Par-delà les polémiques et les réduplications des médiacrates inquiets quant à la possibilité de célébrer une fois de plus notre système consumériste avec les fêtes de fin d’année, nous affirmons quant à nous que le plus beau cadeau qui pourrait arriver au peuple français est la fin de la réforme des retraites et de son monde.

Le projet du gouvernement souhaite renverser cette logique de solidarité intergénérationnelle, mais aussi de retraite vue comme un « droit » avec pour principe, l’idée centrale « d’un euro cotisé offre le gain de points ». Inspiré des modèles scandinaves, le système par points fonctionne avec des comptes notionnels personnalisés (compte à points). À tout moment l’usager peut consulter son compte et le jour de son départ à la retraite, la valeur du compte est calculée puis rapportée à l’espérance de vie de l’usager pour obtenir le montant de sa pension. Un système à double tranchant puisque l’usager tout au long de sa carrière ne peut connaître exactement la valeur de ces fameux points, étant donné que le gouvernement souhaite avec cette réforme acquérir la possibilité de modifier directement sa valeur suivant la conjoncture. Moins généreux que le système par répartition, il risque de provoquer une baisse généralisée du niveau des pensions et encourager à la souscriptions de retraites complémentaires par capitalisation, c’est à dire le placement d’une partie toujours plus grande des retraites des français sur les marchés financiers. En Suède, le taux de pauvreté des retraités était de 14,7% en 2017, selon Eurostat soit pratiquement le double qu’en France.

Cette réforme va aussi supposer une décote pour un départ à la retraite à 62 ans a hauteur de 90 % de la pension normalement touchée à taux plein. Le taux plein serait touché à l’âge pivot de 64 ans et un système de surcote serait créé pour les départs tardifs à la retraite. Conséquences : les carrières hachées ainsi que travail à temps partiel seront pénalisés. L’argument phare du gouvernement qui vise à dire que les femmes sont les gagnantes de cette réforme se retrouve donc écrasé devant la réalité économique que suppose un régime par point et qui a été parfaitement décrit par Hesping-Andersen dans sa typologie des systèmes de retraite. Logiquement, les pensions s’en trouveront amaigries et l’âge de départ reculé par le souci des usagers à vouloir s’assurer la possibilité d’avoir une retraite un peu moins maigre que prévu.

Qu’il s’agisse des fonctionnaires ou des salariés du privé, cette réforme est donc une attaque directe contre un des systèmes de retraite les plus élaborés et redistributif au monde qui s’inscrit dans une logique de long terme des différents gouvernements ordolibéraux qui se sont succédés. Depuis les années 1990, dans le cadre du régime actuel, le rapport pour une carrière complète entre la retraite touchée et le dernier salaire net est passé de 84 % à 75 %. La réforme n’est qu’une poursuite du recul de ce rapport. Le plafond à 13,9 % du PIB du financement des retraites alors que le nombre de retraités va augmenter rentre dans cette même logique. Les femmes seront encore une fois les plus touchées par cette réforme, étant donné que les femmes ont en moyenne un salaire de 20 % inférieur aux hommes et des carrières plus hachées.

L’enjeu de cette réforme est un renversement de la logique de notre système actuel, d’une qualification légitime du poste de retraité comme suite logique du salariat vers une logique de droit à pension et fiscalisation du financement des retraites et donc sa lente conversion en aide sociale. Le 22 janvier, les automates macronistes risquent de liquider notre héritage du CNR et la mobilisation est l’unique moyen de les empêcher cette entreprise de destruction massive de notre système de protection sociale. La force de ce gouvernement est d’opposer le secteur public et le secteur privé, voulant faire croire que les privilégiés seraient les détenteurs de régimes spéciaux, alors même que la viabilité de ces régimes spéciaux a été méticuleusement détricotée par les réformes successives, comme les exonérations de cotisations ou le recrutement de prestataires privés ne cotisant pas sur ces régimes spéciaux.

Les véritables gagnants de cette réforme resteront les plus fortunés. Les cadres gagnant plus de 120000 euros annuels verront leur cotisation passer de 28,12 % à 2,81 % ce qui supposera un manque à gagner pour 2,8 milliards d’euros qui passeront directement du financement de notre système de retraite à celui des fonds de pension. Ne pas y voir une relation avec le lobbing à peine masqué des requins américains de BlackRock serait bien candide. Ce fond de pension à la plus forte capitalisation au monde, et dont les représentants dispensent ses conseils au gouvernement pour s’accaparer toujours plus d’épargne des francais a forcément eu son mot à dire dans le fameux rapport Delevoye.

Ça n’est donc pas une juste égalitarisation du système des retraites avec la fin des régimes spéciaux mais bien une attaque à la totalité des travailleurs et donc une bataille entre peuple et oligarchie pour une gestion socialisée ou toujours plus privatisée des retraites.

Le mardi 17 décembre, Reconstruire sera donc présent dans les cortèges afin de défendre les jours heureux et l’héritage du CNR. Il appelle tous ses lecteurs à en faire de même. De même, Reconstruire apporte son soutien aux salariés en grève depuis 12 jours et qui sacrifient leur salaire, leur vie de famille, pour s’opposer au gouvernement. Nous les saluons et appelons à comprendre leur démarche pour ceux qui subissent les conséquences de ces grèves.

Mobilisez vous pour les jours heureux, mobilisez vous pour nos libérateurs.

Charles Demange