Figure emblématique du mouvement des gilets jaunes, dont la pétition contre la taxe carbone a recueilli,en mai 2018, plus d’un million de signatures,  Priscillia Ludosky revient pour nous sur seize semaines de mobilisation au cœur d’un mouvement social inédit, et sans précédent dans l’histoire de la Ve République.  

 

La pétition que vous avez initiée en Mai 2018, « Pour une baisse du prix des carburants à la pompe » a rencontré un immense succès. Pensiez vous qu’une telle revendication pouvait faire l’objet d’une telle réappropriation démocratique ?

Non, au départ, je pensais simplement parler de la transition écologique et de la taxe qui y est associée mais j’ai rapidement été contactée par beaucoup de personnes qui m’ont envoyé énormément d’alertes, d’infos, de reportages ou de propositions qui touchaient à tous les sujets, en me disant que j’avais raison, mais que je devrais rajouter ceci ou cela. Le mouvement est né de là : d’un recensement de tout ce qui n’allait pas. Tous avaient conscience que la taxe carbone était un sujet qu’il fallait aborder, mais que ce n’était pas le seul et du coup, ils ont eu envie de tout dénoncer, d’exprimer ce ras-le-bol général, de dire que plus rien ne fonctionnait. Il était peut-être temps de dire stop.

Au début, j’ai beaucoup entendu dire que ma pétition était « anti-écolo », alors que ce n’est pas du tout le cas. Quand on la lit, on voit bien qu’il y a des propositions qui vont dans le sens de la protection de l’environnement ou d’une meilleure consommation. Je pense que c’était un moyen de noyer le véritable sujet de la pétition, pour ne pas que les gens s’en saisissent. Une manière de discréditer le mouvement et de faire en sorte que les gens ne prennent pas conscience que la taxe ne financerait pas du tout la transition écologique.

Dans cette pétition, il y a vraiment une volonté de transparence et d’honnêteté. D’ailleurs, il n’y a toujours pas eu de réponses claires aux questions posées concernant les taxes : ce qu’elles ont financé jusqu’à aujourd’hui, ce qu’elles financeront demain… Forcément, si cela ne finance pas la transition, cela ne les arrange pas de fournir ces informations- là. Et je pense que les gens qui ont signé se posaient les mêmes questions que moi.

« Cette remise en cause du système institutionnel tel qu’il existe, et le fait qu’il soit verrouillé, sont au coeur du mouvement »

Un des classiques de la pensée politique est la définition du « nous » et du « eux ». Qui sont les ennemis ou les obstacles politiques des gilets jaunes ?

Ce qui est remis en cause, c’est le système dans lequel on vit, et notamment notre mode de représentativité actuel. Quand on vote et qu’on se rend finalement compte que le mandat pour lequel on a élu quelqu’un n’est pas respecté, ou du moins n’est pas porté comme il le devrait, cela génère une forte méfiance vis-à-vis des élus.

Ensuite, il y a aussi la manière dont on est représenté et le fait que l’on n’ait pas la possibilité de se faire entendre. Le constat insupportable qu’une fois le mandat en route, si cela ne va pas, il n’y a pas de recours possible. Il faut attendre les prochaines élections pour, éventuellement, voter pour  quelqu’un d’autre.  C’est pour cela que le sujet du RIC est beaucoup revenu sur la table.

Cette remise en cause du système institutionnel tel qu’il existe, et le fait qu’il soit verrouillé, sont au coeur du mouvement. Quand j’ai lancé la pétition, j’ai alerté le Ministère de la transition écologique, et je n’ai jamais eu de retour. Ce n’est pas normal qu’il faille un tel mouvement, autant de manifestations, pour que notre personnel politique se dise  :« tiens, il y avait quand même un million de personnes qui avaient signé ».

Ils sont élus, ils suivent leur feuille de route, et il n’y a aucune transparence sur ce qu’ils font, comment ils le font, comment ils le financent.

Il y a aussi autre chose qui est dénoncé , c’est l’impression d’impuissance citoyenne et nationale. Le président ne peut rien faire sans demander l’autorisation de la commission européenne. Il y a donc aussi cet enjeu de souveraineté à prendre en compte. Comment le pays pourrait subvenir à ses besoins, défendre l’intérêt de ses citoyens, s’il ne peut même pas prendre ses propres décisions. Concernant les inégalités, la fiscalité… Tout ce que le gouvernement prend comme décision, on a l’impression que ce n’est pas dans l’intérêt du citoyen.

Cela remet en cause le système de représentativité, et accroît la méfiance envers les élus, et en l’impression de faire partie d’un système bien plus grand, l’Europe, qui dirige tout de fait.

Ce constat s’est fait progressivement, comme si on avait conscience depuis des années, sur certains sujets, que l’on se moquait de nous. Mais le lien entre la représentativité et les injustices n’était pas fait. Maintenant, on se rend compte que si il y a ces injustices, c’est parce que les décisions ne sont pas bien prises. Et puisqu’elles ne sont pas bien prises, autant s’emparer du processus de décision, collectivement. Avant, on dénonçait les injustices et point barre. Même les différents corps de métier, via les syndicats, dénonçaient une chose, les citoyens par des manifestations spontanées dénonçaient certaines autres choses, mais personne ne faisait le lien entre le dysfonctionnement général, et la reconfiguration du système.

« Les gens qui sont dans la rue n’auraient peut être même pas discuté si on avait su de quel bord politique était chacun. On devrait tous faire partie d’un seul tronc : le peuple »

Est ce que les gilets jaunes dépassent le clivage traditionnel gauche/ droite ?

Oui, carrément. Je pense qu’au sein de ce mouvement il y a tous les profils, toutes les couleurs politiques. Au delà des partis qui ont essayé de nous approcher, de tracter dans les manifestations, les gens qui sont dans la rue n’auraient peut être même pas discuté si on avait su de quel bord politique était chacun. Les questions sur les votes aux élections peuvent mettre mal à l’aise dans certaines discussions. Alors que cette dimension est totalement absente du mouvement. Il y a de la convivialité, de la fraternité, de la solidarité entre des personnes qui ne se seraient peut être jamais côtoyées avant. On devrait tous faire partie d’un seul tronc : le peuple. Et par des consultations citoyennes et dans la mesure où on est d’accord sur les modalités, on devrait pouvoir enclencher des prises de décisions et des mesures qui vont à tout le monde.

C’est l’inverse qui se produit : les partis divisent, opposent et donnent même naissance à des initiatives un peu vicieuses. Ils sont constamment en train de jouer aux échecs. Si je devais choisir, il n’y aurait aucun parti, uniquement la consultation citoyenne. Il y a des partis, d’accord, mais alors comment faire pour qu’il y ait plus d’engagement sincère ? Il faudrait que le citoyen puisse à tout moment participer à tout.

 

Comment expliquez vous la vitesse avec laquelle s’est propagée la revendication de démocratie directe et son symbole, le RIC ?

C’est un outil qui aiderait à reprendre possession des sujets qui nous concernent. Quand on laisse quelqu’un décider pour nous, c’est qu’on lui fait confiance. On se dit qu’il sait faire, qu’il a la volonté et les compétences pour. Mais quand on commence à se rendre compte qu’à chaque fois cela ne fonctionne pas, ou que c’est fait d’une manière douteuse, c’est normal au bout d’un moment qu’on se dise : « Je peux participer la prochaine fois ? ». C’est ce qu’il se passe aujourd’hui. On ne veut plus les laisser diriger seuls car on a l’impression que l’on fonce dans le mur depuis des années.

« Ce contexte positif de solidarité réveille le sentiment patriotique »

 La présence du drapeau français, la Marseillaise : La mise en avant des symboles nationaux dans les cortèges est-elle importante pour vous ?

Contrairement à d’autres pays, on dit souvent qu’en France on est moins patriote, ou qu’en tout cas on ne le montre pas. C’est vrai, moi je trouve qu’on ne le montre pas suffisamment. Et justement, cette absence de patriotisme participait au déficit de solidarité. On est isolé, on ne s’occupe que de sa petite personne, on ne s’occupe même pas de ce qu’il se passe dans le pays, on ne se sent même pas appartenir à un pays. Aujourd’hui, c’est cela qui est en train de renaître. On s’occupe de son voisin, on se préoccupe des autres, on fait des trucs ensemble, on est tous dans le même bateau, on va y arriver ensemble… On est un pays. Ce contexte positif de solidarité réveille le sentiment patriotique.

 

Vous partagez régulièrement sur les réseaux sociaux des images des mouvements de gilets jaunes à l’étranger. Est ce que c’est important pour vous ce soutien international, la possibilité d’embrasser des revendications universelles ?

