Après le confinement, viendra le moment de l’éruption populaire. Julien Landureau signe ici une fiction d’anticipation qui pourrait bien devenir réelle.

Le Palais de l’Elysée sortait timidement du brouillard de pixels dans lequel était plongé l’écran de mon smartphone, lorsqu’une clameur monta de la rue. Cette foutue connexion 4G, mis à mal par des semaines de streaming aux goûts inégaux avait eu raison de l’effet de surprise. Et je goûtais amèrement la drôle de sensation d’être spolié dans mon propre film.

C’était pourtant la quinzième fois depuis les six dernières semaines qu’un message provenant d’une «source sûre» annonçait la fin des temps confinés. Serveur à l’Assemblée Nationale, ami du jardinier de l’Elysée, ou frère du Maire d’une petite ville du Gers : nous avions tous eu notre Nostradamus du Covid nous faisant passer des informations publiquement secrètes sur Facebook, WhatsApp ou Telegram pour les plus téméraires.

Pourtant, cette fois, la rumeur était confirmée par le Président de la République himself. Après huit longue semaines, le confinement prendrait fin demain, à 14:00. Nous pourrions de nouveau déambuler sans risque d’être interpellés par des policiers trop heureux de remplir leurs objectifs en distribuant des amendes pour la moindre faute sur une attestation. De façon plus prosaïque, nous pourrions retourner au travail comme nous n’avions jamais cessé de le faire depuis le début. Tout changerait, rien ne serait différent

L’annonce marqua le début d’une drôle de guérilla urbaine dans les rues de Paris. Les voisins les plus prévoyants avaient investis dans un stock de mauvais mousseux et s’appliquaient à mitrailler les balcons de bouchons de liège propulsés au gaz carbonique. Le support aérien était assuré par les enfants qui se débarrassaient méticuleusement des feuilles du CNED au travers des fenêtres, dans l’indifférence complète de leurs parents en pleine crise d’adolescence. L’odeur rance du vin parfumait les jardinières à mesure que les voisins se lançaient dans l’entreprise délicate de remplir leurs verres à plusieurs étages d’écart. Nous découvririons quelques semaines plus tard, que les plantes apprécient moins le raisin fermenté que nous. La liberté aurait désormais l’odeur de l’alcool chaud et la voix des casseroles dans les livres d’Histoire. Partout, débutait la grande célébration du début de l’après. Les moins pressés parlaient de la fin de l’avant, qu’importe.

Nous avions étiré le confinement jusqu’au petit matin, pour ne rien perdre de cette soirée dont nous étions déjà décidés à re-fabriquer malhonnêtement les souvenirs pour les générations futures. Et en dépit de cette nuit qui n’avait pas été, je posais le premier pied en dehors à 14:00 pile. L’étrange sensation d’être un Neil Armstrong de pacotille m’habitait. Mais ma lune était curieusement calme et les dionysies de la veille semblaient avoir laissé quelques héros du soir sur le carreau. Les rues vides rendaient hommage aux esprits tombés sous les flots d’éthylène post-confinement.

Un sourire non-contenu se devinait derrière le masque du premier Objet Marchant Non Identifié que je croisais. Certaines habitudes avaient la peau dure, mais un événement vint troubler la monotonie du silence et de l’évitement. Un simple « bonjour » qui contenait toute la vérité de l’instant. Les milliers de livres qui viendraient relater ces quelques jours suspendus, resteraient peu de choses face à ce bonjour. Le jour d’après, serait un bon jour et nous n’avions qu’une envie : nous le dire. À plus d’un mètre cinquante, certes. Mais plus rien ne pouvait être tacite désormais.

