La violence masculine est envahissante, persévérante, dérangeante, aliénante. Elle prend des formes multiples, et les femmes n’en font pas toutes la même expérience, en confère des cas de harcèlement et d’agression sexuelles à l’Université révélés par Sylvia Zappi dans Le Monde le 9 décembre 2020[1]. D’autres jeunes femmes sur Twitter, témoignent des propos du professeur accusé : « Vous êtes ma pute, ma disciple ».  Un collectif d’enseignantes-chercheuses remarque d’ailleurs :  « les réactions se focalisent sur son vocabulaire et ses expressions grossières, plus que sur son comportement lui-même, et les conditions qui lui ont permis de se conduire ainsi dans la plus totale impunité.[2] »  C’est qu’en effet ce langage « ordurier » implique nécessairement le déséquilibre de dynamiques de pouvoir et porte la marque d’un fétichisme certain pour ce genre de pratiques (qui manifestent la soumission d’un autre humain à son désir), psychologiquement et physiquement dégradantes et traumatisantes, quand elles s’affranchissent du consentement de la partenaire.

Ce nouveau prisme du désir, constitué au XXIè siècle, a muté suite à la massification de la consommation de pornographie, et à l’aune d’une représentation nouvelle des pratiques BDSM (bondage, discipline, domination, soumission, sado-masochisme) portées par des oeuvres de culture populaire comme 50 shades of Grey. Cela témoigne de l’importance des représentations comme catalyseur de désirs socialement construits.

Une étude récente sur la population belge estime que près de 50% de la population a déjà expérimenté une fois une pratique BDSM, mais les chiffres sont très rares sur le sujet pour appuyer encore cette intuition empirique. Pour Caroline Déry, « Il semble que dans le cas du BDSM le gain en visibilité aille de pair avec une plus grande acceptabilité sociale ou tolérance à son égard.[3] ». Cette montée en puissance de nouvelles normes sexuelles qui banalisent et fétichisent les dynamiques de pouvoir patriarcales s’explique socialement.

Le cas 50 shades, et les codes SM dans la culture pop

La chanteuse Rihanna, dans son clip S&M

La pornographie et la culture populaire sont des vecteurs de la domination masculine et de la culture du viol et normatisent les pratiques de violence, de pouvoir, BDSM ou fétichistes. Banalisées, ces pratiques sont devenues un sujet parmi d’autres dans la presse féminine populaire. On peut lire dans Marie-Claire :  « Osez le SM en douceur », ou encore« Sadomasochisme : ce qu’il faut savoir avant de se lancer » dans ELLE, ou « 4 jeux pimentés pour s’initier (en douceur) aux jeux sadomaso soft » dans Femme actuelle.

Ces dernières années ont été surtout marquées par un phénomène de mimesis, que l’on pourrait qualifier « d’effet 50 nuances de Grey » (et ses 70 millions d’exemplaires vendus mondialement selon Publishers Weekly) Après la sortie du livre, la pratique a été remise au goût du jour, comme le démontre l’augmentation à cette période de ventes d’accessoires de bondage. D’autre part, suite à la frénésie provoquée par la publication du livre, on remarque une explosion du nombre de compte crées sur FetLife[4], qui a presque doublé.

L’exemple des films 50 shades est frappant (plus de 500 millions de dollars au box office mondial juste pour le premier) et fait consensus en ce qu’il est ce qu’il y a de pire sur le marché mainstream en représentations du BDSM : un conte d’horreur outrepassant à de nombreuses reprises le consentement et les limites de sa protagoniste. Le film crée une subversion qui n’est que reproduction de la culture du viol dans ce qu’elle a de malsain, dangereux, inconsensuel.  Les limites de la protagonistes violée ne sont que superflues aux yeux du beau et riche M. Grey qui pense pouvoir s’affranchir de tout par son statut social. Elle n’a pas de « safeword » (mot défini entre des partenaires sexuels pour arrêter l’acte lorsque l’un d’eux se sent en danger). Rien n’y est conventionnel. Le film est très vivement critiqué dans les sphères de la communauté BDSM comme une « glamourisation » de la maltraitance sexuelle et psychologique. Ainsi, le succès qu’a connu Cinquante nuances de Grey ne semble pas tant révéler la levée d’un tabou du BDSM : plutôt une mutation profonde des cadres de moralité, de norme sexuelle et de ses représentations populaires.

L’industrie pornographique

Il est difficile de contester l’impact de l’industrie pornographique sur la débridation des prédateurs, confondant ces productions audiovisuelles scénarisées et leurs propres sphères privées. Par ailleurs, on constate une hypersexualisation des corps féminins.