Je n’appellerais pas cela un soutien international. Je dirais qu’on se soutient quand on est sur les actions de coordination aux frontières par exemple. En revanche, les mouvements ne sont pas nés par soutien à la France mais parce qu’ils se sont rendus compte que chez eux aussi, il y avait des choses qui ne fonctionnaient pas et qu’ils avaient leur mot à dire. Le mouvement des Gilets Jaunes a réveillé une certaine conscience politique dans des pays qui sont confrontés à des problématiques identiques aux nôtres. Tous les citoyens de l’Union européenne doivent se sentir concernés.

Cela crédibilise un peu plus notre mouvement, puisqu’on se dit qu’on n’est pas complètement dingue à sortir dans la rue tous les samedis pour dénoncer les inégalités fiscales et sociales. Et quand on dénonce ce qui ne va pas en Europe, cela a du sens si les peuples européens parlent d’une même voix.

 

Justement le mouvement des gilets jaunes s’inscrit dans une période électorale, celles des élections européennes. En quoi les revendications des gilets jaunes peuvent s’inscrire dans un contexte européen ?

En tout cas, cela a levé une question : celle du « Frexit ». qui revient beaucoup dans les débats qui sont organisés par les Gilets Jaunes dans les départements. Les gens se demandent si on doit continuer à faire partie de l’Europe. La possibilité de remise en cause de certains traités, c’est une question qui dépasse les frontières. Il y a augmentation de la conscience politique à toute vitesse en ce moment. On est resté en veille pendant des années et là les gens se posent des questions de toutes sortes, y compris celle de la sortie de l’Union Européenne.

« L’Union Européenne doit être interrogée dans ses fondamentaux »

Cette méfiance vis-à-vis de l’Europe a augmenté depuis le référendum de 2005 qui a été bafoué et qu’ils ont quand même fait passer en traité, par le traité de Lisbonne en 2007. Les opinions nationales sont ignorées et cela remet en cause notre place dans la communauté, ainsi que notre légitimité à prendre certaines décisions et donner notre avis global. L’ouverture des consciences sur l’enjeu souverain est en pleine dynamique.

Nous avions pourtant donné sa chance à l’Union Européenne. Les points positifs n’empêchent pas le problème global. L’idée de départ c’était une communauté qui devait agir collectivement dans l’intérêt des citoyens européens. La réalité c’est le muselèment des citoyens. L’Union Européenne doit donc être interrogée dans ses fondamentaux.

 

Comment vous positionnez vous par rapport à cette échéance électorale, dans un contexte où certains leaders gilets jaunes ont voulu lancer une liste aux européennes, alors que vous avez lors d’une conférence avec Coralie Delaume évoqué la question du boycott ?

Je ne trouve pas choquant l’envie de faire de la politique après le mouvement des Gilets Jaunes. Mais je trouve dommage de mettre en avant le label « Gilets Jaunes » pour le faire. Car les personnes qui ont ce manque de confiance légitime par rapport au monde politique ne comprendront pas la démarche. Il y avait certainement de bonnes intentions parmi ces personnes qui voulaient aller aux Européennes, mais ce n’était pas le moment d’utiliser l’image du mouvement. Au contraire,il aurait été intéressant de prendre du recul, de prendre le temps de penser ce qu’évoque le mouvement des gilets jaunes. Il y a des sociologues et des chercheurs qui vont restituer des analyses intéressantes. Pourquoi ne pas attendre un peu ?

 Ceux qui ont décidé de monter une liste n’ont pas été suffisamment patients pour trouver la formule de sortie de crise. C’est ça l’erreur. On ne se réveille pas un matin en décidant de créer un parti politique. ça se travaille, ça se construit. Le travail risque d’être bâclé, alors que cela aurait pu être une initiative intéressante pour plus tard.

Pour ce qui est de la question du boycott, moi je n’appelle pas à boycotter les élections Européennes. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas aller voter Macron. Il y a l’argument sur la non comptabilisation du vote blanc , mais voter blanc pourrait être une manière de manifester notre désir qu’il soit pris en compte. Si tout le monde votait blanc, comment ne pas en tenir compte? En tout cas, il ne faut pas se faire d’illusions. Ce qui n’a pas marché hier ne marchera pas demain. Surtout si ce sont les mêmes qui se présentent.

 

Vous avez accepté volontiers une interview dans un média indépendant après vous être mise en retrait des médias plus traditionnels. Quel est votre regard sur le traitement médiatique du mouvement ?

