Pedro Guanaes est responsable des questions numériques au sein du mouvement politique République souveraine. Dans un contexte où la crise sanitaire a bouleversé notre rapport aux nouvelles technologies, où l’impératif de confinement a permis de mettre en valeur une inégalité profonde d’accès aux outils numériques et une prise de conscience des dangers qui leur étaient rattachés, Reconstruire a recueilli ses propos.

La situation sanitaire a largement mis en lumière l’inégalité d’accès au numérique en France. Quelles solutions pour y remédier ?

Les inégalités dans ce domaine tiennent à la fois aux infrastructures et à l’équipement. S’agissant des infrastructures, le gouvernement confie à des entreprises privées le soin de relier tous les Français à Internet ; or par nature ces entreprises ont des objectifs de rentabilité incompatibles avec l’objectif de la couverture des zones peu rentables, des zones blanches. À République souveraine, nous sommes convaincus que ces infrastructures devraient être la propriété de l’État et mises à disposition des opérateurs via une redevance. Cela éviterait de voir des immeubles dans les grandes agglomérations fibrés plusieurs fois et d’autres totalement oubliés ; cela permettrait une planification du déploiement de nouvelles technologies ainsi qu’une politique équitable d’investissement sur le territoire. D’ailleurs les opérateurs ont commencé à s’entendre entre eux, pour justement mutualiser certaines infrastructures et rationaliser l’investissement ; malheureusement le retard que nous avons accumulé sur cette question fait qu’il faudra encore de nombreuses années pour que toutes les communes françaises soient intégralement fibrées. La dérégulation a empêché l’harmonisation des technologies employées pour le déploiement de la fibre, incompatibles entre-elles (FTTH (Fiber To The Home), FTTLA (Fiber To The Last Amplifier), FTTB (Fiber To The Building), FTTO (Fiber To The Office), FTTN (Fiber To The Node)…). Il faut donc parfois tout recommencer dans des zones qui auraient pu être connectées depuis longtemps. Avec une vision centrale et réfléchie, en concertation avec les opérateurs, on pourrait définir un cap qui permettrait d’avoir un système unique choisi de manière raisonnée qui permettrait de faire un déploiement rapide, évolutif et économiquement avantageux pour la population.

Il faudrait un service public du cloud, qui serait un espace de stockage pour tous les français.

De l’autre côté il y a la question de l’équipement des Français. Depuis plusieurs années, les smartphones et tablettes ont largement remplacés les ordinateurs dans les foyers, or le développement du télétravail rend l’ordinateur indispensable puisqu’il reste l’outil le plus agréable sur le plan ergonomique pour les travailleurs à distance. L’État pourrait, via des partenariats, proposer pour les familles les plus modestes ainsi que pour les seniors des équipements pertinents et évolutifs, qui pourraient être mis à disposition. Il s’agirait – contrairement à ce que Valérie Pécresse a fait pour les lycéens de la région Île-de-France – d’avoir des systèmes basés sur des technologies ouvertes qui offrent des performances adéquates dans le cadre du télétravail. On pourrait également imaginer que les entreprises puissent prendre en charge une partie du coût de cette location – comme elles le font d’ores et déjà avec les abonnements aux transports en commun. La location plutôt que l’achat permettrait un meilleur contrôle du parc ainsi que des possibilités d’évolutions rapides sans pour autant pénaliser les utilisateurs. C’est le type de projet qui aurait pu servir à pérenniser un acteur français ou européen du microprocesseur comme ARM. De même il faudrait envisager de créer un service public du cloud qui serait un espace de stockage pour tous les Français – et pourquoi pas certaines entreprises – afin qu’ils puissent stocker de manière sécurisée leurs données telles que les documents d’état civil, le carnet de santé numérique, l’historique scolaire, etc. Ce coffre-fort numérique permettrait de faciliter les démarches en ligne rencontrées par nos citoyens, mais permettrait également de sécuriser leurs documents les plus précieux en cas de sinistre.

Les réseaux sociaux sont tout à la fois un formidable outil et un risque certain. Cyber-harcèlement, désintellectualisation du débat, règne de la communication… Doit-on s’en accommoder ou réinventer les codes sociaux ?

