Les fêtes de fin d’année approchent et chacun espère enterrer très vite 2020. Vous vous apprêtez à rejoindre votre famille (enfin, cinq membres de votre famille pour Noël), mais vous paniquez car vous n’avez pas encore eu le temps de choisir vos cadeaux ? Vous souhaitez vous faire un plaisir personnel avec un très bon livre pour entrer dans 2021 plein d’idées et d’émotions ? Reconstruire, comme chaque année, a demandé aux membres de sa rédaction de vous faire profiter de leurs coups de cœur.

Le coup de cœur de Nina Seron : L’âge du capitalisme de surveillance.

Au siècle dernier, on enrichissait Marx dans l’analyse de la société post-industrielle, et on cherchait à exprimer la massification et la place de l’enjeu technique croissante dans les mutations du capitalisme, du fait que la technique commençait à se développer indépendamment du politique. On parlait de société de l’information (Wiener, 1948), de société de masse (Wright Mills, 1956), d’économie du savoir (Machlup ,1962) de société du spectacle (Debord, 1967 ), de société de consommation (Baudrillard (1970), de système technicien (Ellul, 1977), ou de capitalisme cognitif (Moulier-Boutang, 2003) . L’âge du capitalisme de surveillance, ouvrage de conceptualisation enfin traduit en français et paru cette année, est un digne légataire d’une analyse du capitalisme assez rare et subtile. C’est un chef d’œuvre d’investigation, de compilation de données et de documentation, autour de ce qui revendique pour Zuboff « l’expérience humaine comme matière première destinée à être traduite en données comportementales. » Attention ne pas lire avant de dormir, ça fait froid dans le dos.

Shoshana Zuboff, L’âge du capitalisme de surveillance, éditions Zulma, 2020 (traduction, sortie originale 2018)

Le coup de cœur de Sarah Vaccaro : Le Consentement.

Vanessa Springora est la voix de celles qui n’en ont pas. Paru le 2 janvier 2020 aux éditions Grasset, Le Consentement est en quelque sorte l’histoire de sa vie mais surtout, une méticuleuse description de la mécanique des rapports de domination des sexes dans une époque qui courtise presque les criminels – ici dans le domaine intellectuel, qui semble « gracié » de toute remise en question – et qui ne s’affaiblit pas à l’aune du patriarcat.
Vanessa Springora est la voix de celles qui n’ont pas trouvé la force de poser des mots là où le brouillard envahit leurs pensées. Ce brouillard n’est autre que l’emprise psychologique qu’un homme dénommé « G. », âgé de 50 ans, a exercé sur elle, jeune femme de 14 ans. Oui elle est allée chez lui ; non elle n’a pas dit « non ». Elle n’est pas non plus partie. Il faisait ce qu’elle voulait de cette jeune femme de presque 35 ans sa cadette : « comme une automate », elle obéissait, parce qu’ « à quatorze ans, on n’est pas censé être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans sa bouche à l’heure du goûter ». À quatorze ans et si vulnérable face à ce personnage qu’elle admirait tant, elle n’avait pas le choix que de céder ; et céder n’est pas consentir.

Cette lecture fait sens à une sombre réalité : une myriade de femmes sont concernées par ce genre de rapports de domination, d’abus de pouvoir mais ne parlent pas – parce qu’elles ont peur ou ne se sentent « pas légitimes ». Vanessa Springora pose des mots là où certaines sont en incapacité totale de comprendre ou d’admettre une réalité trop insupportable : là où le déni est roi. À lire de toute urgence.

Vanessa Springora, Le Consentement, Grasset, 2020, 18€

Le coup de cœur de Sacha Mokritzky : Populisme et néolibéralisme.

Les novices frémissent souvent en ouvrant un traité d’économie, fût-il hétérodoxe. En ouvrant le dernier livre de David Cayla, Populisme et néolibéralisme, on comprend dès les premiers instants que le lecteur sera particulièrement choyé par celui qui est à la ville professeur à l’Université d’Angers. Son livre est un cours magistral brillant, une démonstration parfaite de sa théorie : le populisme est le fruit d’une transformation profonde des liens sociaux et démographiques liés à une défiance croissante des citoyens envers un personnel politique qui n’a plus son mot à dire sur l’économie. Issu de la pensée keynésienne, membre du collectif des économistes atterrés, Cayla décortique et analyse avec humour et pertinence un néolibéralisme mortifère, cause des maux politiques auxquels notre société doit répondre.

