Pierre Serna est historien. Il a dirigé de 2008 à 2015 l’Institut d’Histoire de la Révolution Française, à l’université Paris 1 – Panthéon Sorbonne et est vice-président de la Commission internationale d’Histoire de la Révolution Française depuis 2010. Directeur de la revue numérique La Révolution Française, on lui doit l’invention du concept d’extrême centre, qu’il théorise une première fois dans son ouvrage La République des girouettes (2005) puis, en 2019, dans L’extrême-centre ou le poison français : 1789-2019. Reconstruire l’a rencontré pour évoquer le sujet. Dans cette première partie, l’historien rappelle succinctement la genèse du concept et son lien intime avec l’actualité politique. Entretien mené par Gauthier Boucly et Sacha Mokritzky.

Dès 2005, vous publiez La République des girouettes dans lequel vous montrez que de 1789 à 1815, une classe politique qui se dit modérée parvient à se maintenir au pouvoir malgré les changements de régime. Pourquoi avez-vous souhaité reprendre cette idée d’extrême-centre sous la présidence d’Emmanuel Macron ?

Si vous me permettez de rectifier quelque chose, ce n’est pas une élite modérée. Elle est radicalement modérée. La radicalité des révolutionnaires, qui croient d’abord à une monarchie constitutionnelle, qui trahit, qui devient une République, qui devient une République démocratique, puis qui devient une République démocratique et sociale, pour l’extrême-gauche de l’échiquier politique, ne va pas tenir ses promesses. Mais eux vont garder leur volonté. D’un autre côté, on a des anti-révolutionnaires, des contre-révolutionnaires, à main armée, qui veulent détruire la Révolution et la République. A l’intérieur de ce schéma politique, on a l’impression que seules ces deux familles existent. 

Pierre Serna, L’extrême-centre ou le poison français

Mais va surgir une famille qui va devoir utiliser la radicalité comme forme de gouvernement, et qui va trouver l’argument, quarante ans avant Louis-Philippe, d’un « juste milieu » pour mieux stigmatiser des républicains démocratiques et sociaux et des contre-révolutionnaires qui voudraient revenir à l’Ancien-Régime. Lorsque je fais paraître ce livre en 2005, c’est le résultat de plusieurs années de travail, puisque c’est le résultat de mon habilitation à la direction de recherche. Au départ, ce qui m’intéressait, c’était le phénomène de « génération » en politique : Comment dure-t-on en politique ? Je voulais poser une question un peu taboue à l’Institut d’Histoire de la Révolution Française : « Au fond, tout le monde n’a pas été un pur Robespierriste, n’a pas été frappé de la pureté républicaine, il y a bien des gens qui ont changé d’avis. » En quoi changer d’avis en politique est un problème pour l’historien, et comment le traiter ? En 1815, juste après Waterloo, sort le fameux Dictionnaire des girouettes, qui a constitué mon premier corpus. A partir de ce nombre de petites girouettes qui étaient accolées au nom des personnes et institutions, il y avait en fait une histoire à rebours à faire par rapport à ceux qui avaient prêté serment à des régimes différents, et qui se sont retrouvés, encore, à l’été 1815, aux manettes de la France. Il n’y avait aucune volonté de ma part de juger ou de porter une valeur morale à cette pratique, mais la penser en tant qu’historien et prendre au sérieux ce que disait Edgar Faure : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. » Si c’est le vent, de quels outils dispose l’historien pour mesurer une conjoncture changeante, c’est à dire un 10 thermidor, un 19 brumaire, un 1805, un 1815… ?

« Le public est devenu le roi du monde. »

