Écologie

Qu’est-ce que la pilotabilité énergétique ? (et pourquoi c’est important)

Le niveau des débats sur l’énergie dans l’arène politique est abyssal chez nos politiques professionnels. Certains se souviendront peut-être du débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, où les deux enchainaient les absurdités… quand des articles clament aujourd’hui que, « enfin ! », les ENR coutent moins cher que le nucléaire. Cette croyance, partagée par beaucoup de commentateurs politiques, manque totalement la question industrielle en oubliant le problème de la pilotabilité de l’énergie. En réalité, tout le monde le manque, autant les pro-ENR qui y ont intérêt que les pro-nucléaires qui n’amènent cet argument que très rarement. Nous allons nous pencher aujourd’hui sur ce facteur majeur de la politique industrielle afin que vous puissiez briller la prochaine fois que l’on vous demandera votre avis sur le sujet.

La pilotabilité désigne la capacité pour l’homme de contrôler la production d’électricité d’une centrale à loisir pour la faire correspondre à la demande. Cette définition simple renferme un problème industriel complexe. En effet, elle induit qu’il n’est pas possible de se reposer uniquement sur une énergie non pilotable. Le train de 8h doit partir à 8h qu’il vente ou non. S’offrent à nous deux solutions pour soutenir ces énergies non pilotables : le stockage, ou l’installation d’énergies pilotable de réserve. C’est pour la seconde option qu’ont optés la plupart de nos voisins européens. Par exemple depuis 1990 l’Espagne a installé 25MWH d’énergie renouvelable non pilotable (solaire et éolien) et 25 TWH d’énergie fossile. Elle a donc payé pour 50 TWH de puissance installée pour être sûre, à tout moment, d’en avoir 25 de disponible. La fréquence d’utilisation des centrales fossiles va ici dépendre du facteur de charge des énergies renouvelables. Le facteur de charge désigne la part du temps de vie d’une centrale durant laquelle elle sera productive, c’est à dire qu’elle ne sera pas en maintenance ou privée d’énergie primaire (pétrole, uranium en vent par exemple).

À cause de l’entretien dont elle a besoin, une centrale nucléaire, bien que pilotable, a un facteur de charge de 70%, c’est-à-dire qu’elle ne produit de l’électricité que 70% du temps. Les éoliennes et les panneaux solaire ont de leur côté un facteur de charge de 25% en France métropolitaine… ce qui veut dire que pour avoir de l’électricité en continu, il faudrait faire marcher des centrales pilotables (souvent fossiles) 75% du temps.
Reste désormais le stockage, qui pose lui aussi de nouveaux défis. Les éoliennes ayant une production très variable (la production d’une éolienne étant proportionnelle au cube de la vitesse du vent, la production est en dent de scie), elles sont parfaites pour produire de grandes quantités d’énergies ensuite stockées.

Comment stocker l’énergie ?

Les batteries sont à l’heure actuelle encore très chères et polluantes. C’est pour cela que les gouvernements, comme en Espagne, choisissent de coupler leurs ENR à des énergies fossiles. Par exemple, les barrages hydrauliques par lesquels l’eau remonte grâce à des turbines quand le vent souffle et est libérée quand il n’y en a plus) mais ces derniers prennent beaucoup de place et restent chers en plus de créer un conflit d’usage avec les autres usagers de l’eau comme les agriculteurs.

Quid des hydroliennes mises en avant par la FI ?

Le programme des insoumis est peut-être le programme le plus abouti sur la question, mais ce travail ne les exempte pas de défauts. Ils proposent en effet de doubler la puissance éolienne grâce aux hydroliennes, entre autres, et d’installer 140TWH de solaire. Si les hydroliennes sont intéressantes car elles bénéficient d’un facteur de charge de 40%, ce qui réduit les besoins en stockage, la question ne peut pas être évacuée d’un revers arithmétique de la main, du type « je ferme X TWH de fossile et de nucléaire d’un côté pour ouvrir autant de renouvelable de l’autre côté ». Il faut rendre toute cette production d’énergie disponible quand les gens en ont besoin et les facteurs de charge des ENR ne sont pas suffisants par eux-mêmes. En d’autres termes, la question à laquelle ils devraient répondre n’est plus « comment produire de l’électricité verte » mais « comment pouvons-nous la stocker ? »

Sources : Le programme de la FI 2022 


Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *