Gabriel Serville est député de la première circonscription de Guyane. Il siège à l’Assemblée nationale avec le groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine, et est membre de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire. Pour Reconstruire, il revient sur la situation sanitaire des territoires d’outre-mer et sur la gestion épidémique en Guyane. Il combat également la gestion de crise du gouvernement. Propos recueillis par Jossua Loche-Ertus et Sacha Mokritzky.

Vous avez, en 2018, soutenu la démission collective de 17 médecins urgentistes guyanais, qui protestaient contre la condition sanitaire de votre territoire. Vous avez alors déploré le fait que les patients guyanais soient « les otages du manque de considération des gouvernements successifs vis-à-vis de la santé ». La situation sanitaire a-t-elle évolué, en Guyane, dans les outre-mer, et étaient-ils préparés à cette épidémie ?

D’une manière générale, on parle des territoires d’outre-mer comme s’il s’agissait de territoires identiques, avec les mêmes caractéristiques, les mêmes problèmes. En réalité, chaque territoire est une singularité, avec des avantages, des inconvénients, des forces et des faiblesses. En comparant par exemple le système hospitalier de deux territoires proches l’un de l’autre, Mayotte et la Réunion, on constate de très grandes différences. Entre la Guyane et la Martinique également. Quand bien même les martiniquais se plaignent d’une situation qui n’est pas optimale, lorsque des malades doivent être évacués de Guyane, on les oriente vers la Martinique. Chacun dans son coin n’est peut-être jamais satisfait de son sort, mais, globalement, lorsqu’on fait des comparaisons de territoires à territoires, nous constatons d’énormes disparités. Bien évidemment, si on prend le temps de comparer la moyenne de notre capacité d’accès aux soins sur les territoires d’outre-mer avec la moyenne sur les territoires de France hexagonale, on réalise qu’un gros différentiel nous sépare. Je prends la précaution de dire que même en France hexagonale, entre Paris Intra-muros et le Jura, ou les Pyrénées, il y a quand même des différences énormes en termes d’approche, de moyens mis à disposition, etc. Ces comparaisons, toujours difficiles à effectuer, ne sont pas raison, mais on se rend bien compte que nous souffrons d’une espèce d’isolement. Lorsqu’un guyanais veut se faire soigner, il ne peut pas toujours le faire ni au Suriname, encore moins au Brésil ou aux Etats-Unis, car le territoire est enclavé, et les seules possibilités que nous avons sont soit la Martinique, soit une évacuation sanitaire à Paris. Cela n’est pas du tout rendu possible pour nous. C’est la raison pour laquelle, dans les différents combats que nous menons depuis la nuit des temps, nous disons au gouvernement que la santé est un droit fondamental constitutionnel et tout doit être mis en œuvre pour que nos concitoyens des outre-mer puissent accéder dans des délais relativement limités à des structures de soin avec un plateau technique et médical digne de ce nom, et surtout avec des personnels compétents pour les soigner.

Le Centre Hospitalier de Saint-Laurent du Maroni, à l’Ouest de la Guyane.

De nombreux élèves et étudiants sont confinés à l’extérieur du territoire guyanais. Quels sont les différents moyens mis en place pour le rapatriement des élèves ultramarins de la Guyane ? Le territoire est-il prêt pour la mise en place de quinzaine/quatorzaine annoncée par le Premier Ministre ?

Au départ, la ministre de l’enseignement supérieur avait demandé aux étudiants originaires des outre-mer de rentrer chez eux, pour éviter de contracter le Coronavirus. Le ministère des outre-mer, lui, leur a demandé également de rester sur place pour ne pas aller contaminer les territoires ultramarins. Par ailleurs, le même ministère, après avoir annoncé le 19 mars que les étudiants ultramarins n’ayant pas pu rentrer chez eux et restés en résidence CROUS seraient exemptés de paiement de loyer, s’est rétracté le 2 mai après que le CROUS ait exigé le loyer d’avril à ces étudiants. Entre les deux, il était difficile de se positionner. Nous avons, de la part des étudiants de l’outre-mer, beaucoup de remontées. Beaucoup d’entre eux sont issus de familles pas très fortunées, et qui vivent donc dans des conditions financières extrêmement précaires, et doivent payer un loyer qui parfois coûte excessivement cher. Nous avons donc, nous parlementaires, alerté les membres du gouvernement, et notamment la ministre des outre-mer, pour voir dans quelle mesure ces étudiants auraient pu bénéficier d’une aide substantielle de la part du gouvernement. Sur le territoire de la Guyane, nous avons pu recenser les étudiants qui sont à l’extérieur du département, et ils feront l’objet d’une aide de la part de la collectivité territoriale de Guyane, indépendamment des conditions de ressources de la famille, ce qui en soi est très intéressant. Par ailleurs, le président de la République a annoncé que ces étudiants vont bénéficier de cette prime de 200€ attribuée à l’ensemble des jeunes de moins de 25 ans qui sont dans la précarité. Mais il me semble que cette somme de 200€ sera assortie à des conditions de ressources, ce qui ne correspond pas tout à fait aux demandes que nous avions formulées, puisque nous avions notamment demandé que, sur le mois d’avril, ces étudiants soient exonérés de payer les loyers des lieux qu’ils habitent ou de leurs chambres universitaires.