Je n’avais qu’une mission, remarquablement prosaïque : entrer dans le premier café que je trouverai. Dans mon esprit, cela sonnait comme l’acte révolutionnaire majeur qui entrerait directement au Panthéon aux côtés de la prise la Bastille et du 18 mars. Et ma grande aventure s’acheva avec une vibrante fierté au bout de d’une dizaine de mètres. Devant, un bistrot remarquablement commun, un cafetier époussetait les tables restées confinées dans le silence des arrières-salles. Personne jusqu’ici ne s’était assis sur les quelques chaises déjà disposées et je m’apprêtais à planter mon drapeau lorsque je me souvins que je n’en avais jamais eu. Amstrong avait été bien plus prévoyant que moi.

« Bonjour, qu’est-ce-qu’il vous faut ? »

Oui, c’est vrai, dans un café on est supposé commander quelque chose, et en réalité je n’avais envie de rien. Mon dévolu se jeta sur un jus de tomate, boisson que j’avais toujours eu en horreur, mais il y avait ici une certaine forme de grandeur à commander quelque chose que je détestais autant. Je haïssais toujours le jus de tomate, celui-là était remarquablement mauvais.

Au fil des heures, la rue commençait à se remplir, la ville reprenait. Des amis rejoignaient des inconnus aux terrasses des bars, les plus inconséquents se serraient la main. Certains même, les kamikazes, se faisaient la bise, immédiatement condamnés à la peine maximale par les regards réprobateurs de leurs voisins. Mais à cet instant aucun groupe constitué ne pouvait le demeurer. Les dos tournés se métamorphosaient en visages dévorés par l’envie de se rencontrer. Une volonté invincible de nous parler, tous, habitait l’instant. Et le grand livre du confinement puisait son encre dans un flot de paroles ininterrompu. Sur cette terrasse quelconque, à laquelle nous ne reviendrions jamais, nous étions l’universel.

« Et toi, tu l’as vu la vidéo? »

Cette sentence se répandait comme un sort. Des vidéos, il y en a eu autant que de jours confinés. Celles de sans-abris, de banlieusards, de travailleurs frappés, matraqués et humiliés par les nouveaux shérifs de l’espace public. Ces images ne venaient pas d’une obscure banlieue de Washington, mais étaient nées aux coins de nos rues, aux portes de nos prisons casanières. Pourtant, des violences policières figées sur la toile, il y en avait eu des tas avant « tout ça » mais jamais elles n’avaient jamais tant pris la lumière que dans la vigueur de notre isolement. Pour la première fois, cet autre né dans le minuscule capteur d’un smartphone, c’était nous. Puisqu’aucun d’entre nous n’avait le droit de poser pied dehors, nous étions autant de coupables. Et dans cette nuit moins noire que ses proches aînées, résonnaient curieusement les mots de Robert Antelme : « À nous même, ce que nous avions à dire commençait à nous paraître inimaginable. »


Salaud, enflure, pauvre merde, ce troquet où résonnaient habituellement les saillies de comptoir devint l’arène d’un concours de synonymes où chacun rivalisait par son manque de génie. Et puis, au milieu des mots doux, un corps se dressa. Raide, les yeux fixés sur un très loin, une jeune fille se mit à applaudir mécaniquement la nuit. Il était 20:00, et ce petit rite païen qui avait rythmé la vie des des balcons et des rebords de fenêtre, survivait au-delà des paliers. Ce fut une immense vague qui vint s’écraser contre les façades des palais haussmaniens, chargée du poids du soulagement et de la colère.

Les grands, les petits, les bancales et les grinçants, toute la viande du quartier s’était levée à l’unisson pour frapper la cadence. C’est alors qui se produisit l’événement fortuit. Celui dont on parle dans des livres trop vieux, ou au coin des bistrots rouges. Une voix qui s’élève dans l’infini des âges pour prononcer quelques mots syncopés : « Tous à la Salpé ! »

Après des semaines sans pouvoir communiquer, tout était devenu tacite et une légion se mit en route, sans jamais ne le décider. Plus rien ne comptait alors que de marcher, jusqu’à ce que la mer ou le vide nous fasse sombrer dans des ténèbres où nous marcherions malgré tout. Le temps des assis était révolu, venait désormais celui des jusque-deboutistes, rejoints par des milliers d’anonymes au gré des pas-de-porte. Peu d’entre-eux savaient où ils allaient, tous en étaient convaincus.