Chemin faisant, à rebours, je me suis rendu compte de trois piliers qui constituent, pour moi, le parcours opportuniste et existentiel de cette cohorte de personnes. C’était évidemment une  souplesse d’échine tout à fait remarquable : ils pouvaient changer d’avis, mais sans seulement s’adapter en fonction d’une conjoncture difficile pour suivre une stratégie. Non, c’étaient des gens capables de soutenir Robespierre, puis de le vouer aux gémonies, puis d’envoyer la classe ouvrière à la répression en l’an III, puis de passer armes et bagages sous les ordres d’un consul autoritaire comme Bonaparte, puis de courir à l’anoblissement d’Empire, pour enfin courir servilement du côté de Louis XVIII… On a des formes d’opportunisme qui ne sont pas simplement des changements d’avis, mais des différences de posture qui interrogent deux aspects. Déjà, leur intérêt personnel. Ce sont des gens qui font carrière au sens propre du terme, pour la première fois, puisque l’on est plus simplement choisis par le roi, mais on est dans un jeu de reconnaissance républicaine, de nomination. On est dans une carrière professionnelle importante dans l’appareil d’Etat qui se construit. Et qui dit carrière, dit salaire ! Ce sont des gens qui, à la fin, ont aussi des intérêts sonnants et trébuchants à changer d’avis. Très récemment, Emmanuel de Waresquiel a montré que présenter un homme comme Foucher comme une girouette, c’est simplement tomber dans le panneau qu’a voulu construire Faucher lui-même, pour mieux cacher que ce petit professeur dans un collège religieux de Nantes a construit l’une des quatre ou cinq plus grandes fortunes de France. L’argent, ça compte aussi. 

Deuxième élément, ces gens ne mettent évidemment jamais en avant l’argent qu’ils gagnent. Alors que, pour la première fois en 1830, quinze ans après, va apparaître un dictionnaire des cumulards, pour la première fois, je crois, dans la vie politique française. Sous le prétexte de la satire, on invente ce terme de « cumuler« , au sens « cumuler des fonctions », qui ne sont pas seulement honorifiques, mais qui donnent de l’argent ! Conseiller d’Etat, conservateur, député, conseiller général, maire… Tout cela fait que l’on cumule des salaires. Ces gens-là, quelle est leur attitude quant à leur propre parcours existentiel ? Ce sont des gens intelligents, des gens qui ont vécu des événements historiques que, peut-être, nous ne vivrons pas dans toute une vie, il faut bien le reconnaître. Imaginez l’intensité événementielle entre 1789 et 1815 ! Ils se justifient, ils savent qu’ils seront jugés dans le futur. Ils sont intelligents, ils voient bien que la plume, les pamphlets sont devenus les reines du monde, pour reprendre l’expression de Keith Baker. Le public est devenu le roi du monde. Ils se justifient en disant « Ah non, derrière nos postures, nous avons toujours voulu défendre la Patrie, servir l’Etat, nous avons toujours voulu être dans la raison d’Etat.  » Il y aurait donc une certaine neutralité politique de cette raison d’Etat qui ferait que ces gens, qui s’enrichissent dans leur carrière, disent que ce n’est pas le plus important. Supposons-le. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont prêts à suivre tous les régimes : République, réaction thermidorienne, Consulat, Empire, Monarchie, au nom de cette raison d’Etat. Mais qu’est-ce que cette raison d’Etat ? A rebours, je me dis : la raison d’Etat, c’est quelque chose qui a été inventé après un Ancien Régime, lorsqu’on reconstruit la Res Publica, la chose publique, après 1792, la naissance de la République. Le deuxième trait que je vois de ces gens-là est en rapport avec l’ambiance de violence, de guerre civile,de tension extrême, voire de traumatisme, qu’a créé la situation de guerre civile, de Vendée… Même si la Terreur est largement une invention de l’an III, il n’en demeure pas moins que les gens ont eu peur, que des gens se sont radicalisé des deux côtés. Ces gens-là, en fait, ont voulu assez vite tenir une rhétorique de la modération, une posture néo-stoïcienne. C’est-à-dire que dans l’orage, dans la tempête, dans le volcan, qui sont des métaphores politiques constamment utilisées pendant la décennie révolutionnaire, eux-disent : « Nous tenons le timon de l’Etat, nous tenons le gouvernail du navire de l’Etat. » Sous-entendu : « Nous allons entre les esquifs que seraient une droite radicale ou une gauche radicale, et pour cela nous devons tenir ferme, être dignes, être calmes« . Et on a très vite la panoplie du bourgeois du XIX° siècle qui se construit. L’habit est sombre, la tenue est austère, la mine n’exprime pas d’émotion… le contraire de la politique des émotions, celle des peuples, celle de la mystique contre-révolutionnaire catholique. Ces gens se veulent maîtriser leur habitus, leur paraître, leur vocabulaire. On pourrait se dire : c’est une bonne qualité, ces gens gardent leur calme. Oui, mais nous sommes en situation de pouvoir, de compétition, de guerre, civile et extérieure, et on se rend compte très vite d’une anomalie française, qui repose sur un malentendu, à mon avis construite sur une sorte de mythographie largement construite pendant la III° République, soit plus de 80 ans après les faits. Je veux dire que les Hommes qui ont fait la Révolution étaient tout imprégnés de Rousseau, de Montesquieu, de Locke, de façon plus ou moins importantes sur la théorie contractualiste qui faisait du peuple le souverain, de la loi l’expression de la volonté générale, du pouvoir législatif, le pouvoir le plus important, le pouvoir exécutif son application et le pouvoir judiciaire indépendant. Dans l’urgence des faits, dans l’urgence de la République d’exception que devient la République, puisqu’elle naît, hélas, dans la guerre, elle est immédiatement un régime d’exception, et on va y voir des Hommes qui vont comprendre que, plus que le pouvoir législatif, ce qui va compter pour gouverner le réel, c’est tenir les manettes du pouvoir exécutif. A un moment très complexe, le moment du Comité de Salut public – puisque les ministères sont supprimés en germinal de l’an II – je pense qu’il y a une politique collective du Comité de Salut Public, pas simplement Robespierre, ambiguë puisque ce sont des députés, confirmés par la Convention tous les mois, mais qui accaparent de fait le pouvoir exécutif sans le dire. C’est le pouvoir d’exécution immédiate de la loi. Ces hommes-là vont comprendre, comme le disait Barrère, qui était le porte-parole du Comité de Salut Public devant l’Assemblée, que « Voter des lois c’est bien, mais les appliquer, c’est toujours mieux« . Et je pense que le problème a toujours cours aujourd’hui. Si on additionne ces trois piliers : des gens qui sont prêts à s’adapter à une position politique (je ne parle pas de l’intégrité des hommes du Comité de Salut Public, mais certains d’entre-eux après la mort de Robespierre, de Saint-Just et de leurs compagnons, vont très vite passer du côté de la réaction, quitte à le regretter, quitte à se refaire une virginité au temps du Consulat.), la modération, et, derrière le pouvoir tenu d’une main de fer ( La police réprime les ouvriers, attaque, interdit les manifestations, réprime les femmes plus particulièrement, mais aussi l’armée, utilisée comme une force de police intérieure, une force d’expansion extérieure), on retrouve  un point aveugle qui ne s’est jamais dit, ne s’est jamais affirmé. Si vous avez le pouvoir exécutif, que vous êtes dans une contre-posture idéologique, que vous n’avez aucun autre programme, que vous vous appliquez au réel, et que cela correspond à une volonté de construire une sorte de reproduction sociale, par politique de l’intérêt personnel bien compris, derrière des habitus modérés et opportunistes, alors c’est un espace non-vu, non-dit, un espace aveugle de la politique qu’il m’a bien fallu nommer. 