Grâce à un langage clair, précis, chirurgical mais accessible, on comprend – enfin ! – les pensées économiques de Polanyi, Keynes, on s’abreuve de connaissances profondes et on ouvre les yeux sur l’importance, intuitive mais peu comprise, de l’économie et de ses rapports à la politique. Hayek, penseur du néolibéralisme, et ses disciples encore en place pensent que l’économie doit être supérieure au politique. David Cayla montre avec brio qu’un penseur socialiste doit croire l’inverse et que c’est toujours au politique de fixer les limites de l’argent et de ses intérêts. 

Populisme et néolibéralisme est un essai hybride, original, qui redonne à une discipline souvent trop technique pour être comprise du grand nombre sa capacité d’irrigation d’une pensée contre-hégémonique. En 300 pages, c’est tout un système que l’on arrive à comprendre et à saisir. Un système en crise, capable de se reproduire mais qui risque bientôt de péricliter. Et c’est aux citoyens que le point est enfin donné. 

Marre des débats houleux au soir de Noël, entre vous, chevillés à la République et à la croyance perpétuelle que la solution émanera du peuple, et votre cousin entrepreneur qui met Mélenchon et Le Pen dans le même sac et critique à tout-va les dangereux populistes ? Offrez-lui ce formidable livre d’économie qui le fera pâlir tant la démonstration est limpide, et observez-le se décomposer en se rendant compte que l’argent-roi dont il est un fervent défenseur ne pourra pas tenir bien longtemps.

David Cayla, Populisme et néolibéralisme, éditions De Boeck Supérieur, 2020, 19€90

Le coup de cœur d’Elsa Margueritat : Les « collabos » de l’Europe nouvelle.

Tradition et plaisir d’offrir obligent, Noël est également l’occasion d’enterrer la hâche de guerre avec votre oncle membre de La République en Marche, ou votre cousine « no borders », tous deux grands défenseurs de l’incroyable projet européen. Mais vous, vous êtes honnête, et vous avez longuement regardé la vidéo allègrement partagée par Reconstruire tous les 5 mai du discours de Philippe Seguin en 1992 et pourtant, ils n’en démordent pas : l’Europe c’est la paix. Les « collabos » de l’Europe nouvelle de Bruneteau est une réponse implacable : « l’Europe nouvelle » est un vocable de la propagande du IIIe Reich. C’est l’objet de l’ouvrage historique et méthodique et scrupuleux de Bernard Bruneteau, professeur à l’université Pierre Mendès-France à Grenoble. En analysant les éléments de la propagande nazie, et les discours sur l’européisme pacifiste notamment porté par Aristide Briand lors du Mémorandum sur l’organisation d’un régime d’union fédérale européenne en 1929, Bruneteau expose de quelle manière le projet d’une Europe nouvelle comme utopie face aux États-nations belliqueux s’est largement paré d’un voile d’illusion « Il faut rompre […] avec cette légende rose qui situe les racines de la construction européenne dans la pensée de la Résistance. Si celle-ci a jamais existé le nationalisme en serait certainement le trait le plus structurant, et ce même dans les milieux d’inspiration démocrate-chrétienne où l’on insiste d’abord, pour l’organisation future de l’Europe, sur la nécessité d’une politique étrangère « libre et indépendante » pour la France. »

Un délice pour l’eurosceptique qui sommeille en vous.

Bernard Bruneteau, Les collabos de l’Europe nouvelle, CNRS éditions, 2016

Le coup de cœur de Julien Landureau : L’illusion du bloc bourgeois.

L’illusion du bloc bourgeois, sorti en 2017 et réédité dans une version augmentée en 2018, dessine un tableau particulièrement fin de la politique française depuis le début des années 1980. Analysant la victoire du pouvoir Macroniste à l’aune des traitrises socialistes qui l’ont précédé, ce livre revient avec force détails sur l’abandon progressif des classes populaires par la gauche sociale-démocrate. Loin d’être un coup du sort, cette stratégie a été pensée et mise en oeuvre au sommet de l’appareil, notamment par Jacques Delors, père spirituel d’Emmanuel Macron. Appelant de ses voeux, dès le milieu des années 80, une union des libéraux de gauche et de droite, celui-ci trouva dans la construction européenne une occasion unique de faire taire les espoirs prolétaires derrière le fracas des traités.
Aujourd’hui, les forces néolibérales tentent d’achever ce processus en constituant un bloc bourgeois qui serait l’alliance entre les classes moyennes et supérieures. Pour y faire face, une seule alternative : créer un nouveau bloc dominant par-delà le clivage traditionnel droite-gauche.

