Comme un symbole. Quelques mois après son amie Anne Sylvestre, avec qui elle débuta à la Colombe, Hélène Martin a elle aussi quitté le monde des mots. Décédée le 28 février dernier, à l’âge de 92 ans, elle laisse derrière elle une œuvre riche mais discrète. Interprète majeure de nos plus grands poètes, Hélène Martin savait aussi manier ses propres mots, de sachaude voix inimitable. Portrait.
Née en décembre 1928, issue d’une famille bourgeoise ( son père est professeur d’Histoire-Géographie à Sciences-Po) Hélène Martin commence par tenter une carrière de comédienne en prenant des leçons d’art dramatique au Cours Simon. Très vite, la chanson la rattrape, et Hélène Martin fait ses premiers pas à l’Écluse, où elle côtoie Barbara. Puis ce sera la Colombe, le « temple » de la chanson rive gauche où se succèdent Jean Ferrat, Pierre Perret, Serge Gainsbourg et bien-sûr Anne Sylvestre, sœur en chanson et en féminisme. Missionnaire de la poésie, Hélène Martin met en musique François Villon, Arthur Rimbaud ou encore Louis Aragon.
Reléguée, comme tous ses collègues rive-gauche, dans les marges par la vague yéyé, Hélène Martin obtient en 1962 l’autorisation de mettre en musique « le condamné à mort » de Jean Genet.
L’auteur lui-même adoube la chanteuse pour cette adaptation de l’histoire du condamné à mort Maurice Pilorge, écrite en 1939. Puis vient le festival d’Avignon où, à la demande de Jean Vilar lui-même, elle crée le spectacle Terres Mutilées, sur des textes de René Char. Proche d’Aragon, elle met en
musique plusieurs de ses poèmes, dont le sublime « Maintenant que ma Jeunesse ». Ses amis, comme Aragon, Char, Seghers, Soupault. Et Genet donc. Mais aussi Rimbaud, Hugo, Éluard, Louise Labbé. Et
tellement d’autres qui seront présentés au grand public par sa voix et ses notes. En 1968, alors que l’ancien monde se meurt, Hélène Martin s’installe en Provence et fonde son propre label, les Disques du Cavalier. A la marge toujours. Comme ses amies Francessca Soleville ou Anne Sylvestre, elle chante les femmes, ces héroïnes invisibles dans le Disque Liberté Femme, en 1990.
Militante de la cause des femmes donc. Par les mots. Par les notes. Par la télévision, où elle produit l’émission Le Choix, consacrée à la contraception.
Amie de Genet et d’Aragon donc, proche du Parti Communiste, féministe de la première heure, Hélène Martin ne se reconnaît pas dans un métier, qui le lui rend bien. C’est donc toujours à la marge, depuis sa Provence qu’elle écrit, adapte et compose. Dans son combat pour la poésie, la chanteuse devient productrice et présentatrice de télévision : deux émissions naquirent de ce travail : Plain Chant et Pierrot la Chanson. Pionnière. À la télévision toujours, elle adapta le « Jean Bleu .»de Jean Giono.
Triple récipiendaire du Prix du disque de l’Académie Charles Cros, récompensée par le Grand Prix du disque de l’Académie Française, du prix SACEM, Hélène Martin est faite officier de l’ordre des Arts et des Lettres en 1986. Une reconnaissance officielle mais discrète pour celle qui aura su, la première rendre sa vocation première à la poésie. 
Cécilien Grégoire
Rédacteur du blog « En attendant les jours heureux » (http://ceciliengregoire.blog). Auteur du livre « Chansons sans musique » aux éditions de l'Harmattan.

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