Bouteilles, trompettes de fortune, tambours plastifiés, chaque note de cette fanfare spontanée allumait une nouvelle étoile derrière les fenêtres. Les quelques cartons glanés ça et là, se firent les porte-voix muets des remerciements et revendications. « Du fric, du fric, pour le service public » vint finalement remporter la timbale au jeu des slogans contestataires.


Arrivés devant l’hôpital nous découvrions que des gestes fortuits, il y en avait eu mille ce soir-là. Et la cohorte fut rejoint par d’innombrables contrefaçons devant le centre hospitalier. Une immense marée humaine comme seules les guerres, les religions et le football en font naître.

Elles sortirent.

Quelques poupées de chiffon s’avancèrent devant la porte de l’hôpital. Frêles mais debout, insubmersibles. Elles étaient de ces rochers qui se tiennent au-dessus de la mer par la seule force de leur volonté. Derrière des masques rapiécés de-ci de-là, nous devinions les visages burinés par les nuits oubliées et les sommeils interrompus. Le spectacle misérable de nos gueules cassées fit taire toutes les exclamations. Ce soir là, le boulevard de l’Hôpital avait un air de chemin des Dames. Et les larmes dévalaient dans les tranchées.

Les vidéos captées à cet instant se répandirent plus vite que l’épidémie. Et la reprise officielle du travail ne sembla préoccuper qu’une poignée de start-upers trop heureux de pouvoir se lover dans leur espace cocooning. Les autres, tous les autres, étaient occupés à être en colère.

C’est pourquoi, arrivés au bureau, les milliers de mails non traités étaient la dernière de nos préoccupations. Nous ne pouvions nous empêcher de parler de ce qui s’était passé, parler pour exorciser ce moment suspendu par les fils de la honte et de la révolte. Parler de ce que nous avions vécu, vu. De ceux qui y étaient et ceux qui avaient inventé y avoir été. Pour défaire l’indicible, nous n’avions que le génie de nos langues. Et une question revenait sans cesse : que va-t-il se passer ce soir à 20:00 ?

Toute la journée durant, les encouragements vides d’entrain du patron s’écrasèrent mollement sur le mur de nos préoccupations. Nous n’avions pas la tête à ça. Le contrat était rompu. Messieurs, dames, c’est tout pour nous. Sans façon pour une deuxième partie. Désormais, pour quoi avoir encore envie de jouer ? Pour qui ?

Dix minutes avant la fin de la journée, l’ensemble des postes avaient été désertés, sans fioritures. Certains étaient sortis profiter d’un air pas encore vicié par le retour de la pollution permanente. Beaucoup étaient parti s’équiper. Tous avaient une idée en tête.

À 20:00, le premier clap, né d’une fenêtre entrouverte donna le signal. Et les balcons se parèrent de milliers de draps blancs hurlant leur colère. Sous les applaudissements, la lune éclairait les cris immaculés et le désormais célèbre « Du fric pour l’hôpital public » était rejoint par de nouveaux compagnons d’armes :

« Hausse des salaires, pour les infirmières »

« Touche pas à mon toubib »

« Retraite à 55 ans pour le personnel soignant »

Souvent écrits, parfois scandés, ces slogans venaient désormais se joindre aux habituelles rencontres des dix doigts. Une nouvelle audace lancée ici, était répétée là-bas et son écho venait briser les vitres de la rue voisine. Cette fois, il n’était plus question de remercier, il fallait réclamer, exiger. Et les façades tapissées de tags éphémères nous serviraient désormais de cahiers des doléances.