Il est fondamental de définir ce que l’on appelle les réseaux sociaux. En effet, si certains y voient des tribunes ouvertes afin qu’ils puissent exprimer leurs opinions, la réalité est que, lorsqu’on regarde les conditions générales d’utilisation de ces plateformes, ce sont surtout des espaces publicitaires plus ou moins monétisés.
Le principe des réseaux sociaux n’est évidemment pas de donner la parole à tout le monde et de favoriser la liberté d’expression, mais bien de transformer l’utilisateur en annonceur, voire en produit, que le réseau pourra lui-même vendre à des annonceurs. Ce qui fait le succès de tel ou tel contenu, c’est – comme dans l’espace publicitaire – avant tout l’argent dépensé pour le mettre en avant.
Dans cette situation, il est bien naturel que ce soit les codes de la publicité qui fassent la loi sur les réseaux sociaux. Twitter est par exemple un outil de déclamation de slogans. Facebook, lui, privilégie les publications qui vont provoquer des réactions très polarisées chez les utilisateurs : plus le contenu est polémique, plus il a de chances d’être mis en avant. Il devient donc parfaitement inutile de se plaindre du faible niveau des débats lorsque, par essence, ces réseaux sont fabriqués pour favoriser l’invective, les biais de raisonnements et ce qu’on appelle vulgairement le « putaclic ». Rappelons qu’à l’origine, Facebook n’était qu’une plateforme pour donner son avis sur le physique de personnes avant de pouvoir, in fine, entamer des discussions avec celles-ci. Quant à Twitter, c’était une application développée pour des professionnels afin qu’ils puissent exposer leurs travaux. TikTok, Snapchat ou Instagram n’ont jamais eu pour vocation d’être des plateformes permettant de développer une pensée complexe, et elles ne l’ont d’ailleurs heureusement jamais revendiqué. La plupart de ces plateformes sont étudiées comme des outils profitant des réflexes cognitifs de l’être humain (la fameuse couleur rouge des notifications, le pic de dopamine lié aux likes…) rendant l’utilisateur dépendant. Un utilisateur dépendant, c’est un utilisateur qui passe plus de temps sur le réseau et qui visionne donc plus de publicités.

Les réseaux sociaux devraient être interdits d’utilisation aux moins de 15 ans.

Il me paraît nécessaire de poser la question de l’utilité de ces réseaux, pour peut-être amener les citoyens à considérer le développement d’alternatives attachées au partage d’informations, aux échanges, aux débats, c’est-à-dire de véritables agoras et non des panneaux publicitaires capables de revendre nos informations personnelles. Mentionnons donc quelques initiatives comme Diaspora* ou Mastodon, même si leur utilisation est aujourd’hui encore très minoritaire. Il y a par conséquent un champ des possibles pour ceux qui souhaiteraient réellement avoir un outil permettant la mise en avant d’une pensée complexe donnant la parole à ceux qui ne l’ont pas.
Le cyber-harcèlement qui existe aujourd’hui sur les réseaux sociaux n’est justement qu’une conséquence de la nature même de ces réseaux. Je pense d’ailleurs, à titre personnel, que les réseaux sociaux devraient être interdits d’utilisation aux moins de 15 ans. Je suis un entrepreneur spécialisé dans les nouvelles technologies, j’adore donc le sujet, mais j’ai aujourd’hui des enfants, et sur certains sujets, nous avons fait n’importe quoi. Il est temps de changer et de se rappeler que « le numérique sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Le gouvernement souhaite mettre fin à l’anonymat sur internet. Est-ce que cela vous semble juste ?

Dans un premier temps, il faut savoir que l’anonymat sur Internet n’existe pas réellement. À part une minorité hautement qualifiée capable d’être anonyme sur les réseaux, même l’utilisation de VPN ou de Tor reste insuffisante pour garantir l’anonymat – bien qu’il rende certes la tâche un peu plus difficile à ceux qui souhaiteraient vous retrouver. Le coeur du problème aujourd’hui c’est surtout l’incapacité de notre gouvernement à faire respecter les lois de la République à des multinationales régies par le droit américain. Cette extraterritorialité des plateformes pose de gros problèmes à l’autorité judiciaire, car elle rallonge considérablement les procédures, rendant ainsi les entreprises libres d’agir dans une relative impunité. La levée de l’anonymat – en réalité du pseudonymat – représente donc une fausse mesure curative montrant notre incapacité à nous faire respecter des géants d’Internet. Mais puisqu’il est question de pseudonymat, il est essentiel de le protéger pour garantir la liberté d’expression – notamment politique – des citoyens dont certains d’entre eux sont parfois des lanceurs d’alertes.

Laetitia Avia est le visage de la majorité concernant la lutte contre l’anonymat sur Internet.

Pour autant, il est aussi fondamental de combattre sans relâche tous ceux qui abusent de cette illusion d’anonymat pour harceler, dénigrer, appeler à la haine, au meurtre, au viol et autres horreurs qui ne sont pas rares sur les réseaux sociaux. Cela nécessite donc plus de moyens alloués à la lutte contre ces incivilités ainsi que la soumission des sociétés en question au droit français. L’État doit imposer aux plateformes souhaitant avoir des clients français l’application du droit français sur ces individus. Il suffirait ensuite d’interdire notre territoire aux plateformes refusant cette clause.