Bruno Amable, L’illusion du bloc bourgeois, éditions raisons d’agir, 2018, 10€

Le coup de cœur de Reda Belkadi : C’est toujours moi qui fais le sale boulot !

Avant d’avoir été contraint de vendre Solférino, le Parti Socialiste était un pilier incontournable de la gauche française. Nombre de grands hommes politiques en sont issus, y ont fait leurs armes et ont exercé des responsabilités en son nom. Julien Dray en fait partie. L’ancien militant trotskyste, celui qui a inspiré le baron noir, se révèle au lecteur : vous y découvrirez les vraies raisons de la création de SOS racisme, les guerres intestines, ses méthodes de campagne peu conventionnelles, la lutte des places, l’affaire des montres qui a mis fin à sa carrière, comment il a contribué à propulser Macron… À travers l’histoire de Julien Dray, on découvre aussi celle de son parti, des années 80 à aujourd’hui.
Quiconque s’intéresse à la scène politique française se doit de compter cette oeuvre dans sa bibliothèque. Les vétérans de la politique le liront certainement avec la nostalgie d’une ère révolue, les novices avec la surprise de l’innocence confrontée à la réalité de la politique dans ce qu’elle peut avoir de plus repoussant.

Marie Bordet, Julien Telo, C’est toujours moi qui fais le sale boulot !, Fayard, 2019

 

Le coup de cœur d’Alexandre Segretain : De la révolution à la restauration, où va la Tunisie ?

« En dehors de quelques rédactions orientalistes qui aiment bien l’odeur du jasmin, le nom généralement donné à l’événement insurrectionnel initié  le 17 décembre 2010 est «Révolution de la liberté et de la dignité». Page 93.

           Hatem Nafti nous relate les événements ayant eut lieu en Tunisie entre la fuite de Ben Ali en 2011 et les élections présidentielles de 2019. Écrit à la fois pour des lecteurs français novices en politique tunisienne pour des tunisiens souhaitant avoir un récit clair des événements, cet ouvrage se révèle aussi  passionnant qu’ accessible. Sans avoir la prétention de répondre à la question-titre « Où va la Tunisie? », l’auteur nous dévoile les dessous de la seule démocratie issue « du printemps arabe de 2011». Tout en restant chronologique, Hatem Nafti aborde plusieurs thèmes tels que l’immigration, la condition des femmes tunisiennes, les enjeux de la légalisation du cannabis ou encore la place de la religion. Après, « Tunisie, dessine moi une révolution : Témoignages sur la transition démocratique (2011-2014)»,  ce deuxième livre d’Hatem Nafti nous démontre qu’une révolution n’est pas qu’un changement de régime, mais une confrontation entre différentes visions et contradictions d’une société. Cette lecture s’avère nécessaire à toute personne ayant un intérêt pour le monde arabe, aux curieux fuyant les récit fantasmé post-coloniaux, ou encore à ceux qui possèdent un buste de Robespierre sur leur bureau.

Hatem Nafti, De la révolution à la restauration, où va la Tunisie ?, éditions Riveneuve, 2019, 20€

 

Le coup de cœur d’Anissa Ben Attaya : Le baiser du Ramadan.

« Mon jugement sur une chose n’est plus systématiquement entravé par les règles de mon éducation. Elle est un frein à la liberté de conscience lorsqu’elle a été trop dure, stricte, sévère. » 

« Dans mon esprit s’immisce un conflit de loyauté entre les miens et les autres » 

Myriam Blal est née dans une famille tunisienne et musulmane. Elle a grandi en France. Son identité s’est construite avec le temps.
Mais le jour où elle est tombée amoureuse d’un chrétien, elle angoisse : que vont dire mes parents? Vont-ils me rejeter? Dois-je tirer un trait sur ma religion? Est-il possible de concilier les deux?

Myriam veut se marier.
Dans son témoignage,  elle raconte son combat pour faire accepter son amour, pour la mixité.
Un témoignage qui donne du courage aux femmes confrontées à l’hostilité de leur entourage.

Myriam Blal, Le baiser du Ramadan, Bayard, 2017, 16€90

Le coup de cœur de Manon Milcent : Du cap aux grèves.

