, et à moitié par la nécessité qui s’impose à tous.

 

“Le peuple français est par nature un peuple révolutionnaire”

 

A l’heure où nous nous rencontrons, les républicains se préparent à célébrer l’anniversaire de la Convention Nationale (21 septembre 1792). Les références à la Révolution française sont nombreuses dans la culture populaire qui s’est construite au sein du mouvement des Gilets jaunes. Pensez-vous que le peuple français soit prêt, comme alors, à changer radicalement de système ?

François Cocq, près de la plaque commémorative du 21 Septembre 1792, à Paris.

Le peuple français, est, en son sein, un peuple par nature révolutionnaire. Mais révolutionnaire dans le sens où il est prêt à rompre avec l’ordre établi et où il assume ces changements de paradigme. Aujourd’hui, l’inflexion est posée dans la société, elle se manifeste progressivement avec une ampleur de plus en plus importante, elle s’est manifestée dans les urnes, par l’abstention, par le rejet de celles et ceux qui aujourd’hui sont les pantins d’une démocratie minoritaire, et je pense au président Macron, élu avec à peine 18% du corps électoral, mais c’est là une tendance générale au sein des sociétés européennes, et donc le peuple français a déjà posé un certain nombre d’actes. Il voit bien qu’aujourd’hui ces actes, à eux seuls, ne suffisent plus, et il est prêt à faire déborder la rivière de son lit, c’est ce que nous avons vu avec le mouvement des gilets jaunes. Mais il tire les enseignements à chacune de ces étapes. Il a vu avec ce mouvement que toutes les forces du système, qu’elles soient de la majorité ou de l’opposition, ont cherché à ramener ce mouvement dans un cadre institutionnel, parce qu’il leur échappait et tirait sa force de sa dimension hors institutionnelle. Je crois que l’enseignement a été tiré, que ce bourgeonnement va continuer à infuser et, petit à petit, trouvera son débouché. Nous aurions tort, aujourd’hui, d’être ceux qui veulent le faire rentrer dans le lit, le faire rentrer dans des cadres préétablis, surtout lorsqu’il s’agit de cadres anciens, dont le peuple, aujourd’hui, ne veut plus.

“La gauche a abandonné toute ambition majoritaire”

Les catégories idéologiques évoluent avec la modification des structures sociales. Pensez-vous que la gauche soit encore utile comme catégorie politique, ou est-ce, comme l’appelait Sartre, un cadavre à la renverse ?

La gauche parle encore à un certain nombre de gens qui viennent d’une époque qui n’est pas totalement révolue puisque ceux-là y font encore référence comme logiciel. Cependant, la gauche en tant que telle n’est plus en capacité de proposer une stratégie et une capacité d’agrégation sociale, politique et électorale. Elle a abandonné aujourd’hui toute ambition majoritaire et il faut donc faire autrement. Ce ne sont pas tant les idées qui ont été véhiculées par la gauche qui ont été passées par pertes et profits; on voit la perspicacité et la nécessité de l’émancipation et de l’humanisme radical par les temps qui courent, mais c’est l’incapacité à incarner celle-ci et à la faire partager au plus grand nombre. La gauche aujourd’hui fait figure d’une surface fermée, d’un cercle dont on ne peut s’extraire et qui se restreint par cercles concentriques. Il faut que celui-ci, avant de devenir un point nodal dont il ne restera plus rien, puisse se rouvrir, et réenchanter la société, pas en étant simplement la gauche, en faisant partager ses idées, et donc en se libérant des totems et des étiquettes qui sont les siennes.

 

Le soudain engouement pour les mouvements politiques (La France Insoumise, En Marche!), qui, en 2017, sont parvenus à concurrencer dans les urnes les partis de gouvernement traditionnels, semble être retombé. Pour autant, la confiance en les partis classiques ne paraît pas être revenue. Comment, selon vous, la vie politique devrait-elle se réorganiser pour répondre aux attentes populaires ? 

Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, le 21 Novembre 2017.

Je ne crois pas qu’il y ait une aspiration aujourd’hui dans la société à se réorganiser dans des cadres partidaires, ou de mouvements, ou, pour le dire simplement, de structures organisées quelles qu’elles soient, si l’analyse qui a été produite à une époque et que je partage, qui est celle de l’explosion et du rejet des cadres organisés et des corps intermédiaires, se vérifie (je pense ici aux syndicats, aux partis politiques mais aussi aux associations dans une large mesure). Il va falloir faire autrement. Même les promesses de renouveau n’ont pas été tenues. On a vu que, et vous avez raison de le mentionner en mettant l’un et l’autre en parallèle, que la France Insoumise et la République en Marche avaient su à l’occasion de l’élection présidentielle de 2017 ouvrir une perspective et avait fait une promesse aux gens : celle d’être le chaînon démocratique manquant entre les gens et la représentation. C’était peut-être la dernière chance à cette époque là de sauver l’idée représentative en tant que telle. Mais le constat doit être fait deux ans après : ces deux mouvements sont un échec. La République en Marche parce qu’elle a été phagocytée par l’exécutif et est finalement devenue une coquille vide de pantins qui sont là simplement pour exécuter la parole descendue de l’Elysée, et la France Insoumise qui a pareillement été incapable de tenir sa promesse dans le sens où le mouvement a disparu derrière le groupe parlementaire. La capacité que la France Insoumise avait à incarner ce champ hors institutionnel à travers le mouvement est finalement passée à la trappe derrière le fait de se réinscrire dans un champ parlementaire avec le groupe, qui fait vaillamment et extrêmement bien son travail à l’Assemblée nationale, mais qui pour autant occulte cet impératif démocratique qu’aurait dû tenir La France Insoumise.