La captation d’informations personnelles par les grandes entreprises est désormais inscrite dans nos quotidiens. Est-on en train d’entrer dans une phase collective de régression de nos intimités ?

Beaucoup de gens l’oublient mais, dans les faits, cela fait plusieurs décennies que les banques et autres opérateurs savent exactement tout ce que vous faites ou consommez. D’ailleurs, les cartes de fidélité des enseignes commerciales n’ont jamais eu d’autre but que de récolter des données personnelles sur la consommation des clients. À nouveau, nous vivons dans l’illusion de l’intimité. Certains craignent la surveillance globale, mais rappelons que le réseau Échelon date des années 1970 et que, depuis le 11 septembre 2001, la NSA capte officiellement la quasi-intégralité des métadonnées qui circulent sur Internet. Des sociétés comme Amazon ou Google tracent leurs clients dans leurs moindres faits et gestes sur Internet. Le commerce des données personnelles est d’ailleurs un marché florissant, et de nombreuses sociétés s’en donnent à cœur joie en vendant les données qu’elles récoltent sur leurs utilisateurs. Un simple jeu comme Candy Crush donne à son éditeur des informations critiques pouvant, si l’on pousse les choses, permettre de savoir où vous allez manger le midi, dans quelle entreprise vous travaillez et ainsi de suite. Nous nous sommes laissé faire pendant des années et, aujourd’hui, seule la destruction de ces données pourrait nous faire revenir à une situation protégeant plus efficacement notre vie privée. Nous pouvons créer des lois visant plus de transparence dans la collecte des données personnelles ainsi que l’interdiction de la vente de celles-ci, mais nous serons toujours confrontés à l’extraterritorialité des plateformes qui rendent de telles mesures assez vaines.
Tous les enfants nés après 2000 ont probablement des photos/vidéos/écrits d’eux mineurs sans qu’ils n’aient jamais été en mesure d’exprimer leur consentement sur cette question-là. Il y a un vrai travail de conscientisation des citoyens à faire sur cette problématique. Peut-être faudra-t-il qu’ils acceptent, à terme, de payer pour certains services, aujourd’hui gratuits, au détriment de leur vie privée.

Le déploiement de la technologie 5G inquiète et fait couler de l’encre. Quelle est votre position ?

Grève pour le climat, à Genève, le 27 Septembre 2019.

Paradoxalement, le débat sur la 5G n’a pas lieu partout dans le monde ; quelques pays, dont la France, se questionnent beaucoup sur cette technologie. Les raisons sont multiples et peuvent être légitimes, comme la lutte contre l’obsolescence programmée. Malheureusement, la majorité des arguments est plutôt axée sur des fantasmes éloignés de la science : nouvel ordre mondial, surveillance généralisée, modification de notre patrimoine génétique, contrôle mental… tout y passe. Ce qui est dramatique, c’est que ces positions obscurantistes deviennent de plus en plus populaires dans notre pays – il suffit de voir la défiance de notre population vis-à-vis de vaccins essentiels, tels que ceux contre la rougeole, la poliomyélite ou le tétanos, dont l’efficacité n’est pas à démontrer ! 
D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que de nombreux charlatans apparaissent un peu partout sur Internet pour vous vanter tel régime à l’eau pour guérir du cancer ou tel cristal qui vous permettra de remagnétiser votre chakra. Cette défiance vis-à-vis de la parole officielle est en grande partie due aux mensonges et aux complots réels fomentés par les gouvernements (armes de destruction massive en Irak, Libye, etc.) qui privent la population de repères et lui font prêter une oreille attentive à toute personne mettant en cause le discours officiel. Les polémiques sur la 2G, la 3G et la 4G furent exactement les mêmes que celles sur la 5G. Or à ce jour, il n’y a pas de données scientifiques concluantes prouvant le danger des ondes. Ce qui existe, c’est un problème lié au rayonnement des appareils émettant des ondes. Le rayonnement qui fonctionne comme une irradiance vous cuit littéralement. C’est comme si on passait son temps à côté d’une rôtisserie et que l’on constatait les dégâts sur notre peau. C’est pour ça que l’on recommande de ne pas dormir avec un téléphone portable sur son oreiller ou, pour les hommes, de porter son téléphone portable près de ses testicules. Ces dangers-là sont aujourd’hui connus et tous les acteurs font attention pour diminuer le rayonnement. Il faut malgré tout que des autorités indépendantes contrôlent ces données pour éviter tout abus.

Quitte à être surveillés, autant que ce soit par des compatriotes.