« Avec les parlementaires de Guyane, nous allons adresser un courrier à la ministre des outre-mer et au Premier ministre, pour leur dire qu’ils ne vont pas assez loin. »

Nous avons le sentiment qu’il y a là un cafouillage, dû certainement au fait que personne n’avait prévu cette crise du coronavirus. Entre le moment où l’événement survient, et le moment où on va pouvoir arrêter des mesures qui soient de vraies solutions en faveur de ces jeunes, il y a eu quelques cafouillages, quelques ratés. Maintenant, nous allons, nous, parlementaires de Guyane, adresser dès aujourd’hui (ndlr : l’entretien a été enregistré le 5 mai 2020 à 17h) un courrier à la ministre des outre-mer et au Premier ministre, pour leur dire que, bien que nous voyions le geste symbolique d’accompagnement de 200€ fait en direction de ces étudiants, nous considérons que ça ne va pas suffisamment loin. Cette somme paraît importante lorsqu’on la cumule par le nombre d’étudiants qui en bénéficieront, mais ramenée à chacun individuellement, on réalise vite que ça ne suffit pas à décrocher la lune. Il faut absolument mettre en place d’autres mesures d’accompagnement sur le plan financier pour leur venir en aide.

Ensuite, LADOM (ndlr : L’Agence de l’Outre-Mer pour la Mobilité), que nous avons contacté, nous a très clairement dit qu’elle ne pourra pas tout faire. Elle pourra prendre en charge ceux des étudiants qui avaient eu un billet aller vers la France hexagonale, et qui, naturellement, vont pouvoir bénéficier via LADOM du billet retour vers leurs familles respectives, mais tout cela va se faire dans des conditions assez difficiles, notamment face à la difficulté de cette quatorzaine. « Est-ce que la quatorzaine se fait au départ ? Est-ce qu’elle doit se faire à l’arrivée ? » : il y a un certain nombre de questions d’ordre pratique qui, à ce jour, sont posées, et nous espérons avoir des réponses dans les heures ou dans les jours à venir.

L’un des sujets majeurs de cette gestion épidémique a été la question centrale de l’approvisionnement en masques. La Guyane ne possède pas sur son territoire d’usine permettant de produire des masques, et est donc dépendante des approvisionnements hexagonaux. Plus globalement, le discours gouvernemental n’a cessé d’évoluer à ce sujet au cours des dernières semaines. Quel est votre sentiment vis-à-vis de cette question ? Pensez-vous que les stocks seront suffisants pour protéger la population guyanaise ?

Une ouvrière emballe des masques de protection, dans l’usine de Valmy

Je ne voudrais pas faire de mauvais jeux de mots, mais j’ai envie de dire que cette histoire des masques est une véritable mascarade. Depuis le début, on ne cesse d’interpeller les membres du gouvernement. Vous l’avez vu sur le territoire hexagonal ; les élus sont montés au créneau, les scientifiques montent au créneau, les personnels de santé ne cessent de réclamer que des matériels de protection soient mis à leur disposition. Au départ, on nous a dit que les masques de protection étaient inutiles, qu’il suffisait de respecter les gestes barrière. Aujourd’hui, les scientifiques ont changé de doctrine, et le gouvernement suit très religieusement et très intelligemment (entre guillemets) en nous disant qu’il va falloir porter des masques qui seront rendus obligatoires dans les transports en commun, dans les collèges, les lycées. En lisant entre les lignes, on se rend compte que ce sont les parents qui vont avoir la responsabilité de les acheter, et que les élèves, de collège, de lycée, vont devoir les porter en fonction de leurs desideratas. Je considère que nous étions dans le flou dès le départ, et, malgré le temps qui passe, malgré tout ce qui a pu être dit, le gouvernement ne nous a pas encore sorti de cet imbroglio concernant la production des masques. Vous avez, comme moi, entendu dire que de grandes enseignes commerciales ont réussi à trouver 500 millions de masques, déjà mis en vente auprès du grand public alors que cela fait très longtemps que les personnels de santé se battent pour en avoir – et quand je dis personnels de santé, je n’oublie évidemment pas les pompiers, les personnels surveillants des centres pénitentiaires, tous ces travailleurs qui sont sur le premier front de cette « guerre » dont parle le Président de la République. Ceux-là n’ont pas eu la chance de bénéficier de la mise à disposition de tout cet attirail de protection. La question qui demeure posée est vraiment de savoir : « Le gouvernement va-t-il pouvoir tenir ses engagements ? Ses paroles seront-elles tenues, pour qu’à la fois les personnels de santé, dans nos hôpitaux, et la population, puissent être pourvus en masques en quantité suffisante ? » Honnêtement, c’est une grosse question qui demeure posée.