C’est justement à cause de cette violence médiatique que je me suis mise en retrait, dès le début du mois de décembre. J’ai refusé 90 % des sollicitations, et j’en avais des dizaines par jour. Le traitement médiatique de l’information est hallucinant. Des journalistes de BFM m’ont demandé un jour, « Mais que voulez-vous qu’on montre ? », je leur ai répondu “tout !”. Ce n’est pas nécessaire de montrer la poubelle qui fume pendant 4 heures à la TV, c’est de la lobotomisation. Qu’ils montrent la poubelle, mais aussi les gens qui chantent. Il ne faut pas se focaliser sur une image, la mettre en boucle et faire croire aux gens que c’est la guerre mondiale à Paris. Il y a effectivement des images atroces, mais aussi des images magnifiques partout en France. Je leur ai dit que je  n’étais pas du tout d’accord avec le traitement qui était fait du mouvement et c’est vrai qu’ensuite je me suis retirée.

 « Pour gagner la guerre de communication, il est important de consacrer du temps aux médias indépendants »

On est passé par toutes les étiquettes : opposants, extrémistes, complotistes… Ils vont très loin. Nous étions habitués aux grands médias. Mais, que les membres du gouvernement s’en servent pour faire des tweets dignes de gamins de 15 ans pour nous dire que si on est blessé, c’est parce qu’on est venu manifester… C’est le ministre de l’Intérieur qui dit ça ! Dans ces situations, on voit le lien entre le gouvernement et les médias.

Le traitement médiatique est toujours très ciblé sur les violences. Avec une certaine efficacité car ce type d’images suscite des interrogations. C’est à ce moment qu’on comprend l’impact que cela peut avoir sur les gens qui regardent la TV et ne font pas partie du mouvement. Il faut beaucoup expliquer : c’est une guerre de communication. Pour gagner la guerre de communication, il est important de consacrer du temps aux médias indépendants. Je suis pour que l’on montre les choses dans leur intégralité, positives ou négatives, il faut tout traiter. Hier dans une Assemblée des gens me demandaient comment faire pour savoir quels médias aller regarder. Je leur ai dit que j’allais essayer de réunir sur une page les médias indépendants créés avant et depuis le mouvement. Ils pourront s’orienter vers ces médias – là et trouver les informations ailleurs.

 

Quel regard portez vous sur les forces de l’ordre après trois mois de violences policières ? Est ce que vous établissez une responsabilité dans les chaînes de commandements, au niveau hiérarchique ?

Les forces de l’ordre ont forcément des instructions qui viennent de plus haut. Elles appliquent parfois « bêtement » certains ordres insensés. C’est pour cela que je participe avec le collectif « Article 35 » à traîner le Ministre de l’Intérieur devant la cour pénale internationale. Ce qui se passe est inadmissible. Les forces de l’ordre ne comprennent pas ce qu’elles font et elles le dénoncent aussi, en nous témoignant certains doutes en manifestations…C’est que quelque chose ne va pas. Les policiers doivent se rendre compte de leur possibilité d’action. Qu’ils posent le LBD par exemple. Ne serait-ce que pour montrer qu’ils ne veulent pas attaquer leurs concitoyens, qu’ils veulent éventuellement maintenir l’ordre mais sans la politique de l’attaque permanente.

Ils sont en première ligne et gèrent une colère due aux décisions gouvernementales. Ils sont placés dans des positions inconfortables. Par exemple, les jeunes récemment affectés à des opérations de ce type ne savent pas comment réagir. Certains sont à bout, certains de leurs collègues se suicident. Il y a une compassion pour cette situation sociale mais nous aimerions qu’ils nous rejoignent. Le droit de réserve, d’accord  il faut savoir dire stop quand cela dépasse les bornes. Ils devraient être capable de faire cela.

Ils ont eu cet écho à un moment donné avec leur journée de grève, et tout de suite un accord a été signé. Le gouvernement ne voulait pas que la situation s’envenime et qu’ils posent carrément leur casque. Je suis certaine que c’est ce qui allait se passer. Comme avec les routiers, quand un corps de métier qui peut être très gênant pour le gouvernement s’arrête de bosser, tout de suite un accord est signé. C’est ce qu’il s’est passé avec les policiers, mais ils restent insatisfaits. D’ailleurs il faudrait se pencher sur le phénomène de les arrêts maladies pris chez les forces de l’ordre. Il serait intéressant de quantifier l’ampleur de ce phénomènes. Il est anormal que des forces de l’ordre servent à affaiblir un mouvement social.