 

Pourtant les Gilets jaunes ont souffert de leur désorganisation…

Je ne suis pas sûr que les Gilets jaunes aient souffert de leur désorganisation. Je pense que nous aurions tort de croire que le fait qu’ils se soient refusés à choisir leurs représentants ait été une incapacité à le faire. Certains auraient voulu, là-dedans, qu’il y ait des représentants, mais la grande masse des gilets jaunes a très bien intégré l’idée que c’est justement en restant un cadre prétendument inorganisé, mais surtout hors champ institutionnel, qu’ils pouvaient continuer à infuser dans la société et à apporter le message le plus large.

 

On constate pourtant, comme s’il s’agissait d’un besoin inné de l’être social, l’émergence de figures charismatiques perçues de facto comme représentants du mouvement. Je parle notamment de François Boulo, de Priscilla Ludosky, de Maxime Nicolle…

Des personnalités ont émergé car elles ont justement su capter cette dimension, et les noms que vous citez sont justement des gens qui n’ont pas eu la prétention de construire des cadres organisés ou des cadres qui visaient à se réinscrire dans le champ institutionnel. Cela a été une intuition extrêmement juste de leur part et ils ont gagné leurs galons et leur légitimité à pouvoir continuer à parler, sinon au nom du mouvement des gilets jaunes, du moins parmi le mouvement des gilets jaunes.

 

Les analyses sociales purement matérialistes se trouvent actuellement confrontées à une nouvelle donnée que ne pouvaient pas prévoir ses théoriciens (c’eût été anachronique) : celle du réchauffement climatique et de l’égalité globale face à la menace. Pensez-vous que ce nouvel enjeu bouleverse le champ de la théorie politique ?

Oui, bien évidemment. La question écologique, la question de la finitude de notre monde tout simplement, et d’une certaine manière la question de la finitude de la vie humaine est une question qui nous est posée, j’allais dire dans un présent, du moins dans un avenir qui nous semble accessible, devient de fait un paradigme refondateur pour l’ensemble des courants de pensée et des courants de l’émancipation. Mais cette question ne peut pas être traitée simplement comme une question qui surplombe l’ensemble des autres sujets. Elle pose ce qui pour moi est intrinsèque à la question constituante : lorsque nous disons que le peuple doit se refonder aujourd’hui en tant que tel, il doit se refonder parce que la vie qui lui est imposée n’est plus soutenable, parce que la société est devenue une adjonction d’individus éparses qui ne permet plus de vivre collectivement, et il doit se refonder parce qu’il doit trouver un mode de vie organisé pour pouvoir assumer ce paradigme refondateur et cette situation nouvelle qui nous est aujourd’hui donnée. C’est pourquoi pour moi la question écologique est une question constituante, parce que je ne crois pas qu’on puisse aujourd’hui y répondre par des décrets et des mesures d’urgence programmées d’en haut qui visent toujours à servir la bande des intérêts divers des forces capitalistes. Je pense que nous n’y arriverons que dès lors que nous aurons pris cette question en tant que telle comme une question refondatrice.

Le 15 mars 2019, les lycéens français se sont massivement mobilisés pour le climat.

Face à l’urgence sociale et politique, que sont vos projets et vos engagements futurs ?

FC : Vous savez, j’ai trop baigné dans la vie militante la plus quotidienne mais aussi la plus dure pour ne pas avoir aujourd’hui l’envie d’apporter mes réflexions par un autre biais. Je ne crois pas que le temps soit celui des cadres organisés. Je crois par contre que nous pouvons construire une majorité populaire lorsque nous aurons su tirer le fil qui permet au plus grand nombre de s’agréger autour de celui-ci, et je vais consacrer pour ma part et avec les Constituants mon énergie à faire vivre ces idées, à les faire grandir, à les faire devenir les plus importantes possibles, et pour peu que nous ne soyons pas trop trompés, je ne doute pas que beaucoup s’en saisiront et que ce biais-là nous permettra de changer pour de bon la société.

 

Propos recueillis par Sacha Mokritzky le 21 septembre 2019 à Paris. Questions de Sacha Mokritzky et Paul Raja.