« Il y a fort à craindre que des personnes traversent la frontière pour venir se soigner sur le territoire de Guyane. »

Dans tous les cas, je ne sais pas comment les choses vont se réaliser sur le territoire guyanais, nous avons toujours un certain décalage par rapport à la France hexagonale. Le Coronavirus est arrivé chez nous après la France hexagonale, même si nous avons eu à respecter le confinement à partir du 17 mars, donc à la même date que la France hexagonale. On imagine aisément que les masques vont arriver aussi avec un certain décalage. Cela pourrait nous porter préjudice car, autant, sur la carte présentée par le directeur général de la santé, la Guyane est en vert (ce qui laisserait penser que tout est sous contrôle chez nous), autant il y a des clusters identifiés sur le territoire, vis-à-vis desquels nous devons faire très attention. Par ailleurs, je rappelle que la Guyane n’est pas une île, vous l’avez dit en introduction, mais fait partie intégrante du continent sudaméricain. A côté de la Guyane, il y a deux pays : le Suriname, qui a réussi à contenir la pandémie sur son territoire, mais aussi le Brésil, dont on sait que la gestion de l’épidémie a été très mauvaise. Nos voisins, dans l’Etat de l’Amapá, dans l’Etat de l’Amazonas ou dans l’Etat du Pará, vivent très difficilement cette épidémie du Coronavirus. C’est en continu que nos voisins font appel aux services de santé de la Guyane française, et, vous savez par ailleurs que le fleuve qui sépare la Guyane du Brésil n’est pas une frontière opaque mais un bassin de vie, un lieu de vie que les gens utilisent matin, midi et soir. Il y a fort à craindre que des personnes traversent la frontière pour venir se soigner sur le territoire de Guyane et qu’on risquerait de devoir faire face à un afflux massif de personnes venant du pays voisin. Cela veut dire en clair qu’on devrait être vigilants. Quand bien même on aurait le sentiment aujourd’hui que tout est sous contrôle, il nous faudra néanmoins demeurer vigilants parce que le danger est en permanence en train de cogner à notre porte.

La carte de synthèse du plan de déconfinement ne reflète pas avec précision la situation dans les Outre-mers. Pensez-vous que la situation sanitaire, notamment dans des communes ayant le plus fort nombre de patients infectés, telle que Grand Santi, Saint-Laurent du Maroni ou encore l’île de Cayenne, est assez stable et rend possible la mise en place des protections de sécurité ? Devons-nous nous attendre à un frein au développement de l’aide à la frontière, du fait de la situation avec l’Amapa ou autres Etats frontaliers et à un danger dans ce temps de déconfinement pour la population civile en Guyane ?

Il y a une grande inquiétude, notamment auprès des communes où il y a des clusters comme Gran-Santi, même avec celui de Matore qui a été libéré.

Je considère que les mesures doivent être renforcées, encore davantage dans les communes ayant des clusters, car le temps de déconfinement devra être mené sans risque et dans la continuité des gestes barrières pour éviter le redémarrage de la pandémie. Il faut se donner les précautions utiles, bénéficier d’un meilleur encadrement de la population, car cesser ces gestes pourrait nous coûter cher. Monsieur le Président, et ce cher Premier ministre présentent un plan de déconfinement, le 11 mai, de façon progressive pour les territoires français « les plus aptes ». En ce qui concerne la Guyane, les maires ont voté la motion concernant la non-réouverture des écoles à partir du 11 mai, la collectivité territoriale a également pris ses dispositions pour assurer la fermeture des collèges/lycées, malgré la requête du plan l’abolissant le 18 mai. A ce sujet, le rejet des élus à propos de la réouverture des collèges et lycées, témoigne d’un certain niveau de danger sanitaire, et va donner suite à des discussions dans le but de l’apaisement de certains points de vue et prérogatives du gouvernement. J’attends de voir, au vu des problématiques soulevées, quelles en seraient les réponses.

