Le conflit israélo-palestinien est vieux de près de cent ans, et, sous sa forme étatique de 73 ans. Il était passé au second plan des tensions régionales, éclipsé par la guerre civile syrienne et les recompositions d’alliance opposant l’Iran et l’Arabie Saoudite. De fait, c’est toujours le cas au niveau géopolitique, mais avec une nouvelle escalade des tensions militaires, il vient de faire un brusque retour dans l’actualité internationale. Décryptage.

Les tensions ont commencé à s’enflammer à nouveau via la question des expulsions de familles palestiniennes dans le quartier de Sheikh Jarrah, s’ajoutant à des agressions de juifs ultra-orthodoxes par des jeunes Palestiniens, créant un climat explosif. Pour comprendre le fond de ces tensions, il faut s’intéresser à trois facteurs, déterminants dans l’exacerbation de ce climat.

En premier lieu, l’extrême droite israélienne radicale et suprémaciste des kahanistes est rentrée au Parlement sur une liste d’alliance avec l’extrême droite sioniste religieuse plus « classique », la liste ayant fait un assez bon score de 6%. Cela a exalté les groupes kahanistes qui ont fait des démonstrations de force dans Jérusalem, d’autant qu’un des buts de l’extrême droite sioniste religieuse est de récupérer le vote de jeunes ultra-orthodoxes qui se détournent des partis ultra-orthodoxes classiques.

En second lieu, le pouvoir en Israël est un gouvernement de transition suite à de nouvelles élections (les quatrièmes), gouvernement unissant deux partis qui s’étaient alliés temporairement après les troisièmes élections mais qui aux élections étaient dans des camps opposés. La coalition opposée au Likoud de Netanyahu avait sur le papier une majorité mais qui politiquement était très hétéroclite puisqu’elle unissait la droite radicale de Yamina, une scission du Likoub, la droite laïque russophone d’Israel Beteinou, le centre laïc, ce qu’il reste de la gauche israélienne et les partis arabes israéliens. De même, l’autorité palestinienne qui n’a pas tenu d’élections depuis 2008 a reporté les élections prévues il y a peu de temps et a désormais une légitimité très faible.

Enfin, la coïncidence du jour célébrant côté israélien le passage de Jérusalem-Est sous contrôle israélien après la guerre des six jours et de la fin du Ramadan a exacerbé les tensions d’autant qu’elles se sont cristallisées autour de la mosquée Al-Aqsa et du mont du temple secteurs avec une forte charge symbolique et sacrée pour les deux parties.

La mouvance islamiste du Hamas contrôlant la bande de Gaza a lancé une pluie de roquettes sur Jérusalem, entrainant une réponse de l’armée israélienne par une série de frappes aériennes. Depuis, tirs de roquettes et frappes aériennes se succèdent avec 178 morts du côté palestinien et 10 morts du côté israélien. Dans une note publiée récemment, le blog La voix de l’épée propose une analyse des enseignements de la guerre de Gaza (2014), qui, déjà, avait défrayé la chronique. En termes de rapports de force militaires, la donne n’a pas fondamentalement évolué depuis 2014. L’analyse de ce papier se conclut ainsi : « Israël reste donc pour l’instant dominant mais faute d’une volonté capable d’imposer une solution politique à long terme, il est sans doute condamné à renouveler sans cesse [ses] opérations de sécurité. Arnold Toynbee, parlant de Sparte, appelait cela la « malédiction de l’homme fort ».

Si une telle émotion peut se comprendre, on pourrait se demander pourquoi une telle polarisation et focalisation sur le conflit israélo-palestinien.

Politiquement, deux conséquences du conflit se distinguent. Déjà, la coalition opposée à Netanhyahu, dont on a pu voir le caractère hétéroclite, a explosé en vol ; qu’un gouvernement Netanhyahu ou la convocation de nouvelles élections est probable. La seconde, beaucoup plus importante, est que le conflit s’est accompagné en Israël d’une série de violences intercommunautaires opposant juifs et arabes israéliens, avec l’incendie de synagogues à Lod et des lynchages d’individus vus comme appartenant à l’« autre communauté ». Une telle évolution est extrêmement inquiétante car si elle se propage, elle met en grave danger l’avenir des arabes israéliens (ce qui semble peu perçu par ceux qui se réjouissent du « soulèvement des palestiniens » et oubliant qu’un tel discours reviendrait à exclure de fait les arabes israéliens de la citoyenneté israélienne, soit le rêve de l’extrême droite kahaniste).

Enfin, ce conflit a soulevé une vive émotion dans le monde et notamment dans les pays occidentaux. Si une telle émotion peut se comprendre, on pourrait se demander pourquoi une telle polarisation et focalisation sur le conflit israélo-palestinien là où d’autres impérialismes ou mécanismes de colonisation de peuplement sur des territoires occupés dans la même région semblent moins indigner les antiimpérialistes. Et pourquoi les morts de ce conflit semblent plus dignes d’indignation et de compassion que celles du conflit en Tigray ou au Kivu (où il faut tendre l’oreille ne serait-ce que pour trouver des informations parcellaires). Ce pourrait tout à fait être le travail d’une gauche dénonçant la loi du mort-kilomètre et parlant des conflits ignorés par les superstructures médiatiques. Force est de constater qu’actuellement celle-ci ne mène pas, ou peu ce travail.

 

Jean Seldon
Jean Seldon est le pseudonyme d'un spécialiste des relations internationales , correspondant pour plusieurs médias français.

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