« Emmanuel Macron correspond parfaitement à ce que j’avais défini comme étant la figure de l’extrême-centre. »

J’ai longtemps réfléchi ; c’étaient des gens qui étaient au centre. Mais comment qualifier ce centre ? C’était le moment où Bayrou commençait à pointer, se disait « il y a un nouvel espace« . Mais ce n’était pas le centre de M.Bayrou, qui au fond était connu pendant la Révolution : c’était le marais, c’était les mous, le ventre, ceux qui ont peur, qui sont prêts à toutes les compromissions, que maîtrise Robespierre. Je parle d’un autre centre. Un centre qui ne s’est pas nommé, un centre quasi-invisible, qui est agi par une radicalité extrême. Voilà pourquoi je me suis dit : « Ces gens qui stigmatisent ceux qui sont radicalement à droite ou radicalement à gauche, pourquoi ne seraient-ils pas eux-mêmes de l’extrême-centre ? » La réalité de leur politique est une radicalité, une violence tout à fait importante. Nous étions en 2005, et nous en avions un premier prémisse. Tout n’est pas extrême-centre, bien sûr que non. Mais lorsque la démocratie commence à se dérégler et commence à rentrer en crise, il peut y avoir différents éléments, pour ne pas faire d’amalgames ni d’anachronismes, qui peuvent ressembler à ces figures d’extrême-centre. En 2005, le peuple souverain a voté non à la Constitution européenne. Résultat, les élites administrantes ont dit « pas de problème, ce sera oui« . Je me suis dit alors qu’il y avait un vrai problème dans notre démocratie, qu’il y avait une césure entre le monde politique et le monde des électeurs, que constituent les citoyens souverains. J’ai commencé à être particulièrement vigilant. Ensuite, les clivages politiques semblaient assez bien dessinés entre Nicolas Sarkozy, un homme de droite, François Hollande, secrétaire général du Parti Socialiste, et en même-temps, cette figure de Bayrou, montante, descendante, qui était présente. Avec, également, la montée d’une extrême-droite qui forçait chacun soit à se radicaliser, soit à intégrer à un discours largement faux qui se résumait à « La politique c’est suranné, ne sert plus à rien, les politiques sont des pourris, des corrompus, des gens inefficaces, incompétents, qui cumulent, qui ne savent pas répondre aux attentes de leurs citoyens… » Et, on a vu, parallèlement à cette culture d’extrême-droite très particulière en France, ce que l’on qualifie aujourd’hui à tort et à travers, utilisé parfois au pluriel, des populismes. Avec cette montée-là, et l’incapacité classique des groupes de gauche et de droite à répondre, on a vu en 2016, et surtout en 2017, l’apparition du personnage inventé, qui s’est inventé lui-même mais en même temps que les médias ont parfaitement contribué à inventer. 