Après Il faut s’adapter, la philosophe Barbara Stiegler revient avec Du Cap aux grèves, dans laquelle elle revient sur le mouvement des Gilets Jaunes et de la réforme des retraites, dans lesquelles elle s’est largement investie. Ce livre retrace son parcours d’universitaire éloignée des luttes sociales, à son engagement, en passant sur ses interrogations quant à la nécessité de s’engager et aux différents moyens de mobilisations. Un livre à offrir à toutes personnes qui ayant vécu de loin ces mouvements, ne les ont pas forcément saisies et ne se sont pas forcément senties légitimes pour y participer. 

Barbara Stiegler, Du cap aux grèves, éditions Verdier, 2020, 7€

 

Le coup de cœur d’Augustin Herbet : Cevdet Bey et ses fils.

Cevdet Bey et ses fils, ce sont trois thèmes en un livre : tout d’abord, c’est une saga familiale sur la bourgeoisie d’Istanbul, un roman réaliste très vivant dans la lignée de Balzac ou encore de Roger Martin du Gard. Mais c’est également un roman qui distille par petites touches une analyse très fine de la période kémaliste des années 30 en Turquie. Nous avons le portrait d’une classe sociale et d’une époque. Enfin et surtout de manière extrêmement discrète, Orhan Pamuk montre toutes les ambiguïtés de la modernisation kémaliste et le rapport complexe de celle-ci à l’Occident. Mais surtout il aborde dès le début, le tabou suprême en Turquie du génocide arménien. En effet, au début du roman, qui se déroule en 1905, la compagne du frère de Cevdet Bey, Nusret Bey, un jeune turc, est une comédienne arménienne. Leur relation est d’ailleurs extrêmement ambiguë et cela se sent de manière indéfinissable. En outre, nous savons que Nusret Bey est un jeune turc, appartenant donc au mouvement qui après sa prise du pouvoir mettra en œuvre le génocide. Puis en 1936, la Turquie s’est « européanisée » et les grecs ainsi que les arméniens ont « disparu ». Orhan Pamuk a soigneusement évité d’évoquer directement le génocide (il a écrit son roman en 1980). Mais il n’est pas interdit d’y voir le fantôme absent qui hante les personnages en 1936 et explique leur « hüzün », sentiment de tristesse et de mélancolie lié à une sensation de perte et propre à la culture turque. En un sens, ce roman dit ce qui n’est pas dicible publiquement, à savoir que la Turquie contemporaine, pour reprendre une phrase du livre de NK. Jemisin Les Cieux pétrifiés, « s’est fondée sur une ligne de faille faite de douleurs et maîtrisée par des cauchemars. »

Orhan Pamuk, Cevdet Bey et ses fils, Gallimard, 2015, 11€50

Le coup de cœur de Sylvère Cala : Mélenchon, la chute.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la France insoumise sans avoir jamais osé le demander ? Certes, mais à condition que ce qui vous fasse craquer soit le goût du vrai et du juste.

Hadrien Mathoux mène dans cet ouvrage une enquête rigoureuse qui part d’un étonnement qu’on devine douloureux : comment le mouvement de Jean-Luc Mélenchon est-il passé de première force d’opposition en 2017 à cette organisation amorphe en proie à toutes les critiques, porteuse de toutes les incertitudes ?

Le parti pris de l’auteur est lisible et fournit au lecteur de quoi répondre à ses propres questions. L’accent est certes mis sur la crise interne qui s’est substituée à l’agressivité des adversaires du programme pour freiner le mouvement dans ses ambitions populistes. En se sédimentant, la sensibilité sociétale a empêché le mouvement d’être le nouveau creuset des aspirations populaires.

Pour autant Hadrien Mathoux rend aussi justice à maintes positions du mouvement et de son meneur Jean-Luc Mélenchon. Amérique du sud, perquisitions, populisme, écologie et agriculture, armée, rapports aux médias, à la Russie, à l’Europe… la recension est minutieuse et conduite avec une parfaite honnêteté. De larges extraits de la pensée insoumise sont confrontés aux témoignages d’acteurs nombreux et solides, tant de l’intérieur que de l’extérieur du « cœur du réacteur ».

L’entreprise confère donc à l’ouvrage cette qualité de témoin exigeant qui l’inscrira sur la liste des incontournables de tous ceux qui cherchent à comprendre et à réaliser une grande force d’émancipation politique. Après tout, que demande d’autre le peuple ?