 

La lutte contre le changement climatique fait partie de vos mots d’ordre. Pensez-vous pouvoir faire converger des revendications qui peuvent apparaître comme contradictoires ?

La taxe carbone ne servait de toute façon pas à financer la transition écologique. Mais les consommateurs sont-ils les seuls pollueurs ? Une des choses que certaines associations comme “Alternatiba” disent, c’est qu’il faudrait pouvoir taxer tous les pollueurs et plus globalement appliquer une taxation plus juste. Pour améliorer la consommation il faudrait adapter la fiscalité et financer les alternatives. Il faut davantage lier le sujet de la justice fiscale avec celui de l’écologie, et communiquer sur de nouvelles formes de convergences. L’écologie peut être aperçue de loin, comme réservée aux écolos-bobos habitant les grandes villes. Mais les habitants de province sont concernés de fait. Ils ont souvent une consommation plus saine et ils sont touchés de plein fouet quand une société comme Monsanto pollue leur environnement.

Les gens n’ont pas les moyens d’acheter des produits sains aujourd’hui, l’écologie est perçue comme un luxe. Il faudrait rendre universel la consommation saine, pour des enjeux de santé publique et de production d’une agriculture biologique, car tout est lié.

La question éducative est fondamentale, l’inculcation de valeurs différentes permettrait la conscience des consommateurs. La favorisation des circuits courts permettrait l’alimentation d’une économie locale, et bénéficierait aux PME et TPE. Tout est lié. Or on nous impose un isolement des sujets sociaux qui empêche la conscience de leur  imbrication, car une telle conscience modifierait les comportements.

 

A plus 100 jours du 17 Novembre, quel est votre état d’esprit, le mouvement des gilets jaunes peut-il muter dans sa forme, comment imaginez-vous la suite ?

Le mouvement prend déjà une autre forme par les différentes initiatives émergent.. Des blocs se dessinent : le bloc judiciaire-légal, le domaine associatif , et celui de la politique. Ces tendances sont issues du mouvement, et participent de l’éducation populaire, de cette période d’ébullition.

Pour certains activistes ou militants de longue date les voies légales ne sont pas la solution et privilégient l’action pure. D’autres préconisent des actions légales en utilisant les armes du gouvernement pour tenter de changer les choses.

Ces différentes tendances qui s’ignoraient au début se sont rapprochées dans la contribution au mouvement. Beaucoup de gens ont pu dire, « moi je suis sur un rond-point, toi tu n’es que devant ton ordinateur », mais il a fallu apprendre à respecter les différentes formes d’engagements. Il y a les gens du terrain, mais la communication permet d’amplifier l’audience du rond-point. On a dû accepter que l’autre puisse ne pas avoir les mêmes compétences ou formes d’actions que nous. Aujourd’hui, chacun aide le mouvement à sa manière.

Je suis dans plusieurs blocs. Si la démarche me parle et me paraît utile, j’y participe. Je me retrouve dans la posture du lanceur d’alerte. Je ne me vois pas faire de la politique. En revanche, je me verrais bien être à l’initiative d’un groupe de travail sur la démocratie.  Pour me lancer en politique, il faudrait vraiment que je détecte la possibilité d’avoir une certaine liberté. Je n’y crois pas encore, mais je ne me ferme pas de portes.

« Aux générations futures de prolonger cette posture de veille, d’être les gardiennes de l’égalité universelle »

Les hommes font l’histoire mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font disait Karl Marx.

Vous avez déjà écrit une page de l’histoire de France, avec votre pétition et votre participation à l’un des plus importants mouvements sociaux de la Ve République. Comment voudriez-vous que les manuels scolaires racontent l’histoire des gilets jaunes ?

Alors là, je n’en sais rien (rires). Qu’ils retiennent l’idée qu’il faudra toujours se battre pour que le citoyen ait son mot à dire. Si jamais nous parvenons à construire un environnement plus égalitaire, ce serait bien.  Aux générations futures de prolonger cette posture de veille, d’être les gardiennes de l’égalité universelle. Nous avons compris dans ce mouvement l’importance d’aller vers les autres, et je voudrais qu’elles le comprennent aussi.

Finalement, je voudrais qu’elles osent.

Il n’est pas fou de remettre les choses en cause quand elles ne vont pas.

 

Entretien réalisé par Marion Rivet et Julian Calfuquir.

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