Au lendemain de cette démonstration collective, l’écume de la colère se déposait à grand flots sur la toile de nos réseaux. Il ne fallut pas attendre la mi-journée pour voir les premiers syndicats, mais aussi les hospitaliers et chefs de service, reprendre ces revendications à leur compte. À 18:00, une vidéo réalisée par une infirmière dans sa voiture, sur le chemin des urgences, achevait l’office. Le message était limpide :

« Ça fait deux mois qu’on donne, tout, qu’on est crevés, qu’on fait le sale boulot, qu’on s’occupe des gens. Là tout le monde sort, tout le monde est content. Et nous on a quoi? Rien, que dalle. Moi je suis dégoûtée, dégoûtée. J’ai deux enfants que je vois plus, je suis payée 1 700 euros par mois pour des semaines de cinquante heures. Ils ont donné des milliards aux entreprises et nous on a même pas eu un euro en plus. Franchement, c’est plus possible. Vous voulez nous soutenir? Et bah, descendez de vos balcons et rendez-vous samedi à 14:00 devant le Ministère de la Santé. Parce que là y’en a marre et de toutes façons, ils comprennent que ça. »

Un million, deux millions, six puis douze. En l’espace de vingt-quatre heures la vidéo avait été vue par plus d’un français sur six et très vite, l’information accaparait l’attention des chroniqueurs entre deux publicités pour la dernière berline de chez Audi. Le mépris bienveillant qui avait accueilli ce cri du coeur se transforma progressivement en doutes puis en reproches. Est-bien raisonnable tout ce cirque alors que nous sommes à peine sortis du confinement ? Est-ce le moment de réclamer des moyens alors que nous sommes en pleine crise économique ? Ne risque-t’on pas de relancer l’épidémie en rassemblant du monde en plein Paris ? Mais la pierre s’était mise à rouler, et les doigts frêles de l’indignation cathodique ne parviendraient pas à freiner sa course.


Les multiples stations de métro fermées et l’interdiction de la manifestation pour motif sanitaire ne suffirent pas non plus. À 12:00, déjà, des milliers de personnes se pressaient devant les portes du 14 avenue Duquesne, bientôt rejointes par des dizaines de milliers. Les draps perchés aux balcons des fenêtres se trouvaient désormais hissés en haut de mâts obstruant les fenêtres des bureaux ministériels. À 15:00, la situation devint intenable, une partie du cortège s’apprêtait spontanément à partir en direction de l’Elysée, tandis qu’une autre, corps hospitalier en tête, tentait de forcer les portes du ministère. Une pluie de détonations vint pacifier momentanément les relations.

Dans ce concert de grenades, les GM2L, proches cousines des funestes GLI-F4, jouèrent avec brio le premier rôle. Une fois la fumée dispersée et les glandes lacrymales de nouveau fonctionnelles, l’horreur se fit jour. Parmi les nombreuses blouses blanches à terre se tenait un médecin dont l’oeil venait de se clore à jamais. Déjà, un cordon de sécurité se formait autour de lui, laissant des tâches de sang pour seules témoins du drame. Tout autour, l’hécatombe. Dans le mouvement de panique qui avait envahi la foule trop dense, plusieurs personnes s’étaient retrouvées foulées au pied et peinaient désormais à reprendre leurs esprits. L’une d’entre elles, une aide-soignante, décèdera quelques heures plus tard à l’hôpital.

Cette fois, il n’y avait plus de gilet-jaune provocateur, de boxeur trop agressif ou de black-block radicalisé. Cette fois, il n’y avait qu’une femme qu’on avait portée au pinacle des semaines durant. Une femme présentée en héros et dont la seule rétribution serait une oraison funèbre. Le sentiment que nous ressentions alors ne s’écrivait en aucune langue. Cette fois, il n’y en aurait pas d’autres.

Le soir même, le Ministre de la santé annonçait un grand plan de 20 milliards en direction de l’hôpital, l’augmentation de 30% des salaires des personnels et l’embauche de 30 000 hospitaliers. Mais c’était trop tard. Le lendemain, le Président Macron enfonçait le clou lors d’une allocution officielle en annonçant la retraite à 55 ans pour le personnel hospitalier et l’éviction du Préfet de police de Paris. Mais c’était toujours trop tard.