Donald Trump

Julia Cagé, dans son livre Le prix de la démocratie, a montré à quel point les puissances d’argent avaient aussi construit cet homme qui, au ministère des finances, avait bien saisi comment des formes de défiscalisation et de re-fiscalisation de son groupe pouvait lui construire un matelas pour préparer sa montée politique. Je parle évidemment du candidat Emmanuel Macron qui va intituler son ouvrage de campagne : « Révolution« . Ce ne peut qu’interpeller un historien de la Révolution. En lisant de très près ce texte-là, je me suis rendu compte qu’Emmanuel Macron correspondait parfaitement bien à ce que j’avais défini comme étant la figure de l’extrême-centre. Le premier chapitre, je vous le rappelle, est consacré à expliquer pourquoi, finalement il a planté un couteau dans le dos à François hollande. Il dit « à un moment donné, je ne lui dois plus rien, dès lors qu’il m’est apparu que les intérêts de la France étaient vraiment en danger, je n’ai plus écouté que ma conscience et je me suis détaché de lui. » Pure posture d’auto-justification que toutes les girouettes du monde depuis 1815 utilisent. Deuxièmement, face à la montée des périls, à la montée très importante, à ce moment-là, de Jean-Luc Mélenchon, face à la confirmation, hélas, de l’extrême-droite, il s’est posé en rempart. En rempart, rassurant, modéré, tranquille, sorte de force tranquille. Moyennant quoi, on voit bien qu’un ordre de sécurité, un ordre de tranquillité publique prévaut par rapport à un ordre politique. Il dit : « Si c’est être à gauche qu’être généreux, que vouloir partager, alors je suis à gauche, mais si c’est être à droite que de vouloir la tranquillité, vouloir une belle organisation, les règles du libéralisme, alors je suis à droite. » Cette espèce de politique du « tous-ensemble », ou du « tout-ensemble » comme lui-même a revendiqué dans une sorte d’amalgame dont on pourrait se dire, de très loin, « pourquoi pas », efface en réalité l’amalgame sur lequel s’est construit l’Histoire de France, un clivage qui est celui d’une politique sociale ou pas. Ce clivage-là, il l’a dépassé le jour de son entrée dans les fonctions de Président de la République. Pour la première fois depuis le début de la V° République, la montée dans un car militaire depuis les Champs-Elysées jusqu’à l’Arc de Triomphe – aucun président de la République ne l’avait fait – indique  clairement qu’il était, avant d’être le chef de l’Etat, le chef des armées. Je crois que, depuis 2017, puisqu’il a été élu lorsque la France était en état d’urgence, passé depuis dans la loi, on est dans cette situation d’extrême-centre. Alors, quel est le rapport avec la Révolution et Monsieur Macron, et c’est là que c’est plus compliqué. Je prends des risques d’historien, car je pense pouvoir être plus utile qu’en restant pendant mes quarante ans de service à la fonction publique sur les dix ans de 1789 à 1799. Cela ne veut pas dire que j’ai raison, et le débat existe. On pourrait me dire : « Mais, enfin, tous les Hommes d’Etat, confrontés au pouvoir, doivent pouvoir prendre des décisions, sont toujours un peu dans le juste milieu, dans tous les pays, il y a les promesses d’élection et on s’arrange avec le réel. » Je ne le méconnais pas. Mais, en France, c’est un peu particulier: on le voit dans cette sur-présence du pouvoir exécutif, par rapport aux deux grands systèmes parlementaires auxquels on peut être comparés, à savoir le modèle le modèle anglais et le modèle américain. Le système anglais est détestable quant à son impuissance à régler la question sociale, mais quant à sa stabilité politique et à sa défense des libertés, nul ne peut dire véritablement que l’Angleterre a été sur le point de tomber dans un coup d’Etat militaire. Quant au système américain, on voit à quel point il est contraignant pour le Président de la République, et on peut penser que même Trump pourrait subir un impeachment. En attendant, les règles fédérales sont tellement solides que tous les états démocrates résistent. 