Hadrien Mathoux, Mélenchon, la chute, éditions du Rocher, 2020, 20€90

Le coup de cœur de Stéphane Fournier : L’engagement.

Des plus hautes fonctions politiques aux jardins de plantes mellifères, voici l’histoire peu ordinaire de l’ex-ministre de l’économie et du redressement productif, Arnaud Montebourg.  

Il nous livre avec L’engagement, un récit, miroir de sa vie militante qui l’a amené à être le malheureux témoin des impuissances politiques des gouvernants : « énarques bercyens », ministres, président Hollande, futur président Macron.  Tous ces personnages sont dépeints froidement dans leur médiocrité. A la lumière des faits décrits, Montebourg démontre que leur absence de patriotisme et d’empathie avec le Peuple ont conduit à leur implacable rejet. 

Son livre cogne avec justesse sur le mandat d’un président qui avait promis de se battre en faveur des ouvriers de Florange qu’il a finalement abandonné, de mener une politique en faveur de la croissance qu’il a totalement sacrifié et de défendre le grand nombre qu’il a tout simplement oublié. 

Tout au long du livre, Arnaud Montebourg nous emmène avec lui dans ce combat intime qu’il a décidé de mener de l’intérieur. C’est le sens même de l’engagement : se battre jusqu’au bout pour ses idées. Avec humilité, le ministre narre ses élans volontaristes, ses prises de positions iconoclastes dans un gouvernement shooté à la dopamine austéritaire allemande. Si ce combat de l’intérieur a permis des petites victoires, il a finalement conduit à l’épuisement et la rupture inévitable entre un ministre et son gouvernement, en désaccord sur à peu près tout.  

Cette rupture affective et politique amène Arnaud Montebourg à faire sa révolution. De retour dans sa France rurale dans laquelle il a grandi, Montebourg s’est formé pour « repeupler la France en abeilles » et produire du miel éthique, made in France. Noble mission, écologique et même anthropologique à la hauteur du siècle qui vient. Ce retour à l’humus est-il le terreau d’un nouvel engagement ? Arnaud Montebourg le suggère à peine avec cette conclusion qui plonge le lecteur dans un dernier frisson : « les temps appellent un retour aux principes d’un raisonnable gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, tempéré par la raison, la science et l’amour de la vérité ».  

Arnaud Montebourg, L’engagement, Grasset, 2020, 22€

 

L’ensemble de l’œuvre de Coralie Delaume, boussoles nécessaires.

©Margot Lhermite

Le loup a fini par la manger. Coralie Delaume s’est éteinte le 15 décembre 2020, à Montélimar. En juin, alors que la maladie s’emparait d’elle, elle signait un texte bouleversant sur son compte Facebook : « De toute façon, je suis bagarreuse. Je vais faire comme la petite chèvre de monsieur Seguin. Je vais me bagarrer toute la nuit et à l’aurore, le loup me mangera. De toute façon, tôt ou tard, le loup nous mange tous. » Du courage, elle en avait. De l’intelligence, de l’humour, de la volonté et la croyance éternelle qu’un monde meilleur était possible, aussi. Chez Reconstruire, elle était, est et restera longtemps une référence. Nous partageons avec Coralie l’amour de la République, et ne pourrions lui faire de plus bel hommage qu’en faisant vivre, avec rigueur, patience et ambition sa volonté de la rendre vivante, de lui rendre ses lettres de noblesse en refusant par-dessus tout de la travestir. Pour cela, nous avons une boussole : ses travaux sur l’Union européenne, cette voix unique dont elle ne mesurait pas la puissance, ce regard extraordinaire sur un monde en crise qui doivent rester dans nos esprits et guider nos luttes et nos analyses. Coralie Delaume est éternelle. Son œuvre continuera, longtemps, à la faire vivre. 

Coralie Delaume, Europe, les états désunis, Michalon, 2014, 17€.

Coralie Delaume, David Cayla, La fin de l’Union européenne, Michalon, 2017, 19€

Coralie Delaume, Le couple franco-allemand n’existe pas, Michalon, 2019, 18€

Coralie Delaume, David Cayla, 10+1 questions sur l’Union européenne, Michalon, 2019, 12€

Les commerces indépendants, et notamment les librairies, ont été largement victimes de la crise sanitaire. Reconstruire vous invite à les plébisciter pour l’achat des courses de Noël. Pour vous faire livrer en ligne, privilégiez les plateformes comme Place des librairesBonnes fêtes à tous nos lecteurs !

Rédaction

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