Trop tard pour couver la fureur, trop tard pour retirer la plume de la main de l’Histoire. Dès le lundi, une grève générale illimitée de l’ensemble de secteurs avait été déclarée. Plus de transports, de services publics, mais surtout : l’essentiel des entreprises du privé avait porte close. Dans la nuit de dimanche à lundi, trois commissariats avaient été incendiés en Île-de-France.

En dépit de son envie dévorante de faire vivre la démocratie, le gouvernement n’osa pas interdire la manifestation déclarée le mercredi en partance des Champs-Elysées. L’afflux de manifestants était inéluctable, et leur empêcher l’accès créerait une situation de non-retour. Le moment venu, un million et demi de personnes se retrouvèrent autour de la place de l’Étoile, près de cinq millions en France. Des manifestations spontanées éclatèrent de toute part, jusque dans les banlieues tenues depuis longtemps à l’écart du mouvement social. La blouse blanche, parfois tâchée de jaune ou de rouge devenait le nouveau signe de ralliement du peuple en lutte. Un raz-de-marée pâle secouait la France et ses institutions.

Aux désormais habituels slogans en faveur des hôpitaux, s’additionnaient désormais des revendications plus larges. Retraite à 60 ans pour tous, 6e République, salaire à vie, semaine de 30 heures, 6e puis 7e semaine de congés payés. Le confinement n’avait pas su restreindre les esprits autant que les corps. Dans la solitude des semaines sans air, il s’étaient nourris, forgés et raffermis. La grande accélération de l’Histoire des riens et des pas grand chose avait eu lieu dans les cuisines et sur les canapés.

Une heure à peine après la fin de la manifestation, achevée devant l’Hôtel Matignon, le Premier Ministre annonçait sa démission dans l’indifférence absolue. Depuis la côte où nous nous trouvions, les moulinets du système plongé au creux de la vague paraissaient bien risibles. Durant le peu de temps qui suivit, une poignée d’éditorialistes tenta vainement quelques paris abscons sur le nom de son remplaçant. Ils ne trouvèrent d’autre écho que celui de leur servitude. Les autres, dont l’instinct de survie était plus développé, avaient déjà déserté les plateaux.

Finalement, le couperet tomba sur Gérald Darmanin, de toutes façons condamné à voir son nom à jamais associé à cette grande sortie de route. Mais l’essentiel était ailleurs : la prochaine manifestation se préparait déjà pour le samedi suivant, tandis que la grève ne toussait pas. Le mot d’ordre qui faisait l’unité était le plus évident : qu’ils partent à jamais. Qu’ils emmènent avec eux leur système servile, leur logique boutiquière et leur haine de tout ce qui est bon et simple. Que le mal qu’ils ont fait subir à la Terre et aux Hommes leste leur existence du poids de la honte et du remord. Que leur suffisance crasse et leur violent mépris servent désormais de définition au système dont ils furent les chantres. Et qu’on ne les revoit plus.

La fin de l’Histoire annoncée par Fukuyama aurait lieu, mais ce serait la fin de leur Histoire, de tout ce qu’ils avaient bâti sur le sable de l’égoïsme et du chacun pour soi. Ce samedi-là était la réplique de milliers d’autres, qui trouvaient soudainement leur point de convergence. Partout, la France se parait de ses plus beaux espoirs blanc, rouges et jaunes. Les lendemains s’écrivaient sur les murs et dans les coeurs anonymes. Même la police avait perdu la feu sacré et se contentait d’observer passivement la grande marche de ceux qui aspiraient à tout. Bien avant la fin de la manifestation, qui durerait jusqu’à l’aube, le Président de la République annonça la dissolution de l’Assemblée Nationale. Une clameur se propagea des quartiers de Marseille aux sommets des terrils. Dans ce grand râle, les lieux-dits les plus enclavés nous rappelèrent à leur existence. Partout, se mêlaient les cris d’agonie et de naissance d’un monde et de son autre.

Le lendemain du confinement avait duré deux brèves et éternelles semaines.

Là, commençaient les jours d’après.

Julien Landureau