Dans tous les cas, il existe une solution simple qui permettrait de limiter drastiquement le nombre d’antennes présentes sur notre territoire tout en permettant de combattre les zones blanches : c’est la mutualisation des antennes par un opérateur public qui les met à disposition des opérateurs privés, sur le modèle de ce que fait TDF (une société publique privatisée sans raison valable dans les années 90). Publier des cartes en temps réel du niveau d’exposition aux ondes en France permettrait aussi de rassurer la population.
Je finirai sur un point fondamental pour moi : le faux procès fait à la 5G peut détruire des emplois français de haute compétence à Nokia 5G (anciennement Alcatel), qui délocalise en Pologne. Si nous voulons contrôler la 5G, il est préférable d’avoir du matériel français plutôt que du matériel américain « patché » par la NSA, ou des antennes chinoises. Bref quitte à être surveillé, autant que ça soit par des compatriotes.

Votre mouvement, République souveraine, vient d’organiser un congrès dématérialisé. Doit-on, à votre avis, nous habituer à ce nouveau mode de fonctionnement politique ? Quelles sont vos méthodes techniques ?

L’organisation d’un congrès dématérialisé nous a été imposée par les circonstances sanitaires. Il était urgent que nous fassions valider par nos adhérents un corpus de textes essentiels à notre fonctionnement, notamment notre charte et nos statuts, ainsi que la feuille de route que nous avons décidé de tracer jusqu’à 2022. Il nous paraissait insensé de repousser encore plus cette étape essentielle de notre installation dans le paysage politique. Nous avons donc décidé d’innover et de réaliser un congrès “à distance”.
Il a fallu se creuser la tête pour trouver un mode de fonctionnement permettant de ne pas sacrifier l’aspect démocratique de notre fonctionnement et rendant possible une réelle transparence dans le processus de votation ayant conclu notre congrès. En parallèle, il a également fallu favoriser un maximum les échanges entre nos militants et notre équipe dirigeante, ceux-ci n’ayant pas l’occasion de pouvoir se réunir physiquement comme c’est normalement le cas lors d’un congrès plus ordinaire.
Le choix d’une solution technique particulière n’est jamais évident. Chez République souveraine, nous nous efforçons d’utiliser le plus possible des solutions issues de la recherche française en open source. C’est un premier pas pour valoriser nos filières de recherches qui, bien souvent, brillent par leur excellence partout dans le monde – sauf en France. Mais échapper aux dictats des GAFAM est évidemment plus facile à dire qu’à faire.
Il a également fallu prendre en compte la diversité des profils de nos adhérents en faisant en sorte que le niveau de maîtrise technique des outils informatiques ne soit pas un critère discriminant quant à la participation de nos camarades à ce congrès.
Nous avons donc créé sur notre réseau social interne un groupe de discussion spécifique au congrès, permettant à nos adhérents de débattre et d’amender les différents textes que nous leur avons soumis. De plus, nous avons aussi décidé d’organiser plusieurs soirs par semaine des visioconférences entre nos adhérents et nos cadres afin d’échanger librement, de répondre aux questions, ou tout simplement d’en savoir un peu plus sur les parcours de chacun. Pour ce faire, nous avons utilisé une plateforme appelée Jitsi Meet, développée au sein du laboratoire LSIIT de l’université de Strasbourg et qui, faute de débouchés en France, a dû continuer son développement à l’étranger.
Les séances se sont avérées très fructueuses et ont été, il me semble, très appréciées par nos adhérents. Très peu d’adhérents ont rencontré des problèmes techniques empêchant la participation à ces visioconférences.

A posteriori, nous nous rendons compte que la manière dont ont été menés les débats tant sur notre réseau social interne que durant les échanges en visioconférence a permis un fonctionnement démocratique bien au-delà de ce que nous aurions pu avoir avec un congrès classique. Ainsi, plusieurs de nos adhérents ont été ravis de pouvoir discuter directement – bien que virtuellement – avec notre président Georges Kuzmanovic. Un président de mouvement politique étant toujours très occupé lors des congrès physiques, ces échanges n’auraient sûrement pas pu avoir lieu autrement. Nous pouvons ainsi dire que notre congrès a été une vraie réussite, tant sur le plan démocratique que sur le plan de la convivialité, et ce malgré les circonstances sanitaires empêchant le moindre rassemblement conséquent. Nous avons d’ailleurs décidé, pour maintenir ce rapprochement effectué avec la base, de multiplier au-delà du congrès ces discussions en visioconférence. Nombreux sont les mouvements politiques gouvernés par une sorte d’élite totalement déconnectée des militants de base – et plus encore des citoyens. En maintenant ces échanges réguliers entre militants et membres de notre Secrétariat national, nous favorisons une plus grande implication de la base dans la direction du mouvement, et ce malgré la distance physique. Nous visons donc à faire grandir République souveraine dans une sorte de joyeuse horizontalité.

Sacha Mokritzky
Sacha Mokritzky est rédacteur en chef de Reconstruire. Auteur du livre Retraites : impasses et perspectives avec François Cocq aux éditions du Borrego, il est également chroniqueur régulier de l'émission Quartier Constituant.

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