La pornographie modélise les conduites sexuelles, et, au-delà du sexe, les comportements genrés. Elle fait la promotion de certaines pratiques sexuelles et donne à voir ce qui serait l’essence même du féminin et du masculin. La pornographie affecte la culture en profondeur et est considérée comme le lieu principal d’éducation sexuelle, du moins si l’on se fie à un sondage mené par le Kinsey Institute en 2004. Ce sondage révèle que 86% des répondants croient que la pornographie peut éduquer les gens et 68% pensent qu’elle permet une attitude plus ouverte sur la sexualité, y compris sa propre sexualité.[5]

Plusieurs hommes, particulièrement les plus jeunes, pensent que la pornographie permet de savoir ce que les femmes désirent et espèrent d’un rapport sexuel. Mais les producteurs, en pensant produire ce qui plait, influencent en fait les gouts et désirs sexuels des consommateurs de pornographie.

Selon l’enquête de Marzano et de Rozier[6], qui ont interrogé 300 adolescents français, 58% des garçons et 45% des filles ont vu leurs premières images pornographiques entre 8 et 13 ans ; 58% des garçons et 42% des filles de leur échantillon estiment que leur sexualité est influencée par la pornographie. La pornographie est consommée de plus en plus jeune et ses codes en terme de normativité sexuelle se banalisent. Près d’un adolescent sur deux (45%) a tenté de reproduire des scènes vues dans des films pornographiques, soit une proportion assez proche des adultes (47%), témoignant d’une intégration des pratiques issues de l’univers du X dans leur répertoire sexuel[7]. Ces chiffres datent de la décennie précédente : on ne peut qu”imaginer que cette proportion a augmenté.

Il existe certes plusieurs sortes de pornographie, mais la relation de domination, corrolaire du patriarcat, tout comme la violence, y sont récurrentes. La ligne devient ainsi ambigüe entre une communauté qui porte l’étiquette BDSM  (marginalisée comme le furent longtemps les écrits du Marquis de Sade) et les consommateurs de pornographie très divers, qui consomment effectivement implicitement ce genre de pratiques et/ou vont jusque les reproduire, pour Caroline Déry. Il y a également un effet d’emballement: la concurrence entre les maisons de production est si forte qu’il faut produire un contenu toujours plus extrême pour parvenir à capter l’attention d’un internaute parmi les centaines de milliers d’autres vidéos disponibles. Et, par rétroaction, le public s’habitue à ces pratiques extrêmes, et requiert que des pratiques encore plus extrêmes soient filmées pour accorder leur attention à ces nouvelles productions.

Dakota Johnson dans le film 50 nuances de Grey

D’où viennent les désirs ? Peuvent-ils entrer effectivement en contradiction avec les convictions politiques ? Dans une société qui semble de plus en plus féministe, ou du moins, où le féminisme est de plus en plus médiatisé de manière libérale, et où les rôles genrés sont critiqués tout en étant souvent reproduits, des sexualités alternatives prospèrent et sortent de la marginalité. La sexualité « vanille », c’est-à-dire une sexualité qu’une culture perçoit comme un comportement sexuel conventionnel, ne fait plus figure de norme absolue. La sexualité vanille est entendue ici dans le milieu des sexualités plurielles, comme une sexualité hors des rapports BDSM et fétichistes, c’est à dire l’ensemble de pratiques sexuelles et contractuelles utilisant la douleur, la contrainte, l’humiliation érotique ou la mise en scène de divers fantasmes sexuels.

The Society of Janus (cf Poutrain 2012) pose, comme il est d’usage, les principes de base de la pratique sadomasochiste : « Toutes les activités sadomasochistes doivent résulter d’un consensus entre les participants, exclure toute exploitation et respecter la sécurité de chacun ». Des milliers d’hommes osent pourtant se prendre pour Christian Grey sans acquérir les codes protocolaires de la communauté BDSM (consentement, contractualisation, limites physiques et psychologiques). Ils semblent penser que les comportements de la sorte sont socialement acceptables.

La grande méprise : On ne nait pas Dominant: on le devient… avec le consentement de sa partenaire.

Caroline Déry reprend alors sa lecture de Bruno Dalla Cort Zilli et écrit :« la notion de consentement et celle de bien-être sont au cœur des échanges d’internautes qui pratiquent le BDSM. […] L’auteur relève une « domestication » du BDSM et de ses éléments en marge de ce qui serait considéré acceptable comme la violence et l’absence de consentement.[…] Cette vision s’appuie sur une conception libérale du sujet contemporain que l’on [suppose] capable de prendre conscience de son état ou de ses processus émotionnels dans le but d’exprimer ouvertement ses désirs sexuels pour les vivre avec un partenaire.[8]»

Caroline Déry, dans son travail de recherche, identifie déjà 2 idéaux-types.