En France, on a un autre problème, qui pose sa particularité, comme un phare, un laboratoire, mais en même temps un danger. Il y a une très forte tradition de la fascination du pouvoir exécutif qui peut donner des idées à d’autres pays. C’est en ce sens que je suis un fervent défenseur du concept de « droite révolutionnaire » de Zeev Sternhell, qui a été quasiment stigmatisé par tous les élèves de René Rémond, ou par René Rémond lui-même, pour avoir osé inventer une quatrième droite. Avec l’Histoire de France, on est dans une situation de rupture / continuité. Dans ce pays rébelliogène, pour reprendre les termes de Jean Nicolas (Dans son livre La rébellion Française, qu’il faut que tous les étudiants aient lu, puisque c’est une somme absolument admirable – 8500 manifestations de désobéissance, d’insoumission, de subversion, d’émeute, qu’il recense entre 1661 et 1789, qui caractérisent les français.) Il y a d’un côté une volonté de se gouverner, de défendre ses libertés, qui est constitutive d’une histoire, qui commence en 1789, d’ailleurs, qui va continuer, en 1792, 1793, 1794, 1795, avec la dernière révolte ouvrière, 1830, 1848, 1871, La Commune, les grandes grèves ouvrières, les grands mouvements ouvriers, la naissance du parti socialiste, puis du PCF, le Front populaire, et ainsi de suite… Mais à côté de cela, également, il y a une tradition très contemporaine, très moderne, pas du tout ancienne – et c’est en ce sens qu’elle est dangereuse – d’un césarisme. Un césarisme, donc, qui a pu donner des idées à la genèse d’un fascisme italien, la genèse d’un état sans pensée, une technostructure, un technopouvoir, pour reprendre le terme de Michel Foucault. Cela fait que, bien souvent, en temps de crise, les français recherchent un sauveur, une personne, qui incarnerait le pouvoir. Et, si je vous ai fait une liste des progrès sociaux, on peut voir aussi, souvent, des coups d’Etat, ou des putschs, des prises de pouvoir militaires, paramilitaires, dès la nuit du 10 Thermidor, puis ensuite en 1799, 1805, 1815, le coup des 100 jours, 1851, l’affaire Boulanger, pourquoi pas… le cas de 1940 est tellement brûlant et tabou que je le laisse à part, mais il faudra bien le traiter un jour. Et, enfin, le fondement de notre V° République, construite sur un coup d’Etat du Général de Gaulle, qui a construit toute sa légitimité à posteriori. 

Emmanuel Macron, Révolution

Donc, comment qualifier l’élection, parfaitement légale, d’Emmanuel Macron ? Il y a quand même un coup de force par rapport au réel. L’invention d’une situation de crise, l’exagération d’une situation de crise. Il se présente lui-même, et l’a surjoué, comme étant le sauveur ! Et, depuis, je pense qu’il s’inscrit dans cette lignée-là, n’oubliant jamais qu’il est le chef des armées ; la France est engagée sur plusieurs fronts militaires qu’on ne pourrait pas, je pense, tous justifier, et les événements de répression grave policière et de violences policières qui se multiplient de manifestation en manifestation, montre que la situation est plutôt inquiétante (ce n’est pas moi qui le dit, c’est la commission européenne et l’ONU, ça n’est pas rien).

Voir la seconde partie de l’entretien 

Propos recueillis par Gauthier Boucly et Sacha Mokritzky.