« Je me suis opposé à la méthode du gouvernement, qui a décidé de faire cavalier seul. »

En ce qui me concerne, en tant que député, je n’ai pas pris part au vote du plan proposé par le gouvernement car je considérais que c’était un déni de démocratie que de ne pas permettre aux différents groupes d’opposition de participer à l’élaboration de ce dernier, tout en sachant qu’au sein même de mon groupe, certaines prérogatives et propositions méritaient d’être soulevées. Or, il nous a seulement demandé de voter pour ou contre. Personnellement je ne souhaitais pas m’exprimer contre, car cela aurait signifié que je m’opposais à tous les éléments. Or, je considérais avec raison que certains éléments étaient positifs. Je me suis surtout opposé à la méthode du gouvernement qui a décidé de faire cavalier seul, tout en sachant qu’il serait soutenu par la majorité des députés. Cependant, hier, le plan a pris un sérieux revers du Sénat, et j’espère que nous en prendrons acte.

Edouard Philippe à la tribune de l’Assemblée nationale, le 28 avril 2020.

J’ai très vite regretté ce plan qui faisait abstraction d’un nombre paramètres nominaux propres à certains territoires, comme le nôtre, tel que l’accompagnement financier de la population civile, le renforcement des personnels pour accompagner les écoles sur le terrain, également dans le cadre juridique par rapport au transfert des responsabilités. Beaucoup d’élus ont fait parvenir des amendements et demandé à ce que la responsabilité soit au niveau national, simplement parce que nous ne voulons pas que nos enfants soient envoyés dans les écoles sans que toute les garanties des moyens de protection soient assurées avec certitude, et ne présentent pas de conditions idéales, et en dépit de toutes ces questions soulevées, nous sommes toujours en quête de réponse de l’Etat.

Pour revenir à la frontière, qui maintient un certain niveau d’alerte, nous avons sans cesse interpellé les services de l’Etat et de la préfecture afin qu’ils puissent tenir compte de certaines modalités qui nous sont propres à la Guyane. Nous savons que 60% des personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, la population étrangère ne cesse de s’accroître, ce qui avait rendu compliqué l’ensemble des consignes de gestes barrières. Il faut tenir également compte du taux de comorbidité notamment pour les personnes qui souffrent d’obésité ou d’autres, d’hypertension artérielle ou encore de diabète pour ne pas risquer d’aggraver leurs situations en cas d’infection. Nous savons que nous avons eu 133 cas, et par ailleurs heureusement près de 90/100 cas guéris. On peut affirmer que la situation n’est pas forcément favorable au plan de déconfinement, mais on peut dire qu’elle est stable tout en conservant une certaine fragilité. Je demande surtout que nous restions attentifs et maintenions notre sens de l’humanité, garder cette aide que nous tendons aux pays voisins. Mais il faut savoir que nos moyens limités ne permettront pas de sauver tous les pays du monde.

Je reviens rapidement sur le récit que vous dressiez des débats à l’Assemblée Nationale et de la façon dont le gouvernement a imposé ce plan de déconfinement devant la représentation parlementaire. Est-ce que l’on doit craindre que le monde d’après ne se solde par un renforcement des méthodes anti-démocratiques et des logiques sécuritaires ?

Sans dire que la France est en dictature, ne forçons pas le trait, on y était déjà. On a vu comment est passée la réforme des retraites, par l’article 49 alinéa 3, on a vu toutes ces ordonnances qui ont fleuri çà et là. Ce n’est pas que le fait du gouvernement Macron, puisqu’à l’époque de Monsieur Sarkozy, on a utilisé le 49/3, sous le mandat de François Hollande également. Il est évident que cette répétition de lois liberticides qui vont réduire drastiquement nos libertés individuelles et nos libertés collectives ne peuvent pas ne pas nous interroger sur notre avenir. Comment peut-on imaginer vivre dans un monde où on serait – à minima – autorisés à vivre en tenant compte du respect de la liberté de chacun, tout en faisant en sorte que cette liberté ne soit pas attentatoire à notre vivre-ensemble. Il y a des précautions à prendre. Je considère que l’après-Covid ne sera certainement pas comme l’avant-Covid en termes de libertés individuelles. Je crois qu’il y a un certain nombre de questions de fond qui vont être réglées. D’abord, la question de l’économie, parce que l’économie va conditionner lourdement notre manière de vivre les uns avec les autres. Ce que je crains, c’est que d’aucuns ne profitent de cette crise sanitaire pour enfoncer le clou là où ça peut faire mal. Les riches vont encore s’enrichir et les pauvres s’appauvrir et se paupériser davantage.