Une troisième catégorie prend de plus en plus de place : celle des hommes hétérosexuels ignorants. Ignorants du protocole, des règles de sécurité, ignorants du consentement, ils bafouent toutes les fondations ayant permis en premier lieu d’encadrer ces pratiques polémiques à bien des égards.  Ces hommes ignorants sont acteurs d’un processus de normalisation de ces pratiques marginales. Ils érigent en norme ces images de violences, qu’ils conçoivent comme norme puisqu’elles circulent depuis une dizaine d’années, de plus en plus tôt, dans les cours de récréation avec la démocratisation d’internet. Combien de femmes sont-elles revenues d’un rendez-vous Tinder, gênées et honteuses suite à un étranglement, une fessée non-sollicitée ?

Ces gens, comme beaucoup de non-initiés et sujets acteurs et vecteurs de cette hétéronormativité fétichiste, ignorent tout des enjeux de ces pratiques et contribuent, non pas à une libération, mais à la reproduction d’une culture du viol renouvelée de leur ignorance. Ces illettrés des codes fetish, voulant subvertir les avantages que leur confèrent la domination masculine en une domination sexuelle non consentie, ignorent ce qu’Eva Illouz théorisait comme, au sujet des pratiques BDSM, « une solution fantasmatique ingénieuse à la volatilité des rapports amoureux, pour la raison précise qu’il constitue un rituel immanent, ancré dans une définition hédoniste du sujet, qui définit à l’avance les rôles qui seront tenus, permet de contrôler la douleur et est régi par la figure du consentement[9] ». Ils ne sont que des vecteurs inconséquents du patriarcat dans ce que déjà les féministes matérialistes identifiaient comme ce qu’il a de plus politique : la sphère privée et sexuelle.

On ne naît pas soumise, on le devient ?

Il est évident que les femmes ayant des relations avec des hommes ne disposent d’aucune prédisposition de la nature à vouloir être éprouvées et mises en souffrance. Comment, alors, ces désirs naissent-ils, et surtout, se propagent dans la société dite « mainstream » malgré leur extrême violence ? Comment le BDSM, de pratique stigmatisée et méprisée, est-il devenu un mode de sexualité convoité et romantisé, « glamourisé » auprès des femmes, banalisé et normalisé auprès des hommes? Si l’on consulte des études telles que Psychological Characteristics of BDSM Practitioners (Wismeijer, Andreas A.J. et al. The Journal of Sexual Medicine, Volume 10, 2013), on constate « qu’une majorité d’hommes ont affirmé être dominants (48%, contre 33% de soumis), tandis qu’une grande majorité de femmes se sont dites soumises (76%, contre 8% de dominantes). » Pourquoi ?

Le genre réfère aux différences sociales entre femmes et hommes, et ces différences produisent des conséquences psychologiques, mentales, économiques, démographiques, ou encore politiques. Ici, elles sont d’ordre sexuelles – ce qui est résolument politique – et il nous faudra donc interroger le phénomène à travers le prisme du genre.

Judith Butler emprunte à Monique Wittig, qui conceptualise l’hétéronormativité, toute la réflexion qu’elle développe dans le cadre du féminisme matérialiste, issu d’une analyse marxiste des rapports de domination, en prenant en considération la dimension symbolique et discursive de la domination, et des rapports de pouvoir. Dans Trouble dans le genre, suivant Wittig, Judith Butler développe une analyse de la sexualité comme politique de production des corps sexués.

Est-ce l’intériorisation de la domination et du rôle genré féminin inconscient qui fait la soumission et le masochisme sexuel des femmes dans des relations hétérosexuelles ? Peut-on y voir une forme de misogynie intériorisée? Le lien avec la construction de genre s’exerçant sur les femmes et leur tendance à s’orienter vers ces pratiques dans le cadre de relations hétérosexuelles est à illustrer. La domination masculine doit entrer dans notre analyse des relations de pouvoir. Et si cette soumission sexuelle des femmes dans l’univers BDSM n’était-t-elle pas plus conventionnelle et banale que transgressive ? L’hétéronormativité fétichiste n’est-elle pas le nouveau paroxysme de la colonisation patriarcale de nos esprits?

Eva Illouz livre une explication intéressante du succès populaire des codes sadomasochistes : pour elle, ce ne serait pas tant la domination qui serait désirée. Plutôt un « lâcher-prise ». La femme moderne renonce aux rôles prescrits et aux identitées définies dans le cadre des nouvelles « normes » égalitaires. La domination permet de réconforter le fantasme mythique d’une complémentarité des genres, qui s’exprime par une profonde asymétrie entre les hommes et les femmes. Ce mythe, ancien liant social qui procurait confort et certitude dans des rôles prédéfinis (et par extension, par la différenciation et l’inégalité entre les genres) joue sur la nostalgie de la clarté des rôles genrés, d’où son succès.