« Les citoyens ne doivent pas laisser le champ libre au monde de la finance, dont on connaît le fonctionnement et les rouages. »

Je ne veux pas sombrer dans une quelconque forme de complotisme, ou de conspirationnisme. Mais lorsque je vois à quel point le professeur Didier Raoult et l’hydroxy-chloroquine ont été bannis, comment la plante Artemisia à Madagascar, qui aurait apparemment des effets excellemment positifs sur les malades du Covid-19, a été reléguée au rang de charlatanisme, et que l’OMS continue à vouloir absolument aller vers un vaccin dont on ne connaît pas encore tout à fait le contenu, et les conséquences, je me dis que l’on est face à une situation qui risque de devenir rapidement problématique si les citoyens ne s’organisent pas pour faire entendre la voix de la raison. Ils ne doivent pas laisser le champ libre au monde de la finance dont on connaît le fonctionnement et les rouages. Notre crainte partagée, c’est que l’on ne soit pas suffisamment vigilants et qu’on laisse le soin au monde de la finance et à ceux qui dirigent de tracer le chemin et de déterminer le cap de l’après-Covid. Je considère qu’il faudrait que nous soyons vigilants pour qu’il y ait réellement une rupture. Cette rupture passera nécessairement par une prise en considération, au niveau de la représentation nationale, de ce que disent les citoyens à la base. Il faut que nous soyons capables de les entendre. Nos héros, qui ont été à la pointe du combat, ne doivent pas être des héros que pendant les périodes de crises sanitaires, mais qu’ils demeurent aussi des héros après-coup. Leur situation de travail doit être amendée, améliorée, leurs salaires revalorisés, car c’est ce qu’ils n’ont jamais cessé de réclamer lorsqu’ils se faisaient gazer, tabasser par les gardes mobiles dans les rues de Paris et d’ailleurs. A cette époque-là, le gouvernement n’avait pas compris ce qu’était l’utilité sociale de ces infirmiers, de ces médecins, ces personnels médicaux et paramédicaux, ainsi que des pompiers, etc. Je considère qu’il faut un vrai changement de paradigme, un vrai changement de mentalité, une modification de la manière de regarder le monde autour de nous pour faire en sorte que le monde d’après ne soit pas le monde d’avant.

Un marché à Cayenne, en Guyane

Vous parlez d’humanité. Quel message adresseriez-vous à la population locale de la Guyane et habitants des DROM/COM, face au déconfinement ?

Le message que je veux adresser s’adresse au monde entier, dont la Guyane fait évidemment partie. Le déconfinement est programmé à partir du 11 mai. Je voudrais demander à chacun de faire des efforts, de continuer à respecter les gestes barrières, qui nous ont permis jusqu’à aujourd’hui d’être relativement épargnés par cette épidémie. Je veux dire aux personnes qui nous entendent que rien ne sera comme avant, parce qu’il va nous falloir apprendre à vivre autrement, avec le virus à nos côtés, jusqu’à ce, qu’un jour, on finisse par trouver le remède qui va nous permettre de nous en débarrasser ou d’en être prémunis et protégés. C’est une question de responsabilité individuelle qui nous renvoie également à notre sens de la responsabilité collective qui doit nous inciter à penser qu’il n’y a pas de remède miracle, et que personne ne pourra être épargné définitivement de ce fléau.

« Il faudra que nous sachions faire front, pour lutter et réclamer que nos droits soient respectés en toute circonstance. »

Il nous appartient d’être ensemble de manière collective, engagés sur la voie de la raison, et de faire en sorte qu’un pas après l’autre, on s’éloigne de la maladie, que l’on retrouve les gestes barrières, que l’on retrouve le confinement individuel par le biais du port du masque, dont je continue à dire qu’il s’agit d’un moyen complémentaire aux gestes barrières qui doit nous permettre de se protéger et de protéger les personnes que nous rencontrons. Il a souvent été dit que des personnes malades, mais asymptomatiques, ont pu contaminer d’autres personnes. C’est la raison pour laquelle je prétends que le port du masque doit nous permettre d’aller, de façon progressive, de façon régulière, vers un déconfinement, qui profite à tous, et qui permette à tous, à la Guyane, au monde entier, de retrouver une vie normale. Mais cette vie normale, encore une fois, ne peut pas être la vie d’avant, nos libertés seront certainement rognées. Il ne s’agit pas de laisser faire. Il faudra que chaque citoyen, dans sa sphère familiale, associative, professionnelle, soit capable de s’informer, de rester éveillé, pour que, le cas échéant, nous soyons capables de faire front pour pouvoir lutter et réclamer que nos droits soient respectés en toute circonstance.