Le BDSM a perdu sa substance subversive, sinon ces rapports asymétriques genrés qui caractérisait les relations hétérosexuelles et hétéronormées de couple. Le masochisme, lui, (contrairement à la soumission) apparaît comme ne pouvant être totalement culturel ou construit. En effet, le masochisme est défini scientifiquement comme la réaction d’un corps qui pour quelque raison réagit à la douleur par la libération d’endorphines dans le corps. La part de nature et de culture est encore un chantier à déblayer dans le cadre de ce domaine philosophique et sociologique.

L’aspect psychologique devrait être aussi envisagé. L’hypothèse selon laquelle les femmes ayant subi des traumatismes ou des violences sexistes et sexuelles seraient plus susceptibles de se tourner vers des pratiques violentes à leur tour se vérifie-t-elle ? Certaines « se réapproprient » cette violence sexuelle pour exorciser le traumatisme ; Revivre le traumatisme en en maîtrisant les tenants et aboutissants leur permet alors de reprendre le contrôle sur leur vie. Le BDSM devient alors un « coping mechanism » (mécanisme de défense)

Un BDSM féministe ?

Après leur déconstruction, la prise de conscience de ce déterminisme qui s’exerce, ces préférences sexuelles ne sauraient être pleinement rejetées. Être consciente de ces rouages, est-ce une forme d’ « empouvoirement », une libération par la servitude ?

Dans cette vidéo, la chaîne YouTube CRU donne longuement la parole à deux pratiquants de BDSM.

Les dynamiques de pouvoir dites de type « 24/7 » (c’est à dire quotidiennes et constantes) impliquent souvent la servitude de la femme dans l’intégralité de la sphère domestique et l’exécution de la plupart des tâches domestiques. Cela entre en totale contradiction avec des luttes féministes historiques. Le BDSM est d’ailleurs un des points de discorde des Sex Wars qui oppose les féministes entre elles dès les années 1970, et qui continue de faire débat.

Dans les années 80 aux États-Unis, les premières organisations féministes sadomasochistes et lesbiennes s’en prennent au moralisme des féministes anti-pornographie ou abolitionnistes. Plus généralement aujourd’hui, le courant féministe « sex-positive », en France et outre-atlantique, fait de toute perversion sexuelle un élément subversif pour les femmes. Elles appellent à se réapproprier sa sexualité, son désir, ses fantasmes : ce serait, par essence, délaisser le rôle assigné d’éternelles victimes du patriarcat pour enfin endosser celui de sujet désirant,  comme le BDSM, qui viendrait subvertir l’ordre sexué ancré dans le mariage hétéronormé.

Dans un cadre hétéronormé dominant et mainstream, nous observons finalement que les pratiques BDSM banalisées sont les vectrices d’un système d’oppression perpétuant l’infériorisation et la réification des femmes par la «répétition systématique de situations oppressives et mortifères. » Bien que limitée, la lecture féministe de ces pratiques se fonde sur l’argument majeur qu’en réalité, dans une relation de soumission, c’est la soumise qui possède le pouvoir réel. Elle n’est jamais réellement aux mains d’un homme-tyran («Dominant») puisqu’elle décide ses limites au préalable, ce qu’elle désire ou non dans la relation, jouit d’un « safeword », et en donnant l’illusion de pouvoir à l’homme, elle prend en fait l’ascendant sur sa propre vie, et possède l’emprise totale, le contrôle sur cette dernière, par le biais, voir l’instrument de son «Dominant».

[1] Zappi Sylvia, « Thomas B., professeur, harcèle et agresse ses élèves » : une figure de la gauche intellectuelle mise en cause à l’Université de Paris, Le Monde, 9 décembre 2020. https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/09/harcelement-sexuel-une-figure-montante-de-la-gauche-intellectuelle-mise-en-cause_6062688_3224.html

[2] Collectif, « Les garçons innocents et l’obsédé coupable », Academia, 10 décembre 2020, https://academia.hypotheses.org/29429 

[3] Étude de la normativité sexuelle contemporaine: le cas d’une communauté de pratiques BDSM, C Dery, 2017

[4] Facebook fétichiste BDSM 

[5] Hypersexualisation, érotisation et pornographie chez les jeunes, 7 mars 2006, par Richard Poulin et Amélie Laprade

[6] Michela Marzano, Claude Rozier, « Alice au pays du porno : Ados, leurs nouveaux imaginaires sexuels », éd. Ramsay, Paris, 2005.

[7] Rapport d’étude, Rapport d’étude Santé et autonomie des jeunes de 15 à 25 ans en Auvergne-Rhône-Alpes : Etat des lieux et besoins spécifiques à cette population

[8] Corta Zilli 2013: 703, traduction libre de Dery

[9] (Illouz 2014 : 150)

 

Nina Seron
Socialisme au sens propre, antiproductivisme, planification écologique, 6è République. Penseuse de l’imbrication des rapports sociaux, du post-capitalisme, héroïne du rien.

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